Tabac en Afrique francophone - Centre Régional de ressources

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Tabac en Afrique francophone - Centre Régional de ressources
Hors série – Supplement – Edición especial 4 2005
QUARTERLY TRIMESTRIEL TRIMESTRAL
INTERNATIONAL JOURNAL
OF HEALTH PROMOTION
AND EDUCATION
REVUE INTERNATIONALE
DE PROMOTION DE LA SANTÉ
ET D’ÉDUCATION POUR LA SANTÉ
REVISTA INTERNACIONAL
DE PROMOCIÓN DE LA SALUD
Y EDUCACIÓN PARA LA SALUD
La crise croissante
du tabagisme
en Afrique francophone
ISSN 1025 - 3823
• Tabac en Afrique francophone
• Étude de cas : l’Afrique du sud
• Pratiques manipulatrices
• Quel espoir pour l’Afrique ?
Promotion & Education:
english page 52
español página 63
Published by the International Union for Health Promotion and Education.
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37
Bénin : signature de la CCLAT, premier
espoir pour la lutte anti-tabac au Bénin ?
D.Tongbaza
4
Préface
La lutte contre le tabac en Afrique
A. Hirsch
38
Madagascar : le tabac à chiquer,
goudron du pauvre
H. Razafiarisoa
5
Éditorial
La crise croissante du tabagisme en Afrique
francophone
M-C. Lamarre et S. Ratte
39
Présentation de Syfia International
40
La Convention-cadre pour la lutte anti-tabac :
espoir pour l’Afrique ?
L. Huber, F. Thompson et S. Ratte
42
La Déclaration de Montréal
43
Vers une nouvelle stratégie de lutte
contre le tabagisme en Afrique
D. Houéto et C. Kassa
45
Problématique du tabac en Afrique
francophone et perspectives régionales
de l’OTAF
M. H. Cherif
47
Tunisie : projet pilote de reconversion
d’exploitations agricoles cultivant du tabac
en cultures diversifiées
R. Ben Zid
Tabac en Afrique francophone
7
Les conséquences sanitaires de l’épidémie
tabagique dans les pays francophones
de l’Afrique de l’Ouest et les mesures
de contrôle du tabac
C.Audera et V. L. da Costa e Silva
12
L’impact économique de la consommation
de tabac en Afrique
J. de Beyer
17
État de la recherche sur le tabac en Afrique
francophone
S. Ratte et K. Slama
22
Pays pauvres, le nouvel Eldorado
du tabagisme
I. Saouna
25
28
30
31
Étude de cas
Le contrôle du tabagisme en Afrique du Sud
C.Van Walbeek
Pratiques manipulatrices
La conquête des lieux non-fumeur se heurte
aux tactiques de l’industrie du tabac :
désinformation scientifique et groupes de
front. L’expérience canadienne
N. Collishaw
Stratégies de l’industrie du tabac :
marketing des cigarettes auprès des jeunes
F. Damphousse
La contrebande de cigarettes :
un phénomène d’une ampleur considérable
dont la seule raison d’être est de servir les
intérêts des grands fabricants de tabac
L. Gauvin
32
La fraude du siècle : les cigarettes « légères »
F. Thompson
34
Le sponsoring du tabac n’est pas
une fatalité
E.Aimah
35
Guinée : la petite allumeuse de cigarettes
M. Bineta
36
RD-Congo : mobiliser contre le tabac
pour mieux le vendre
P. Ouesso
Quel espoir pour l’Afrique ?
English section
52
Preface
The fight against tobacco in Africa
A. Hirsch
53
Editorial
The growing crisis of tobacco consumption
in francophone Africa
M-C. Lamarre and S. Ratte
54
Abstracts
62
The Montreal Declaration
Cuaderno español
63
Prefacio
La lucha contra el tabaco en África
A. Hirsch
64
Editorial
El aumento del tabaquismo en el África
francófona
M.-C. Lamarre y S. Ratte
66
Resúmenes
74
La Declaración de Montreal
Contents Sommaire Índice
Dossier français
Hors série – Supplement –
Edición especial 4 2005
préface
Albert Hirsch
La lutte contre le tabac en Afrique
L’usage quotidien et sur une longue
période des produits du tabac constitue
la première cause de mortalité
prématurée. Un fumeur régulier sur deux
meurt d’une maladie liée au tabac et un
sur quatre meurt entre 35 et 69 ans.
L’usage du tabac est responsable de 30 %
de la mortalité par cancers, de 25 % de la
mortalité par maladies cardiovasculaires,
de 75 % de la mortalité par maladies
respiratoires chroniques et aggrave
l’évolution des maladies chroniques, et
particulièrement celle de la tuberculose.
L’Organisation Mondiale de la Santé,
OMS, estimait en 2005 que l’usage du
tabac a tué 5 millions de personnes dans
le monde, dont la moitié dans les pays
en voie de développement, les
prévisions pour 2025-2030 étant de
10 millions de décès dont 7 millions dans
les pays en voie de développement.
L’OMS estime que le tabac a tué au XXe
siècle 100 millions de personnes et
pourrait en tuer 1 milliard au XXIe siècle.
Le Centre International de Recherche sur
le Cancer, CIRC, estime que le tabagisme
passif accroît le risque de cancer du
poumon et de maladies cardiovasculaires
de 30 %.
Cette épidémie industrielle se développe
en fonction de la prévalence chez
l’homme qui atteint son pic puis décroît
en 50 ans, la prévalence chez la femme
suit la même évolution avec un décalage
de l’entrée dans la consommation d’une
cinquantaine d’années. Elle est
responsable d’une mortalité masculine
puis féminine décalées toutes deux d’une
vingtaine d’années. Ainsi, les morts du
tabac sont-elles liées à son usage dans
les 20 à 50 années précédant leur
observation, et le plein de l’épidémie estil obtenu en prés d’un siècle. Par ailleurs
le nombre de morts reste en plateau ou
diminue dans les pays industrialisés du
fait de la diminution de la prévalence
observée dans ces pays depuis quelques
décennies. En revanche, le nombre de
4
décès augmente dans les pays pauvres,
véritable réserve de marché pour
l’industrie du tabac. Les conséquences
sanitaires et sociales, entrave au
développement, altération de
l’environnement (le séchage du tabac est
une des premières causes de la
déforestation), majoration de la pauvreté,
menacent gravement les pays en
développement et particulièrement
l’Afrique.
Pour atteindre l’objectif d’une exposition
nulle à la fumée de tabac, la réduction de
l’offre et de la demande des produits du
tabac constituent deux approches
complémentaires.
La réglementation de la demande
comprend :
– l’interdiction totale de la promotion et
de la publicité,
– l’augmentation substantielle annuelle et
en une fois du prix de vente, par
l’intermédiaire des taxes sur tous les
produits du tabac,
– l’impression sur les unités de
conditionnement d’avertissements
sanitaires pertinents, clairement lisibles
et rotatifs,
– l’interdiction totale de fumer dans les
espaces clos accueillant du public et
notamment les lieux de travail,
– un étiquetage clair et lisible des
composants de la fumée de tabac, des
ingrédients et des additifs, enfin
– une information précise par des
campagnes grand public et une
communication au plus prés de la
population sur les effets de l’usage, la
composition des produits du tabac et les
agissements d’une industrie
régulièrement condamnée pour son
activité mensongère et manipulatrice visà-vis des populations vulnérables et
notamment celles des pays en voie de
développement.
Rares sont les pays qui possèdent d’un
dispositif complet, et tout
particulièrement en Afrique où le
manque de législation, la pauvreté, la
multiplication des menaces pesant sur la
santé des personnes et des populations
constituent un terrain d’élection où
s’engouffrent tous les intérêts
particuliers. L’industrie du tabac sait en
profiter.
L’arrêt de l’usage du tabac est bénéfique,
quelles que soiten l’ancienneté de l’usage
et la quantité de tabac fumé. Ce gain
s’observe très rapidement pour les
infections des voies aériennes chez les
jeunes enfants soumis au tabagisme de
leur entourage, au bout de quelques
mois pour les maladies cardiovasculaires et de quelques années pour
les cancers.
Sur le plan individuel, les techniques
d’aide à l’arrêt comprennent des
méthodes médicamenteuses (substituts
nicotiniques et inhibiteur de la recapture
des catécholamines) onéreuses et en
pratique souvent hors de portée des pays
en voie de développement. En revanche
un conseil d’arrêt donné par un
professionnel de santé (sage-femme,
infirmière) est efficace et, s’il est appliqué
largement, est susceptible d’obtenir des
résultats au niveau des populations. En
réalité, la « dénormalisation » de l’usage du
tabac, conséquence de la réduction de la
demande, en installant une société
dévalorisant l’usage du tabac et en en
limitant l’usage, accroît puissamment
l’intention d’arrêter et constitue la
méthode la plus efficace pour obtenir une
réduction de l’initiation et de l’usage du
tabac. Le 31 Mai, journée sans tabac de
l’OMS, ne saurait résumer l’effort à faire,
mais représente une occasion de
Albert Hirsch
Vice-président
Ligue Nationale Contre le Cancer
Paris, France
Email : [email protected]
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
éditorial
Marie-Claude Lamarre et Sylviane Ratte
La crise croissante
du tabagisme en
Afrique francophone
mobilisation et de sensibilisation des
opinions qu’il convient de ne pas négliger.
L’association et le maintien sur une très
longue période de l’ensemble des
dispositions portant sur l’offre et sur la
demande des produits, l’évaluation des
résultats et la correction des points
faibles du dispositif sont nécessaires
pour obtenir une amélioration
significative de la santé publique.
Le commerce du tabac ne connaît pas de
frontière et l’industrie organise la
contrebande. Le tiers de la production
mondiale des cigarettes circule
illégalement et échappe aux taxes. Les
états africains représentent une énorme
réserve de marché pour l’industrie. Tel
est le cadre général de la lutte contre le
tabac.
Compte tenu de la menace, les pays
Africains ont su s’organiser pour obtenir
la Convention cadre pour la lutte
antitabac (CCLAT) adoptée par
l’Assemblée mondiale de la santé le
21 mai 2003. Ce traité est entré en
vigueur le 27 Février 2005 pour les pays
l’ayant ratifié. La négociation des
protocoles additionnels du traité, portant
notamment sur la lutte contre le
commerce illicite du tabac, doit
permettre d’enrayer le développement
du tabagisme dans les pays en voie de
développement.
Ce numéro spécial consacré à la crise du
tabac en Afrique francophone réunit
expertise, témoignages et concours des
associations engagées sur le terrain.
Il représente une étape essentielle de
l’accord de coopération quinquennal
entre les Centres américains de Contrôle
et de Prévention des Maladies et l’Union
Internationale de Promotion de la Santé
et d’Education pour la Santé. Vaincre une
catastrophe annoncée pour l’Afrique, tel
est le défi que nous devons relever.
Ce numéro spécial de Promotion & Education a reçu
le soutien financier des Centres américains de
Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC), une
agence du Département de la Santé des Etats-Unis
d’Amérique et de la Ligue nationale contre le cancer
(France).
En 2002, l’Union Internationale de
Promotion de la Santé et d’Education
pour la Santé (UIPES) a signé un accord
de coopération avec les Centres
américains de Contrôle et de Prévention
des Maladies (US Centers for Disease
Control and Prevention, CDC), une
Agence du Département de la Santé et
des Services sociaux, après avoir défini,
à la fois au niveau mondial et régional,
un certain nombre de domaines dans
lesquels les deux organisations ont des
intérêts en commun, en particulier celui
de la recherche en promotion de la santé
et celui du développement et de la
diffusion des connaissances. Depuis la
mise en œuvre de cet accord en août
2002, l’UIPES a facilité et le plus souvent
coordonné différentes initiatives de
promotion de la santé et d’éducation
pour la santé allant du développement
de politiques de santé publique à la
diffusion de connaissances fondées sur
les preuves et la pratique et le
développement des capacités dans
différents domaines, dont le contrôle du
tabac.
Les CDC ont donc confié à l’UIPES dans
le cadre de cet Accord de Coopération, la
coordination d’un projet couvrant
différentes activités intéressant le monde
entier, l’Afrique et l’Afrique francophone
plus particulièrement.
Il s’agit d’un projet en multipartenariat
avec de nombreux organismes
internationaux, nationaux et locaux,
notamment, l’Organisation Mondiale de
la Santé, l’Union Internationale Contre le
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Cancer, « The Campaign For Tobacco
Free-Kids », l’INGCAT (Coalition
internationale des ONG de Lutte contre
le Tabac), l’Union internationale contre la
Tuberculose et les Maladies respiratoires,
l’Association canadienne de Santé
Publique, l’Observatoire du Tabac en
Afrique Francophone, la Ligue nationale
française contre le Cancer, la Coalition
québécoise contre le Tabac, SOS
Tabagisme-Mali, SOS Tabagisme-Niger,
et de nombreux experts de toutes les
régions du monde. L’ensemble des
actions menées dans le cadre de ce
projet vise à répondre à la situation de
l’Afrique francophone.
La consommation du tabac est peut-être
actuellement inférieure en Afrique,
comparée à celle d’autres régions du
monde mais la recherche montre que la
consommation du tabac augmente
rapidement dans cette région. L’industrie
du tabac a monté de solides campagnes
de marketing et de promotion en Afrique.
Si la consommation du tabac n’est pas
réglementée et contrôlée, elle se traduira
à l’avenir par une épidémie extrêmement
grave de maladies chroniques et
d’incapacités. Les pays d’Afrique ont
donc maintenant devant eux la
possibilité et le défi de freiner, voire
prévenir, cette épidémie et de protéger la
santé future de leurs populations. Des
contre campagnes et des réglementations
Marie-Claude Lamarre
Directeur Exécutif
UIPES
Email: [email protected]
Sylviane Ratte
Responsable Programme Tabac
Service Prévention-information-dépistage
Institut national du cancer
Email: [email protected]
5
de santé publique sont efficaces et
peuvent diminuer l’impact des efforts de
l’industrie du tabac. Pour cela il faut
avant tout sensibiliser et informer le
public sur les stratégies et tactiques,
utilisées en Afrique, pour rendre de
nouvelles générations dépendantes du
tabac. Cela complétera les efforts
concertés de décideurs politiques pour
protéger la santé publique à la fois par la
législation nationale mais aussi sur le
plan international au travers de la
Convention cadre pour la lutte anti-tabac.
L’importance et la nécessité d’accroître la
communication médiatique et la
collaboration des médias en Afrique sont
évidentes. Les décideurs politiques
auront besoin eux aussi d’un soutien
solide au moment d’adopter et de mettre
en vigueur les stratégies de lutte et de
contrôle du tabac autour de la
Convention cadre. Une sensibilisation
plus importante du public aux dangers
du tabac sera elle aussi essentielle pour
permettre l’acceptation de nouvelles
mesures et de mesures renforcées.
C’est à cette stratégie que participe ce
numéro spécial sur la crise croissante du
Tabac en Afrique francophone.
Il constitue une ressource importante
pour les acteurs de la lutte contre le
tabac y compris les experts en santé
6
publique. Il a pour objectif de
sensibiliser l’opinion publique et les
leaders d’opinion et de proposer un
ouvrage de référence pour les activistes
sur le terrain, les professionnels des
médias, les décideurs et le grand public.
Organisé sous forme d’une série
d’articles, ce numéro spécial offre un
aperçu des connaissances actuelles sur
la situation du tabac en Afrique
francophone et des réponses
émergeantes qui visent à enrayer cette
épidémie grandissante. Au sommaire, les
données de la prévalence du tabagisme,
l’évaluation de l’impact sanitaire et
économique du tabac dans la région, les
nouveaux marchés et prévisions
d’expansion de l’industrie du tabac et
leurs stratégies pour contrer les mesures
de santé publique. Des sujets
particulièrement pertinents pour la
région tels que la contrebande, la
pauvreté et la publicité sont couverts
dans de courts articles commandés
auprès de journalistes francophones
africains par Syfia international, une
agence de presse francophone,
partenaire du projet, qui apporte
efficacement son point de vue du rôle et
du métier de journaliste.
du contrôle du tabac vient illustrer
comment l’Afrique francophone
s’organise au niveau local et international
pour mieux répondre et faire face à cette
épidémie en expansion.
Enfin, une analyse des initiatives
actuelles et des progrès dans les
domaines de la promotion de la santé et
Mackay, J. et Eriksen, M. (2002) The Tobacco Atlas.
Organisation mondiale de la Santé, Genève.
Les multiples témoignages rapportés
dans ce numéro traduisent bien la
stratégie de l’industrie qui cible l’Afrique
comme son plus fort potentiel de
développement avec une croissance de
la consommation escomptée de 16 % sur
dix ans, selon l’Atlas du Tabac dans le
Monde de l’OMS1.
Pourtant, comme l’écrit Corné van
Walbeek dans la conclusion de son
article, la lutte contre le tabac peut-être
gagnée et l’ingrédient numéro un pour ce
faire est une forte volonté politique
assortie d’un partenariat à tous les
niveaux, international, national et local,
et de mesures qui ont fait la preuve de
leur efficacité. Le développement, la
signature et la ratification de la
Convention cadre représentent en ce
moment un premier aboutissement et un
formidable espoir pour tous ceux qui se
battent depuis des décennies.
Référence
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
Carmen Audera et Vera Luiza da Costa e Silva
Les conséquences sanitaires de l’épidémie
tabagique dans les pays francophones
de l’Afrique de l’Ouest et les mesures
de contrôle du tabac
La consommation de tabac reste la cause
principale de mortalité évitable dans le
monde. Elle touche la santé des
individus dans tous les pays du monde, à
tous les stades de la vie. Le tabac nuit à
la santé du fœtus, du nouveau né, de
l’enfant, de l’adolescent, des adultes et
des personnes âgées. A mesure que la
recherche sur les effets du tabac sur la
santé avance, le nombre de personnes
affectées augmente et la liste des
pathologies associées au tabac ne cesse
de s’allonger incluant maintenant, la
cataracte, les pneumonies, la leucémie
myéloïde aiguë, l’anévrysme de l’aorte, le
cancer du col de l’utérus, du rein, de
l’estomac, du pancréas et les
péridontopathies. Ces pathologies
viennent s’ajouter à la liste des affections
plus connues liées au tabagisme :
cancers de la vessie, de l’œsophage, de la
cavité buccale, du pharynx, pathologies
chroniques des systèmes respiratoires et
cardiovasculaires, ainsi que l’impact sur
le système de reproduction et la mort
subite du nourrisson. (Surgeon General
Report 2004)
Les dangers du tabac sur la santé sont
bien connus et acceptés dans les pays
industrialisés, ceci n’est pas encore le
cas dans les pays en développement où
ces arguments ont peu d’impact
notamment dans les pays d’Afrique
francophone.
Carmen Audera, MD MPH
Medical Officer
Tobacco Free Initiave
Organisation mondiale de la Santé
Avenue Appia, 20
CH-1211
Genève 27
Tél : +41 227912938
Email : [email protected]
Vera Luiza da Costa e Silva, MD, PhD
Director
Tobacco Free Initiave
Organisation Mondiale de la Santé
Genève
Dans ces pays, le poids de la morbidité
est encore largement attribuable aux
maladies communicables et aux
problèmes de santé de la mère et de
l’enfant. L’épidémie tabagique est
relativement récente et ses
conséquences dévastatrices font à peine
leur apparition. Aujourd’hui, agir contre
le tabac n’est pas une priorité de santé.
Si la tendance continue, cependant, on
observera très rapidement, comme dans
le reste du monde, une augmentation du
poids du tabac dans la morbidité de ces
pays, (figure1) pour les raisons
suivantes :
a) la consommation de tabac augmente
b) la population aura plusieurs années
de tabagisme derrière elle
c) le statut général de la santé de la
population s’améliore et l’espérance de
vie augmente.
Certaines estimations montrent que
même si la prévalence reste constante ou
si elle diminue, le nombre de fumeurs
augmentera dans la région.
L’augmentation du nombre de fumeurs
sera d’autant plus importante que les
revenus augmenteront. (Tableau 1).
L’impact sanitaire de la
consommation de tabac dans
les pays d’Afrique francophone
1. Les cancers
Le cancer du poumon
Globalement, l’épidémiologie du cancer
du poumon, dans tous les pays et régions
du monde, suit la consommation de
tabac. Dans les pays où la population
fume depuis des décennies, environ 90 %
des cancers du poumon sont
directement liés au tabagisme. La baisse
de l’incidence du cancer du poumon,
dans ces pays, est liée à la baisse de la
prévalence du tabagisme. L’estimation de
la mortalité totale par cancer chez les
hommes en Afrique de l’Ouest
(1.2/100 000) est bien plus basse que
celle pour l’Europe de l’Ouest
(93/100 000) (GLOBOCAN 2002, CIRC).
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Dans les pays d’Afrique, l’incidence du
cancer du poumon lié au tabac est sans
aucun doute en augmentation de façon
significative. Des données de mortalité
ne sont disponibles que pour l’Afrique
du Sud et plusieurs pays d’Afrique du
nord : Algérie, Maroc, Tunisie où
l’épidémie du tabac sévit depuis plus
longtemps.
Sur la base de l’augmentation actuelle de
la consommation de tabac dans les pays
de l’Afrique de l’Ouest et si rien n’est fait
pour endiguer l’épidémie, les pays
francophones d’Afrique de l’Ouest seront
confrontés à une augmentation de la
mortalité par cancer du poumon dans les
décades à venir.
Actuellement l’incidence et la mortalité
par cancer du poumon sont plus basses
chez la femme dans toutes les régions du
monde. En plus du tabagisme actif,
d’autres facteurs de risque sont identifiés
dans le cancer du poumon, notamment :
l’exposition à la fumée des autres, les
vapeurs d’huile utilisée pour cuisiner, la
fumée de charbon, le radon, la pollution
de l’air et les expositions
professionnelles à l’amiante et d’autres
carcinogènes. L’évidence scientifique
montre que ces carcinogènes
environnementaux combinés à la fumée
de tabac augmentent le risque du cancer
du poumon. Ces autres facteurs de
risque sont fréquents et présents dans la
plupart des pays francophones de
l’Afrique de l’Ouest.
Le cancer de l’œsophage
Le cancer de l’oesophage, une tumeur
hautement mortelle a aussi été associé au
tabagisme bien que son incidence soit
plus faible que celle du cancer du
poumon et variable selon les pays de
Mots clés
•impact sanitaire
•tabac
•Afrique
7
Figure 1
dans les pays en développement où le
risque d’infection avec le papillomavirus
est accentué par les capacités limitées de
dépistage et de traitement. Si nous
ajoutons à cela une augmentation du
tabagisme chez les femmes d’Afrique de
l’Ouest, l’incidence du cancer du col de
l’utérus et la mortalité associée
augmenteront dans ces pays.
Stades de développement de l’épidémie du tabac
2. Broncho pneumopathie chronique
obstructive (BPCO)
l’Afrique sub-saharienne. Dans de
nombreux pays, son incidence reste faible
comme en Côte d’Ivoire et au Mali où
l’épidémie du tabac est à ses premiers
stades de développement. En revanche,
dans les pays africains pour lesquels
l’épidémie tabagique a commencé plus
tôt, l’incidence a considérablement
augmenté, en particulier pour les
populations citadines comme à Durban en
Afrique du Sud, à Kyadondo en Ouganda
ou encore à Harare au Zimbabwe ; une
augmentation supérieure même à celle
rapportée pour les populations blanches.
(Walker AR et al, 2002). Tout comme pour
les cancers du poumon, une
augmentation de l’incidence des cancers
de l’œsophage est à prévoir si la
consommation de tabac augmente.
Le cancer du col de l’utérus
Des études épidémiologiques montrent
que les fumeuses ont jusqu’à quatre fois
plus de risque de développer un cancer
du col de l’utérus que les non fumeuses
Tableau 1
et que le risque augmente avec la durée
du tabagisme. Des études scientifiques
biochimiques ont démontré le lien entre
tabagisme et cancer de l’utérus (Simons,
A.M. et al. 1993 ; Yang, X et al 1996). Au
niveau mondial, le cancer du col de
l’utérus est la première cause de décès
par cancer chez les femmes, avec plus
d’un million de nouveaux cas décelés
chaque année (Jones SB, 1999). Fumer,
multiplie par 2 ou 3 le risque de cancer
du col de l’utérus (Catellsague X et al
2001). En 2002, le Centre international de
recherche sur le cancer (CIRC) a conclu
après l’analyse d’un nombre important
d’études sur le sujet que le tabagisme
était cause de cancer invasif (malin) de
l’utérus. (IARC 2002).
L’incidence du cancer du col de l’utérus
en Afrique de l’Ouest est déjà au moins
le double de la moyenne mondiale (29,3
versus 16,2) (taux standardisés sur l’âge
selon Globocan CIRC 2002). Il est encore
le cancer le plus mortel chez les femmes
Nombre de fumeurs (en milliers) dans la région Afrique
2010
2020
2025
Prévalence constante
+2 % revenu annuel
88133
118219
137025
Prévalence et
revenu constants
85523
111344
127138
-1 % prévalence
+2 % revenu annuel
79730
96750
106662
L’augmentation de la prévalence du
tabagisme viendra s’ajouter aux facteurs
de risque environnementaux déjà
existants en Afrique pour la BPCO, à
savoir la pollution sur le lieu de travail et
la pollution domestique causée par la
combustion de biomasse qui contribue
en particulier à la BPCO chez les femmes.
Les tendances prévues en terme de
prévalence de la BPCO s’expliquent
également par les changements en terme
d’espérance de vie à la naissance et la
distribution de l’âge de la population qui
varie considérablement d’un pays à
l’autre. En 1994, 44 % de la population
africaine avait moins de 5 ans et
seulement 3 % plus de 65 ans. (Figure 2)
(WHO 2001).
3. Les pathologies infectieuses
Source : G. Emmanuel Guindon and David Boisclair. Past, Current and Future Trends in Tobacco Use. HNP Discussion
Paper). Economics of Tobacco Control Paper N0 6, WHO 2003
8
Bien que la BPCO soit associée à la
pauvreté, elle est moins fréquente dans
les pays en développement, en raison de
la jeunesse de la population et jusqu’à
aujourd’hui, de la consommation de
tabac moins élevée que celle enregistrée
dans les pays industrialisés. Par exemple
la prévalence de la BPCO chez des
patients hospitalisés dans des services
spécialisés oscille entre 2,7 % en Guinée
à 14 % au Maroc. La mortalité et la
morbidité liées à la BPCO cependant,
devraient augmenter dans tous les pays
et cette augmentation se fera ressentir
tout particulièrement dans les pays
africains dans les 20 ans à venir avec
l’augmentation progressive de la
prévalence du tabagisme.(Chan-Yeung M,
et al 2004).
La tuberculose
Il existe de plus en plus de preuves sur le
lien entre le tabagisme et un risque accru
d’infection, de décès et de maladie par la
tuberculose. Des études menées en Inde,
par exemple, montrent que 50 % des
décès liés à la tuberculose chez les
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
Tableau 2
Législation réglementant les interdictions de fumer dans les lieux publics
Bénin
Burkina
Côte d’Ivoire
Guinée
Mali
Niger
Sénégal
Établissements d’éducation
Pas connue
Interdiction
Restrictions
Interdiction
Interdiction
Pas connue
Pas de réglementation
Etablissements de santé
Interdiction
Interdiction
Restrictions
Interdiction
Interdiction
Pas connue
Pas de réglementation
Lieux de travail
Restrictions
Pas de régl.
Restrictions
Restrictions
Restrictions
Pas connue
Pas de réglementation
Restaurants
Pas connue
Pas de régl.
Restrictions
Interdiction
Pas de régl.
Pas connue
Pas de réglementation
Transports
Pas connue
Pas de régl.
Interdiction
Interdiction
Interdiction
Pas connue
Pas de réglementation
Source : Tobacco Control Country Profiles 2003
hommes sont causés par le tabagisme et
que 75 % des fumeurs infectés par la
tuberculose ne l’auraient pas été s’ils ne
fumaient pas (Vendhan Gajalakshmi et al
2003).
Une étude en Afrique du Sud calcule que
si les fumeurs avaient le même taux de
mortalité que les non fumeurs, 20 % des
décès par la tuberculose seraient évités
(Sitas F. et al 2004). Les mécanismes
physiologiques précis qui expliquent ce
lien ne sont pas bien connus, mais il
semblerait que la fumée de tabac en
endommageant la muqueuse pulmonaire
la rende plus sujette aux infections.
D’autre part, la perte de poids et la
malnutrition chez les fumeurs seraient
également des mécanismes importants
dans cette explication, en particulier
dans les populations les plus démunis,
touchant plus spécifiquement les femmes
en Afrique de l’Ouest.
L’incidence de la tuberculose dans les
pays d’Afrique de l’Ouest est élevée. Elle
a récemment été aggravée par l’épidémie
du VIH-SIDA. Une augmentation de la
prévalence du tabagisme dans ces pays
Figure 2
pourrait sérieusement augmenter le
nombre de cas d’infection et les décès
par la tuberculose comme cela a été le
cas dans d’autres pays.
4. La santé de la mère, du nouveau
né et de l’enfant
Les données récentes de l’enquête
menée au niveau mondial sur les jeunes
et le tabac (GYTS) montrent que la
consommation de tabac chez les filles
augmente de façon considérable partout
dans le monde, avec des prévalences
comparables, voire supérieures à celles
des garçons. (Global Youth Tobacco
Survey Collaborating Group 2004). Les
pays en voie de développement qui
tentent d’améliorer les conditions à la
naissance et de faire fléchir le taux de
mortalité infantile et maternelle doivent
pour y parvenir faire face à la difficulté
supplémentaire que pose le tabagisme
féminin.
Le poids du bébé à la naissance
Les enfants dont la mère fume pèsent en
moyenne 200 grammes de moins à la
Changements dans les projections de la mortalité
par BPCO en Afrique sub-saharienne
Survenant à cause des changements démographiques
Cas (milliers)
Survenant à cause des changements démographiques
et épidémiologiques
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
naissance que les enfants de mères nonfumeuses. De plus, plus la femme
enceinte fume de cigarettes, plus il est
probable que le poids du bébé à la
naissance s’en trouve réduit. Des études
récentes suggèrent que la cigarette
pourrait réduire l’irrigation sanguine du
placenta, réduissant ainsi la quantité des
nutriments qui alimentent le fœtus.
(Larsen, L.G. et al. 2002). Un faible poids
de naissance est la cause principale de
mortalité infantile ; les bébés dont le
poids est faible ont un risque accru de
mourir en particulier dans les pays à
faible revenu.
L’allaitement
Fumer peut contribuer à une production
de lait maternel inadéquate. Une étude a
trouvé que les concentrations de graisse
et le volume de lait des mères fumeuses
étaient inférieurs à ceux des femmes non
fumeuses. (Hopkinson, J.M. et al 1992).
Chez les mères fumeuses qui allaitent, la
production de lait est de 250 ml inférieur
à celle des non-fumeuses. (Vio F et al
1992). Assurer l’allaitement pendant les
six premiers mois de la vie est crucial au
bon développement et à la santé de
l’enfant dans les pays d’Afrique de
l’Ouest en particulier pour les plus
pauvres. Les mères ne peuvent pas
prendre le risque de nuire à l’allaitement
des bébés qui dans certains cas sont déjà
de faible poids en raison du tabagisme
de la mère pendant la grossesse.
Le contrôle du tabac dans
les pays d’Afrique de l’Ouest
Le contrôle du tabac est une priorité de
santé aux retombées internationales.
L’adoption et la mise en place de
mesures de contrôle du tabac,
cependant, varient selon les pays. Les
pays industrialisés pour lesquels le tabac
est la première cause évitable de décès
ont déjà commencé à prendre des
mesures pour contrôler l’épidémie.
9
Tableau 3
Législation réglementant la publicité et la promotion pour les produits du tabac
Bénin
Burkina
Côte d’Ivoire
Guinée
Mali
Niger
Sénégal
Publicité
Interdiction
Pas de régl.
Restrictions
–
Restrictions
Interdiction
Restrictions
Parrainage et promotion
Interdiction
Pas de régl.
Pas de régl.
–
Pas de régl.
Interdiction
Interdiction
Distribution gratuite
Pas de régl;
Pas de régl.
Restrictions
–
Pas de régl.
Pas de réglementation Interdiction
Source : Tobacco Control Country Profiles 2003
L’expérience des pays industrialisés et
celle des pays en voie de développement
montrent qu’un certain nombre de
mesures ont fait la preuve de leur
efficacité dans le contrôle du tabac.
Ces mesures peuvent être classées en
deux catégories : les mesures qui agissent
sur la demande et celles qui agissent sur
l’offre. Tandis que l’on sait, grâce à des
preuves abondantes, que l’on peut agir
pour réduire la demande de produits du
tabac, l’évidence est moins probante pour
ce qui est d’agir avec succès sur l’offre.
Certains pays ont tenté de restreindre
l’accès au tabac et de réduire l’offre à
travers des restrictions commerciales ou
des politiques agricoles et de contrôle de
la contrebande. Ces mesures, à
l’exception du contrôle de la contrebande,
ont prouvé une efficacité limitée. Une
observation de base, sur la loi du marché,
explique que si l’on empêche un
fournisseur de vendre une marchandise
ou un bien, un autre viendra rapidement
prendre sa place et ce tant qu’il existera
de bonnes raisons de le faire.
Les mesures qui agissent sur la demande
qui ont fait preuve de leur efficacité
comprennent l’augmentation du prix des
produits du tabac ; l’interdiction
complète de toute publicité, promotion et
parrainage par les fabricants de tabac ; la
sensibilisation et l’éducation accrue de
l’opinion publique sur les dangers du
tabac ; les politiques d’interdiction de
fumer, et l’accès aux traitements de la
dépendance tabagique.
La mise en œuvre plus ou moins
complète de ces mesures a permis de
réduire à des degrés différents la
consommation de tabac dans certains
pays, en particulier dans les pays qui ont
été confrontés à l’épidémie en premier et
qui ont pu déjà observer les effets
mortels du tabac.
Le degré de succès d’une stratégie de
contrôle du tabac dépend :
des ressources techniques et humaines
disponibles pour mettre en place un
programme complet multi-sectoriel et
pérenne ; de la volonté politique de
légiférer et de faire respecter les lois ;
de l’existence d’une masse critique qui
respecte la législation en vigueur et de
l’existence de lobbys pour demander et
défendre les mesures de contrôle du
tabac et contrer, entre autres, le pouvoir
et l’influence de l’industrie du tabac.
Certains de ces éléments sont absents du
contexte des pays d’Afrique de l’Ouest car
le tabac n’est pas vraiment une des
priorités de santé publique et les
ressources humaines et financières
disponibles, souvent rares, sont déployées
en direction d’autres problèmes de santé.
Ces pays ont encore à faire face à une
morbidité importante liée aux pathologies
infectieuses et aux conditions de santé de
Tableau 4
Dates de signature et de ratification de la CCLAT
par certains pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Février 2005
Signature
Ratification
Bénin
18 juin 2004
Non ratifiée
Burkina Faso
22 décembre 2003
Non ratifiée
Côte d’Ivoire
24 juillet 2003
Non ratifiée
Guinée
1 avril 2004
Non ratifiée
Mali
23 septembre 2003 Non ratifiée
Niger
28 juin 2004
Non ratifiée
Sénégal
Non signée
Non ratifiée
10
la mère et de l’enfant. La menace que
présente la consommation de tabac et ses
conséquences sanitaires est largement
sous estimée à ce stade de l’épidémie
tabagique.
La volonté politique de contrôler le tabac
fait souvent défaut à cause de l’influence
de l’industrie du tabac. Une des raisons
majeures d’inaction de la part des
gouvernements est la crainte de l’impact
sur l’emploi et de la perte de revenus
fiscaux dérivés de la vente du tabac. Ces
craintes ne sont toutefois que des
arguments avancés par l’industrie du
tabac qui clament que les mesures de
contrôle du tabac conduiront à des
millions de pertes d’emploi au niveau
mondial et à des pertes de revenus
fiscaux pour les gouvernements. Dans les
faits, rien de tel. La fabrication de
cigarettes est extrêmement mécanisée et
elle n’emploie que très peu de personnes
au niveau local. A titre d’exemple, pour
la Côte d’Ivoire, un pays producteur
d’importantes quantités de cigarettes et
qui exporte vers ses pays voisins, la part
de l’industrie du tabac dans l’emploi
généré par l’ensemble des industries est
inférieure à 1 %. (WHO/TFI Francophone
African project 2004. non publié)
Les mesures de contrôle du tabac
en œuvre dans les pays
francophones de l’Afrique de l’Ouest
Globalement, le continent africain n’a pas
véritablement progressé pour redresser
le développement du tabagisme. Seuls
quelques pays africains notamment
l’Afrique du Sud, le Botswana, le Mali,
l’Ile Maurice ont adopté des cadres
réglementaires complets qui se fondent
sur les principes clefs de l’efficacité de
certaines mesures en l’occurrence une
politique fiscale, une interdiction de la
publicité, des restrictions de la
consommation de tabac et des
programmes d’arrêt et d’éducation
efficaces. Un bref rappel sur l’état, dans
la région, de l’évolution des mesures et
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
politiques nécessaires pour réduire
l’épidémie tabagique, permet d’expliquer
que l’industrie du tabac bénéficie encore
d’une situation avantageuse comparée à
celle des acteurs du contrôle du tabac
(Tobacco control Country profiles 2003,
WHO).
Les prix
L’augmentation du prix par l’augmentation
des taxes est, de loin, la mesure
immédiate prouvée la plus efficace pour
réduire la consommation de tabac.
Les taxes sur les produits du tabac dans
les pays d’Afrique de l’Ouest représentent
environ 50 % du prix total.. S’il est difficile
de préciser un niveau optimal de taxes
sur les produits du tabac, il s’avère
toutefois que dans les pays qui ont réussi
à réduire la consommation de tabac, les
taxes sur les produits du tabac
représentent de 2/3 à 4/5 du prix de
vente. (Banque Mondiale, 1999).
La législation
Les lois interdisant de fumer dans les
lieux publics sont faibles voire nonexistantes dans les pays d’Afrique
francophone de l’Ouest. Dans les pays où
ces lois existent pour certains lieux, elles
sont généralement limitées, peu
respectées et les mécanismes de
sanction en cas d’infraction sont
rarement mis en place.
La publicité
Dans certains pays d’Afrique
francophone de l’Ouest, une interdiction
partielle de la publicité pour le tabac
existe ; dans d’autres pays comme au
Burkina Faso, aucune réglementation de
la publicité, de la promotion et du
parrainage n’a été adoptée par les
autorités. (Table 3). A titre d’exemple, au
Burkina Faso, l’industrie du tabac sur
une période de trois ans à dépensé 200
millions de Francs CFA pour le
parrainage du football, 30 millions pour
la boxe et 22 millions pour le basket.
(Francophone African countries WHO
tobacco control project. Non publié).
Le contrôle de la contrebande
Les cigarettes de contrebande échappent
à toute réglementation des
avertissements sanitaires, des prix et
donnent accès aux marques
internationales les plus prisées des
jeunes. Les cigarettes de contrebande
représentent 20 % de la consommation
nationale. Pour les pays d’Afrique de
l’Ouest le contrôle de la contrebande est
un véritable défi lorsque l’on considère
les obstacles à la surveillance adéquate
des frontières et dans certains cas le
niveau élevé de corruption.
Au delà de promouvoir leurs produits,
les fabricants de tabac tentent également
de s’auto promouvoir comme des
sociétés responsables et citoyennes qui
créent des emplois, aident les
agriculteurs et font fonctionner
l’économie. Les compagnies de tabac
prétendent que leur actions
« responsables et citoyennes » réduisent
les inégalités sociales, en créant des
infrastructures de santé et d’éducation
ou en améliorant la qualité des soins ou
encore la formation pour l’emploi et le
management, ou la culture et les loisirs.
Des exemples de ce genre d’activités
incluent des programmes d’aide au
développement des petites entreprises, la
prévention des crimes en Afrique du sud
et le soutien à des projets de quartiers au
Kenya et au Malawi.
Les pays francophones d’Afrique
de l’Ouest et la Convention
cadre pour la lutte anti-tabac
de l’OMS
Le contrôle des stratégies
de l’industrie du tabac
L’industrie du tabac déploie toutes sortes
de stratégies afin de promouvoir ses
produits. Les fabricants de tabac sont
puissants et ont de l’influence dans les
pays de l’Afrique de l’Ouest. Ces pays
avec d’autres pays à faible et moyen
revenus sont aujourd’hui les cibles des
cigarettiers qui profitent d’une part, du
peu de restrictions en terme de
marketing et d’autre part du potentiel
énorme de recrutement de nouveaux
consommateurs en particulier chez les
femmes qu’offrent ces pays.
Pour un contrôle du tabac efficace, des
accords et une coopération internationale
sont essentiels. À l’occasion de
l’Assemblée mondiale de la Santé en mai
1996, les Etats Membres ont adopté une
résolution appelant le Directeur Général
de l’OMS à initier un processus pour le
développement d’une convention cadre
sur le contrôle du tabac. La Convention
cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) est
un instrument juridique international,
conçu pour contrôler la croissance de
l’épidémie du tabac. Le traité a
finalement été adopté après plusieurs
années de négociations, en mai 2003. Il
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Governments and the Economics of Tobacco Control.
11
est entré en vigueur en février 2005, 90
jours après la quarantième ratification.
Les pays d’Afrique de l’Ouest ont
participé activement à la négociation du
traité. Pour ces pays, le processus de
négociations a été un pas important dans
le contrôle du tabac. Dans certains cas,
le traité a permis de mettre le problème
du tabac pour la première fois à l’ordre
du jour national.
Pour être Partie à la CCLAT de l’OMS, les
pays doivent ratifier le traité. La plupart
des pays francophones d’Afrique ont
signé le traité (exprimant ainsi l’intention
de le ratifier à l’avenir) mais à ce jour
aucun ne l’a ratifié. (tableau 4).
Lorsque les gouvernements décident
d’agir de façon musclée pour enrayer
l’épidémie du tabac, une approche à
plusieurs niveaux doit être adoptée. Cette
approche doit avoir pour objectifs de
prévenir l’entrée des enfants dans le
tabagisme, de protéger les non-fumeurs,
de favoriser l’accès aux traitements et de
diffuser de l’information sur les
conséquences sanitaires du tabac.
Cette stratégie, adaptée au contexte et aux
besoins de chaque pays, devrait inclure :
(1) l’augmentation des taxes, en
montrant l’expérience d’autres pays qui
disposent de politiques complètes et
dans lesquels la consommation a chuté.
Dans ces pays, la part des taxes
représente de 2/3 à 4/5 du prix de vente
des cigarettes ;
(2) publier et diffuser les résultats des
recherches sur les dangers du tabac,
ajouter des avertissements sanitaires
conséquents sur les cigarettes, adopter
des interdictions complètes de la
publicité et de la promotion ainsi que des
interdictions de fumer sur les lieux de
travail et dans les lieux publics et
(3) élargir l’accès aux traitements de
substitution nicotinique et à d’autres
aides au sevrage.
L’OMS met à disposition un certain
nombre de recommandations,
d’ouvrages, afin de soutenir les pays
dans leurs démarches. L’OMS mène
également des ateliers de sensibilisation
et de développement des capacités au
niveau des régions. A titre d’exemple,
l’OMS a organisé en septembre 2004 un
atelier à Dakar où tous les pays de la
CEDEAO étaient invités à participer.
L’OMS encourage vivement les pays, en
particulier les pays à faible revenu, à
ratifier le traité au plus vite afin de
freiner l’épidémie du tabac. Les pays
pauvres sont les cibles de l’industrie du
tabac et si ces pays ne prennent pas de
mesures immédiates ils en endureront
les conséquences. Le véritable défi est
d’appliquer le traité et de le faire devenir
réalité sur le terrain. Cela implique de
mettre en place les fondations
techniques nécessaires et de transposer
les éléments du traité en droit national.
Remerciements
Nous souhaitons remercier
le Dr Heide Richter Airijoki et
le Dr Poonam Dhavan pour leurs
commentaires dans la préparation
de cet article.
Joy de Beyer
L’impact économique de la
consommation de tabac en Afrique
On fait souvent référence à la
contribution économique engendrée par
la culture du tabac et la vente de ses
produits : emplois et revenus pour les
agriculteurs et les personnes employées
dans le secteur, recettes fiscales pour les
gouvernements et bénéfices
considérables pour les entreprises de
tabac, échanges de devises dérivées des
exportations nettes et de l’investissement
étranger. Ces éléments sont évidemment
importants. Cependant, face à ces gains
se dressent également des pertes
économiques moins visibles et dont on
parle peut-être moins, mais qu’il convient
de prendre en compte. Les effets du
tabagisme sur la santé expliquent en
grande partie ces pertes économiques,
mais d’autres raisons affectent plus
largement toute la population, aggravant
en particulier, la pauvreté parmi les
12
fumeurs et leurs familles. Cet article
étudie l’impact économique du tabagisme
pour les pays en voie de développement,
au niveau national et du point de vue des
familles et propose un cadre permettant
de tenir compte des situations
particulières auxquelles sont confrontés
les pays d’Afrique francophone.
Le coût de la consommation
de tabac pour les foyers
Le tabagisme affecte économiquement
les familles dont un des membres fume
ou chique du tabac, sur quatre plans
différents :
– l’argent dépensé par le fumeur en
produits du tabac ;
– les coûts de santé pour les fumeurs
contractant une maladie liée à leur
tabagisme ;
– l’absence de rentrées d’argent durant la
période de maladie ; et
– les conséquences économiques de la
mort prématurée des fumeurs
succombant durant leurs années
productives.
Très souvent, les fumeurs ne se rendent
pas compte de ce que coûtent leurs
cigarettes. Le pourcentage moyen des
revenus (ou dépenses) consacrés à
l’achat de produits de tabac s’avère
parfois important. La figure 1 en donne
une estimation approximative pour
Mots clés
•impact économique
•tabac
•Afrique
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
Très souvent, les fumeurs issus de milieux
pauvres dépensent en produits du tabac
un pourcentage bien plus important de
leurs (faibles) revenus que les fumeurs
dont les revenus sont plus élevés. Ceci est
particulièrement vrai pour les fumeurs
dont la famille vit à la limite, voire endessous du seuil de pauvreté. L’argent
dépensé en cigarettes représente un « coût
d’opportunité » extrêmement élevé vu que
cet argent détourné prive la famille
d’achats qui lui sont plus indispensables,
par exemple pour se nourrir, s’habiller,
inscrire les enfants à l’école ou encore se
soigner. Par exemple, au Ghana, le prix
d’un paquet de cigarettes importées est
équivalent à celui d’un kilo de poisson. Au
Bangladesh, 50 % des enfants âgés de
moins de 5 ans souffrent de malnutrition,
tandis que la moitié des adultes fument ou
chiquent du tabac. Il n’existe aucune
preuve qui permette d’avancer que si les
fumeurs décidaient d’arrêter, l’argent ainsi
économisé servirait à acheter de la
nourriture. En théorie, toutefois, pour
chaque fumeur qui déciderait de s’arrêter,
ce serait une personne de plus au
Bangladesh qui mangerait à sa faim. Les
fumeurs ne sont pas les seuls à payer
pour leur consommation de tabac, leurs
familles elles aussi, en paient les pots
cassés.
Joy de Beyer
Coordinatrice pour le Contrôle du
Tabagisme
Banque Mondiale
World Bank, 1818 H St NW
Washington DC, 20433, USA
Email : [email protected]
www.worldbank.org/tobacco
Figure 1
Dépenses moyennes en cigarettes par fumeur
(en % du PNB/habitant)
Côt
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bab
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12 pays d’Afrique et montre que le
montant moyen dépensé en cigarettes
par les fumeurs pour ces 12 pays réunis
représente 6 % du PIB par habitant, avec
des chiffres allant de 1 à parfois plus de
13 %. (Ces estimations ont été obtenues
en prenant les ventes totales de
cigarettes, en les divisant par le nombre
estimé de fumeurs adultes, en prenant le
prix en 2002 de la marque locale la plus
vendue, et en calculant ensuite les
dépenses moyennes par fumeur,
exprimées en pourcentage du PIB par
habitant, pour les pays dont les données
étaient disponibles dans Shafey et al
2003.)
En plus des effets négatifs quotidiens et
immédiats sur le bien-être de toutes ces
familles, de cette (mauvaise) allocation
du maigre revenu familial disponible, les
fumeurs, leurs enfants et toutes les
personnes exposées passivement à leur
fumée sont à plus grand risque de
contracter des maladies, de perdre leur
revenu et d’encourir des dépenses
supplémentaires pour des soins
médicaux. Les fumeurs prennent environ
50 % de plus de congés maladie que les
non fumeurs (Woollery et al, 2000). Les
pays qui possèdent des données
estiment qu’entre 6 et 15 % des dépenses
en soins dans le pays sont consacrés au
traitement de maladies imputables au
tabagisme et que ces dépenses
représentent entre 0,1 et 1,1 % du PIB. Du
point de vue des familles ou des
ménages, des chiffres tirés de deux
études dans des pays en voie de
développement donnent une idée de
l’impact économique important que peut
avoir la maladie sur une famille. En Inde,
une étude de 1990, estimait les dépenses
médicales annuelles et « payées de sa
poche » d’un patient atteint d’un cancer,
à presque une fois et demi le revenu
annuel moyen par habitant (Rath et
Chaudhry,1999). Similairement, une
étude indonésienne en 1995 estimait les
dépenses médicales pour le cancer à
près de 70 % du PIB moyen par habitant
(Kosen, 2003). Pour une famille à faible
revenu, cela signifie que les dépenses
médicales pour une maladie grave
peuvent très vite dépasser la totalité de
son revenu annuel.
Il faut cependant tenir compte des coûts
nets de santé et non des coûts bruts : si
toutes les maladies liées au tabagisme
étaient éliminées, d’autres causes
rendraient les gens malades, ces
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
maladies, toutefois, se manifesteraient
plus tard dans la vie. Le résultat net sur
le coût des soins de santé dépendrait
alors de la charge globale des maladies
dans un pays, de l’accès aux soins, des
frais de traitement et de qui paye pour
ces frais. Nous avons affaire ici à un
problème complexe, mais cependant,
certaines études suggèrent qu’il existe
bel et bien sur une vie, des dépenses
nettes supplémentaires en soins de santé
liées à la consommation de tabac
(Lightwood et al, 2000).
Bien plus conséquentes que le coût des
soins sont les pertes de revenus et de
productivité durant la maladie, ainsi que
les pertes de revenus dues à une retraite
ou un décès prématuré durant les
années productives chez beaucoup de
fumeurs. Cette perte de salaire est une
considération économique importante
que le poids de la maladie causée par le
tabagisme fait peser tant sur les familles
que sur le pays. Une étude menée par
McIntyre et al en Afrique du Sud en 1985
montrait que le coût des maladies
attribuées au tabagisme en termes de
soins (en dépenses publiques) et en
pertes de revenus, était trois fois
supérieur aux revenus fiscaux dérivés
des taxes sur le tabac perçus par les
gouvernements.
De plus, 50 % des fumeurs à long terme
paient très cher leur consommation de
tabac... au prix de leur vie ; la moitié de
ces décès survenant durant les années
productives de la personne. D’un point de
vue privé, chacune de ces morts
représente une véritable tragédie
humaine, cause de tristesse et d’espoirs
perdus et ce quelle que soit la situation
financière de la famille. Pour une famille
pauvre ou proche de la pauvreté, la mort
13
Figure 2
utilisés sur les plants de tabac sont des
poisons tant pour les cultivateurs que
pour l’eau et la terre. Enfin, les plants de
tabac, après un certain temps,
appauvrissent le sol, rendant nécessaire
l’utilisation d’engrais, qui eux aussi
peuvent devenir une source polluante.
Prix de production pour Burley Tobacco
La contribution économique
du tabac
source : Jaffe 2002.
du chef de famille peut avoir des
conséquences dévastatrices sur le bienêtre et la survie de celle-ci. Dans une
récente étude, « Voices of the Poor »,
menée dans 23 pays, vingt mille personnes
vivant dans la pauvreté ont été interrogées
sur les causes et les conséquences de la
pauvreté (Narayan et al, 2000). Dans tous
les pays, les personnes interrogées
évoquent l’impact de la maladie sur la
famille, en particulier lorsqu’elle touche le
soutien de famille, comme faisant partie
des menaces les plus importantes
auxquelles elles doivent faire face.
Nombreuses sont les personnes qui
évoquent également les frais médicaux et
la perte de revenus à la suite d’une
maladie comme l’une des causes
précipitant la pauvreté. Par conséquent,
tous les efforts mis en œuvre pour
améliorer et préserver la santé
Emploi dans la fabrication de produits de tabac
en Afrique du Sud, 1945 – 1995.
1945
1946
1947
1948
1949
1950
1951
1952
1953
1954
1955
1956
1957
1958
1959
1960
1961
1962
1963
1964
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
Figure 3
(notamment à travers les campagnes
contre le tabagisme) restent une part
importante, à l’ordre du jour des politiques
de développement, contre la pauvreté.
Avant d’aborder le sujet de la
contribution économique du tabac, il
reste encore deux autres types de coûts
qu’il serait bon de mentionner. Les
incendies causés par les cigarettes mal
éteintes ont un impact économique assez
considérable, estimé à 27 milliards de
dollars par an en moyenne (Mackay and
Eriksen 2002), et représentent une cause
de mortalité importante. Le tabac nuit
également à l’environnement et cause
des pertes économiques à court comme
à long terme (Lightwood et al. 2000).
D’une part, le bois utilisé pour le séchage
du tabac contribue largement à la
déforestation dans les régions où celui-ci
est cultivé. D’autre part, les pesticides
Source : van der Merwe in Abedian et al. (eds) 1998.
14
Les avantages économiques du tabac
sont à considérer sous trois angles
différents : l’emploi, les recettes fiscales
et l’échange monétaire. L’industrie du
tabac génère également de considérables
bénéfices d’entreprise, mais ils ne
concernent pratiquement que les
sociétés transnationales et ne
contribuent que très peu au
développement national (sauf via les
recettes fiscales qu’ils génèrent pour le
gouvernement). Lorsque l’on observe la
contribution économique de l’industrie
du tabac, il est sûr que celle-ci
représente un montant total important,
mais à qui profite cet argent
véritablement ?
L’emploi. Dans de nombreux pays, le
chômage représente un problème
majeur, et les gouvernements étudient
toujours (à juste raison) en détails
l’impact de nouvelles politiques sur
l’emploi. De nombreuses estimations
sont disponibles concernant le nombre
de personnes qui dépendent totalement
ou partiellement de l’industrie du tabac
pour vivre, qu’ils soient agriculteurs,
ouvriers dans les usines de fabrication
ou grossistes et détaillants dans la vente.
Il est clair que tout emploi a son
importance, mais dans le cas des
emplois dépendant de la consommation
de tabac, il est nécessaire d’étudier la
question selon quatre points distincts.
Premièrement, dans la plupart des pays,
le nombre de personnes employées dans
l’industrie du tabac ne représentent
qu’une part minime et de moins en
moins importante de la main d’œuvre
totale. Même au Malawi, où le tabac
constitue une part importante de
l’économie, on estime qu’environ 10 %
seulement de petits agriculteurs cultivent
le tabac, même si ce pourcentage était
déjà plus élevé en 1997 (avoisinant les
19 %) lorsque le prix de la feuille de
tabac était à un niveau record (Jaffee
2002). Au Zimbabwe, où le tabac joue
également un rôle économique
important, seulement 2 % des travailleurs
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
Troisièmement, dans le cas où les efforts
mis en place pour limiter la
consommation de tabac s’avéreraient
fructueux et causeraient une diminution
des ventes, cela pourrait entraîner des
pertes d’emploi dans l’industrie du tabac,
en plus d’une diminution de la demande
en feuilles de tabac. Les fumeurs,
toutefois, qui décideraient de s’arrêter de
fumer ou de limiter leur consommation
de cigarettes dépenseraient alors leur
argent dans d’autres biens et services,
faisant ainsi accroître la demande et
générant de nouveaux emplois dans
d’autres secteurs de l’économie. Tout
compte fait, pour de nombreux pays, et
surtout pour les pays importateurs de
quantités importantes de cigarettes et/ou
de produits de tabac ou pour ceux qui
possèdent des usines de production de
cigarettes à haute intensité de capital, ce
« transfert de dépenses » pourrait avoir un
impact net positif sur l’emploi grâce aux
bénéfices nets d’emploi qu’il engendrerait.
Quatrièmement, l’un des arguments le
plus souvent avancé contre les mesures
de contrôle du tabac est que la
diminution de sa consommation,
entraînerait des pertes d’emploi. Or
d’autres facteurs importants sont aussi à
l’origine de pertes d’emploi dans
l’industrie du tabac. Les changements
technologiques dans la fabrication des
produits de tabac ont réduit de manière
importante la quantité de tabac
nécessaire à la fabrication des cigarettes,
entraînant ainsi une diminution de la
demande en feuilles de tabac. De plus,
une mécanisation de plus en plus
importante, combinée aux nouvelles
technologies de production, ont fait
dramatiquement chuter le nombre
d’emplois dans le secteur de la
Figure 5
production de cigarettes. Par exemple, la
Figure 3 montre qu’en Afrique du Sud, le
nombre d’emplois dans la fabrication des
produits de tabac s’est largement mis à
chuter dès le milieu des années 50. La
tendance s’est légèrement inversée
durant les années 70 jusqu’au début des
années 80, pour ensuite voir le nombre
d’emplois chuter de plus belle, alors que
les ventes et les niveaux de production
connaissaient un accroissement rapide,
et ce, bien avant que des mesures de
contrôle du tabac n’aient été instaurées.
La diminution de la consommation de
tabac en Afrique du Sud n’a eu lieu qu’à
partir de 1991, soit les 2 à 4 dernières
années représentées sur le graphique.
D’autres facteurs n’ayant aucun lien avec
les mesures de contrôle du tabac ont
également causé une diminution de
l’emploi dans l’industrie du tabac, en
Afrique du Sud comme dans beaucoup
d’autres pays.
Taux d’imposition réel sur la cigarette et recettes
fiscales réelles en Afrique du sud 1960 – 1997
Taux d’imposition réel
sur la cigarette par paquet
en devise constante de 1990
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
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Source : estimations de la banque mondiale
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Deuxièmement, les emplois dans
l’industrie du tabac sont généralement
très mal rémunérés. Ajoutons à cela les
risques de maladies professionnelles
qu’encourent les agriculteurs et ouvriers
à force d’inhaler des particules et
poussières de tabac et en absorbant de
la nicotine par la peau (ce qui entraîne la
« maladie du tabac vert »). La culture du
tabac demande un travail considérable,
elle a recours a beaucoup d’autres
produits (fertilisants, pesticides, bois
pour le séchage), et bien qu’elle ait été
par le passé une source importante de
bénéfices et de revenus, sa rentabilité
relative a fortement diminué depuis le
milieu des années 90 (Figure 2). Si les
forces du marché et le déséquilibre entre
l’offre et la demande mondiales en sont
un facteur, il faut y ajouter le pouvoir
énorme que les acheteurs de tabac
monopolistiques/oligopolistiques ont sur
le marché, contrairement aux
agriculteurs qui n’ont pratiquement
aucun pouvoir de négociation sur les
prix. Cela permet aux acheteurs
d’« écraser » les prix de la feuille de tabac
dans le but de réduire les coûts pour les
fabricants.
Figure 4 Taxes totale sur la cigarette et son pourcentage par rapport
aux recettes fiscales totales dans différents pays d’afrique, 1989
Recettes réelles en
millions de devises
constantes de 1990
A
B
1960
1961
1962
1963
1964
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
1975
1976
1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991
1992
1993
1994
1995
1996
1997
agricoles sont employés dans la culture
du tabac (Jacobs et al. 2000). Quant aux
emplois dans les usines de fabrication de
tabac, ceux-ci ne comptent que pour un
maigre 1 % du nombre total d’emplois
dans l’industrie dans les pays d’Afrique.
En ce qui concerne les pays d’Afrique
francophone, l’industrie du tabac ne
contribue que très peu à la création
d’emplois.
15
Les recettes fiscales. Dans de nombreux
pays en voie de développement (mais
pas dans tous), les recettes fiscales issues
du tabac représentent une part
importante des recettes totales perçues
par le gouvernement, allant d’un peu plus
de 1 % à presque 10 % des recettes totales
du gouvernement (Figure 4). Certains
gouvernements se montrent donc très
hésitants lorsqu’il s’agit de contrôler la
consommation de tabac, de peur qu’une
diminution de celle-ci ne porte atteinte à
leurs recettes fiscales importantes. Or, une
augmentation des taxes sur le tabac
constitue une mesure de lutte anti tabac
très efficace, une mesure coût – efficace
en terme de santé publique et un moyen
de l’État d’augmenter les recettes fiscales
totales. À moyen terme du moins, des
taxes plus élevées sur le tabac généreront
des recettes fiscales plus importantes, car
elles réduisent la consommation de tabac
dans une proportion moindre que
l’augmentation des taxes. L’augmentation
des taxes sera perçue sur un nombre un
peu moins important de cigarettes,
engendrant une augmentation des recettes
fiscales de l’État ainsi qu’une amélioration
de la santé. La figure 5 montre (A) le
niveau de taxation sur les cigarettes en
Afrique du Sud de 1960 à 1997, et (B) les
recettes totales en devises constantes de
1990 (indexée). Des taxes élevées
engendrent clairement des recettes
fiscales plus importantes. Quand l’inflation
faisait baisser le taux d’imposition réel, les
recettes fiscales elles aussi connaissaient
une diminution. Mais lorsque le nouveau
gouvernement élu démocratiquement a
instauré une augmentation des taxes, les
recettes (réelles) totales ont grimpé et ont
continué dans cette lancée dans les
dernières années (non reprises dans le
graphique).
Si les taxes sur le tabac sont importantes,
au regard de nombreux gouvernements,
elles ne sont pas une véritable
contribution économique. Elles seraient
plutôt un transfert de ressources d’un
groupe (les fumeurs) à un autre (le
gouvernement et les personnes
bénéficiant des dépenses du
gouvernement financées par les taxes).
Si l’on oublie la dimension macroéconomique pour s’intéresser au niveau
des familles, quel est l’impact d’une telle
augmentation des taxes sur le fumeur ?
De manière évidente, plus les taxes et le
prix du tabac sont élevés, plus le fumeur
paiera de taxes (et ce au profit des
fabricants de tabac). Dans les pays de
16
Figure 6
Surplus/(déficit) net en cigarettes, feuilles de tabac et
tabac total dans la région Afrique, 1961 – 1998
l’Union européenne, ces sommes sont
assez importantes, mais elles le sont
surtout dans les pays où les taxes et le
prix des cigarettes sont bas, comme c’est
le cas dans de nombreux pays d’Afrique.
Quand le niveau des taxes et le prix des
cigarettes augmentent, les fumeurs les
plus défavorisés auront plus tendance
que les fumeurs plus riches à réduire
leur consommation ou à s’arrêter de
fumer et par conséquent ils réduiront
leurs dépenses en cigarettes (au lieu de
les augmenter) tout en réduisant les
risques de maladies liées au tabagisme.
L’échange monétaire. Dans l’ensemble,
les pays africains génèrent des échanges
monétaires importants à travers l’export
des feuilles de tabac, alors que le
commerce de cigarettes et d’autres
produits de tabac ont tendance à
engendrer un (léger) déficit commercial
net.
Conclusion
En conclusion, l’impact économique du
tabac présente à la fois des coûts et des
bénéfices, plus ou moins importants
selon les cas. La culture, le traitement et
la fabrication des produits de tabac
créent de l’emploi et engendrent des
recettes pour le gouvernement. Dans
certains pays ou régions, le tabac joue
une part importante dans l’économie.
Mais pour la majorité des pays, les
contributions apportées par le tabac ne
sont que minimes. Seul un faible
pourcentage d’agriculteurs cultivent
encore le tabac, et très peu d’entre eux
gagnent leur vie avec ces cultures. Seule
une petite portion de la main d’œuvre
totale dépend encore de l’industrie du
tabac, et la mécanisation toujours plus
importante du secteur réduit d’autant
plus le nombre d’emplois. Par
conséquent, si dans certains cas, les
avantages économiques sont
considérables, une grande partie de ces
bénéfices se traduit en profits pour les
entreprises et n’influence donc pas le
développement économique national.
Les avantages économiques globaux du
tabac pour les pays en voie de
développement sont souvent exagérés.
Face aux gains économiques du tabac se
dresse la liste des coûts importants
engendrés par celui-ci. Le coût annuel de
santé est plus élevé pour les fumeurs et le
poids de celui-ci, retombe sur la famille, le
Trésor public et les employeurs/assureurs.
Les pertes en revenus et en productivité
ou celles causées par une mort
prématurée due à une maladie liée au
tabac peuvent être énormes pour
l’employeur comme pour l’employé. La
maladie ne fait qu’accentuer le cercle
vicieux de la pauvreté. Les cigarettes mal
éteintes sont la cause de milliers
d’incendies et de décès. Les dégâts causés
par la culture du tabac, l’utilisation de
fertilisants et de pesticides, la déforestation
due au séchage du tabac sont autant
d’éléments environnementaux engendrant
des pertes économiques importantes.
Reste également le coût insidieux et
souvent oublié des dégâts causés pour les
foyers défavorisés dont les maigres
ressources sont consacrées à l’achat de
cigarettes plutôt que d’être utilisées pour
se nourrir ou pour d’autres activités
vitales. La réduction du tabagisme est
bonne non seulement pour la santé, mais
aussi pour l’économie et le
développement.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
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governments and the economics of tobacco control.
Banque Mondiale, Washington DC, USA.
Sylviane Ratte et Karen Slama
État des données et de la recherche
en Afrique francophone
Constat sur l’état des données
Les pays à revenus élevés disposent de
ressources importantes dérivées des taxes
sur les ventes de tabac qu’ils peuvent
choisir de mettre au service de la santé
publique et de la recherche. Toutefois, la
plupart des pays industrialisés, même les
plus avancés, sont loin, à ce jour, d’être
dotés de tous les indicateurs et données
essentiels et nécessaires à l’établissement
et au suivi de programmes nationaux de
lutte contre le tabac tels que le prévoient
la Convention cadre pour la lutte
antitabac et les recommandations
internationales.1
Globalement, les fonds alloués à la
recherche pour le contrôle du tabac sont
encore très faibles et loin d’être à la
hauteur des enjeux de santé publique que
présente l’épidémie tabagique. En 1999,
1. Banque mondiale, data toolkit, CDC Comprehensive
tobacco control programmes guidelines. Convention cadre
pour la lutte antitabac, OMS.
l’OMS estimait que les financements pour
la recherche mondiale (et non pas les
fonds disponibles dans quelques pays
industrialisés) ne dépassaient pas US$15
millions par an (OMS, 1999).
L’investissement dans la recherche pour
le contrôle du tabac est relativement
modeste comparé à l’investissement pour
d’autres problèmes de santé. Par exemple,
pour chaque décès attribuable, les
dépenses des gouvernements et
organismes publiques pour la recherche
serait (pour la même année) de $50 pour
le tabac comparé à $3000 pour le SIDA
(Baris et al., 2000). De plus, une grande
partie de la recherche concernant le tabac
est concentrée dans les pays à revenus
élevés.
Il est donc peu surprenant que les études
et les réflexions menées sur l’état des
données dans les pays en développement
et notamment en Afrique francophone
débouchent sur des constats
d’inadéquation (Efroymson, 2002). Il est
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
évident que les données standardisées et
comparables manquent dans
pratiquement tous les domaines relatifs au
tabagisme. Les données disponibles sont
souvent vieilles, parcellaires et peu
représentatives, tel qu’en témoigne la
disparité en Afrique francophone des
indicateurs de prévalence du tabagisme
enregistrés et diffusés au niveau
international (Tableau 1). Les données
chez les adolescents sont généralement
plus récentes et indiquent des taux plus
élevés que les taux connus des adultes,
aussi bien chez les filles que chez les
garçons (Tableau 2). Comme ailleurs dans
le monde, les taux de tabagisme des
hommes excèdent ceux des femmes, et,
comme dans la plupart des pays en
Mots clés
• tabac
• données
• Afrique
17
Afrique, le tabagisme chez les femmes est
en augmentation.
Aussi insuffisantes soit-elles, les données
témoignent toutefois d’une réalité
inquiétante. En ce qui concerne l’Afrique
toute entière, la consommation du tabac
est en hausse spectaculaire dans la
plupart des pays excepté en Afrique du
Sud. La consommation totale de cigarettes
est passée de 131,181 millions d’unités en
1995 à 212,788 millions d’unités en 2000 ;
une augmentation de 38,4 % en cinq ans
(Jha & Chaloupka, 2000). Les projections
d’expansion des plus grandes compagnies
de tabac confirment cette tendance (OMS,
2003).
On ne peut guère aller plus loin dans le
constat des données sur l’usage du tabac
en Afrique francophone. Les indicateurs
permettant de mesurer l’évolution du
tabagisme dans les populations, et
préciser leurs besoins sont en
développement. Très peu d’informations
fiables existent sur les connaissances,
attitudes et croyances des individus et
leurs communautés, à l’exception de
celles recueillies dans le contexte des
enquêtes menées dans le cadre de la
« Global Youth Tobacco Survey » chez les
13-15 ans, dans certaines villes.
L’état insuffisant des données s’explique
par le manque de capacité adéquate à
mener des recherches, le peu d’accès à la
publication de celles-ci lorsqu’elles
existent, mais également par le peu
d’importance accordée à la lutte contre le
tabac. Dans des pays et régions où
d’autres problèmes sanitaires tels que le
SIDA ou le paludisme sont pressants,
Sylviane Ratte
Responsable programme tabac
Service Prévention – information dépistage
Institut national du cancer (INCa)
21 rue Leblanc
Le Ponant B
75 740 Paris Cedex 15
France
Tél : + 33 1 53 98 55 13
Fax : + 33 1 45 54 18 69
Email : [email protected]
Karen Slama
Chef de division de la prévention
du tabagisme
Union Internationale contre la Tuberculose
et les Maladies Respiratoires
Email : [email protected]
18
l’industrie du tabac propage aisément
l’image de l’apport économique du tabac
en occultant les inconvénients. Les
pouvoirs publics sont soit intimidés par
des menaces économiques soit tentés par
des bénéfices immédiats ; leur volonté
politique d’agir contre le tabac s’en voit
affaiblie.
Recherche pour les pays
d’Afrique francophone :
quelle stratégie ?
De manière générale, la désapprobation
du public ainsi qu’un cadre réglementaire
sont les facteurs les plus importants pour
le changement de comportement
tabagique d’une population (Slama, 2004).
Une recommandation importante pour
l’Afrique francophone est donc de définir
les programmes de recherche afin
d’obtenir un impact le plus large possible
sur les populations et les amener le plus
rapidement possible à l’adoption de
mesures et d’instruments reconnus
efficaces dans le contrôle du tabac (Jha &
Chaloupka, 2000). Par ailleurs, il est
essentiel en parallèle d’alerter les
décideurs et l’opinion publique sur les
pratiques de l’industrie du tabac et ses
tentatives et stratégies pour contrer
l’adoption et l’application des mesures de
santé publique reconnues efficaces (Jha &
Chaloupka, 2000).
Une recherche qui permette de
mieux agir contre le problème du
tabac
D’après les auteurs du programme
« Initiative for Cardiovascular Health
Research in Developing Countries » (WHF,
2004) les pays en développement doivent
se concentrer en priorité sur de la
recherche opérationnelle afin d’identifier,
promouvoir et évaluer les interventions
de contrôle du tabac en suivant la
Convention cadre pour la lutte anti tabac
qui s’inscriront au mieux dans le contexte
socioculturel et qui seront jugés les plus
coût-efficaces.
Il serait utile de mettre l’accent sur les
obstacles à la ratification ou à la mise en
œuvre de la CCLAT et sur les tactiques
déployées par l’industrie du tabac pour
s’y opposer, d’identifier les facteurs qui
facilitent et freinent l’application des lois
ainsi que les facteurs qui renforcent les
cadres réglementaires. Des études
permettant de promouvoir l’interdiction
de fumer ou d’autres mesures législatives
spécifiques telles que l’interdiction de la
publicité, ainsi que des études sur les
effets macroéconomiques du contrôle du
tabac sont à favoriser. Aussi, le rôle des
ONG doit être reconnu dans le contrôle
du tabac ainsi que leur capacité à traduire
la recherche en action.
Pour promouvoir l’arrêt individuel, il est
nécessaire de mieux connaître différents
aspects de l’arrêt chez les hommes, les
femmes et les jeunes, d’évaluer la mise en
place des services nécessaires et
disponibles et d’assurer l’évaluation de
ces services en terme de coût-effacité.
Il est important de surveiller les actions
de l’industrie du tabac tentant de faire
obstacle aux démarches d’aide à l’arrêt et
de mesurer régulièrement les
connaissances, motivations et
compétences, attitudes et pratiques des
différents professionnels de santé pour
promouvoir l’arrêt auprès de leurs
patients.
Pour prévenir l’initiation, il est nécessaire
de faire l’état des lieux des normes
socioculturelles et pratiques autour du
tabac, d’étudier les actions et stratégies de
l’industrie du tabac (secrètes et
publiques) pour encourager l’initiation.
Ceci implique de tirer profit de
l’expérience accumulée dans la lutte
antitabac pour identifier les facteurs
préventifs et les méthodes d’évaluation
appropriées pour étudier ces domaines.
La recherche à moindre coût avec
des objectifs politiques
En outre de l’importance de toutes les
recherches à faire pour mieux connaître
et mieux agir contre le problème du tabac,
il est urgent d’effectuer des changements
d’opinion et de cadre législatif. PATH
Canada, une association qui s’intéresse
particulièrement à la technologie
appropriée en santé pour les pays les plus
pauvres, s’est penchée sur la notion de
recherche à coût faible pour alerter les
décideurs, l’opinion publique et faciliter
l’adoption de mesures efficaces
(Efroymson, 2002). Dans cette optique, la
recherche est choisie selon les objectifs
politiques à atteindre.
Pour les recherches faciles à mener et peu
coûteuses, PATH Canada propose de
planifier la recherche en posant des
questions très ciblées :
• Quel est l’objectif en terme de politique
de santé de cette recherche ?
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
Tableau 1
Prévalence du tabagisme des adultes en Afrique francophone
Pays
Prévalence
hommes
Prévalence
femmes
Source
Age
Date
Algérie
43,8 %
6,6 %
Publié dans Tobacco Control Country Profiles,
2003. UICC,ACS,WHO
10+
1997-1998
Bénin
37 %
Pas de données
Fourn, L. and Monteiro, B. (1998) Smoking and
Health in Benin. World Health Forum 9. 589-590*
10+
Burkina Faso
Pas de données disponibles
Burundi
15,6 %
11,4 %
Bujumbura ; Mahwenya, P.(1998). Analyse de la
situation actuelle du tabagisme au Burundi.
Organisation Mondiale de la Santé. Dans Strong, K.
and Bonita, R. (2003). The SuRF Report 1.
Surveillance of Risk Factors related to
Noncommunicable Diseases : Current status of
global data. Geneva : WHO.*
19+
1995
Cameroun
35,7 %
Pas de données
Current smoking ; Cameroon smoking population.
(2000). TMA –International Tobacco Guide (ITG)*
Adultes
1994
Côte d’Ivoire
42,3 %
Current cigarette smoking in Abidjan ; Schmidt, D,
Dialio, AD., Tiendrebeogo,H and Roudaut, M.(1981)*
15+
1977
Gabon
Pas de données disponibles
Mauritanie
Pas de données disponibles
Ile Maurice
42,1 %
1,8 %
Cigarette smoking ; Cox H.S., Williams J.W., de
Courten,M.P., Chitson, P., Tuomilehto J., Zimmet,
PZ.(2000) Decreasing prevalence of cigarette
smoking in the middle income country of
Mauritius: questionnaire survey. British Medical
Journal 321 (7257) : 345-349.*
20+
1998
Maroc
34,5 %
3,2 %
Données sur l’usage du tabac d’une enquête
nationale sur les facteurs de risques
cardiovasculaires ; rapporté dans « Country profiles
on Tobacco control in the Eastern Mediterranean
Region » *
Adultes 35+
2001
Niger
40,8 %
1,6 %
Tabagisme parmi 2270 jeunes adultes dans six
villes. Adventist Development Relief Agency *
15-35
Pas de date
Sénégal
32 %
11,5 %
Tobacco and cigarette smoking in Thiadiaye
District, Sénégal. année enquête non connue ;
Kane, A., Ly M., Diouf,N.D . ; Diop, PS., Diao, M .,
Diop, A.K., Dia,A.A., Diop,I.B.,Hane,L. Sarr,M. and
Diouf,S.M. Dakar Medical 43 (1) :101-103
12+
Publié en 1998
Tchad
24,1 %
4,6 %
Current cigarette smoking in Sahr. Leonard
L.(1996)*
15+
1993-1994
Tunisie
61,9 %
7,7 %
Enquête nationale sur le tabac. « Country profiles
in the Eastern Mediterranean Region » *
Adultes
1997
Source principale : Tobacco Contry Profiles, 2003. UICC, ACS, WHO.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
19
• Cette recherche est-elle appropriée pour
les objectifs recherchés en terme de
politique ?
• Le calendrier de recherche est-il réaliste ?
• Comment les résultats vont-ils être
utilisés ?
• Existe-t-il un autre moyen (moins
coûteux, plus facile, plus efficace)
d’obtenir le même résultat ?
Les types de recherche préconisés sont
en particulier les enquêtes d’opinion
publique qui peuvent montrer à un
gouvernement frileux que l’opinion
publique soutient certaines mesures tels
que l’interdiction de la publicité, et des
recherches économiques qui démontrent
que les actions de contrôle du tabac ne
nuisent pas à l’économie. PATH Canada a,
par exemple, soutenu une étude sur le
tabac et la pauvreté au Niger qui montre
clairement que le tabac appauvrit le pays
et les individus et ne contribue que très
peu à l’économie. PATH Canada
encourage également l’étude des
documents internes de l’industrie afin de
dévoiler les stratégies des fabricants de
tabac et leur degré d’influence et d’en
alerter l’opinion publique.
Recherche pour les pays en
développement : récentes
évolutions
Dans les cinq dernières années
notamment, les négociations de la
Convention cadre pour la lutte antitabac
et l’accélération des échanges
internationaux ont contribué à débuter
des programmes de recherche qui
commencent à répondre aux problèmes
et obstacles soulignés.
En 2001, les « National Institutes for Health »
aux Etats Unis lançaient l’« International
Tobacco and Health Research and
Capacity Building Program » en mettant à
disposition US$17 millions pour développer
les infrastructures et renforcer les capacités
des pays à revenus faibles ou
intermédiaires pour la recherche et pour la
formation des chercheurs dans ces pays.
L’Afrique francophone en raison de la
barrière de la langue n’est
malheureusement que rarement en mesure
de bénéficier de telles subventions.
Similairement, la Recherche Mondiale
pour la Lutte Contre le Tabac, l’Initiative
Canadienne de Recherche pour la Lutte
contre le Tabagisme, l’American Cancer
Society et Cancer Research UK ont lancé
20
en 2004 un concours de recherche avec
des bourses dont le montant se situait
entre 1 000 à 10 000 CAD visant
spécifiquement à stimuler la ratification et
la mise en œuvre de la CCLAT dans les
pays les plus démunis.
L’initiative globale de recherche sous la
forme des enquêtes « Global Youth
Survey », « Global School Personnel
Survey » et « Global Health Professionals
Survey » menées par les US Centers for
Disease Control an Prevention (CDC) et
l’OMS commence à apporter des données
essentielles en terme de prévalence,
connaissances et attitudes pour les pays
d’Afrique francophone. Qui plus est, ces
enquêtes offrent l’avantage d’être
comparables au niveau international et
permettent progressivement de
développer localement les capacités en
recherche sur l’usage du tabac. Cette
initiative devrait permettre aux pays en
développement, qui se prêtent à l’exercice
régulièrement, de très rapidement mettre
en place quelques indicateurs de suivi de
l’épidémie tabagique. De surcroît, la
participation à cette initiative offre la
possibilité de créer les conditions
nécessaires pour maintenir à l’avenir la
mesure et le suivi de l’épidémie tabagique
dans les pays d’Afrique francophone ainsi
que dans toutes les régions.
Des actions de recherche menées
exclusivement en Afrique
Francophone
L’Union Internationale de Promotion de la
santé et d’Éducation pour la Santé
(UIPES) avec ses partenaires développe
depuis 2002 des actions en promotion de
la santé pour le contrôle du tabac dans les
pays d’Afrique francophone. L’UIPES avec
le soutien financier des CDC travaille sur
une étude pilote dans 4 pays d’Afrique
francophone sur les besoins de ces pays
pour structurer la mise en place de la
Convention cadre pour la lutte antitabac.
Une action similaire vient d’être réalisée
par l’OMS dans cinq pays d’Afrique
francophone. Les premiers résultats
devraient être disponibles très
prochainement.
En parallèle, l’Observatoire du Tabac en
Afrique Francophone (OTAF) s’est
constitué en 2002 comme centre de
référence sur le tabac pour la région. Un
premier recueil sur les données
disponibles dans les pays membres a été
réalisé et a permis de définir les
indicateurs à collecter à l’avenir pour tenir
compte de la réalité du terrain. Les
premières données sont disponibles sur le
site de l’OTAF <www.otaf.globalink.org> ;
toutefois un travail important reste à
fournir. La Ligue nationale de lutte contre
le Cancer (France) et L’Union
Internationale contre la Tuberculose et les
Maladies Respiratoires se sont associées
en 2005 pour soutenir la réalisation
d’enquêtes comparables et pour affiner
les méthodes de recueil de l’information.
En dépit des progrès réalisés, un effort
accru de la part des organismes
internationaux et nationaux est nécessaire
pour que les pays d’Afrique francophone
ne soient pas exclus des avancées
internationales, notamment en ce qui
concerne l’accès aux documents et aux
formations en langue française.
Conclusion
L’état des données en matière de tabac
pour les pays d’Afrique francophone n’est
pas satisfaisant. S’il est essentiel de
commencer à développer des recherches
sur l’usage du tabac, il est illusoire
d’envisager de vastes programmes de
recherche interdisciplinaire modelés sur
les pays industrialisés les plus avancés
dans la lutte contre le tabac, étant donné
le contexte politique, culturel et
économique de la plupart des pays
d’Afrique francophone.
Dans le monde, les données existent sur
le danger du tabac pour les individus et
pour les populations. Les preuves
probantes des stratégies de lutte antitabac
sont disponibles. L’enjeu immédiat pour
l’Afrique francophone est de rapidement
mettre en place les stratégies de
recherche les plus prometteuses en terme
de résultats et de faisabilité. Quelques
initiatives internationales récentes ont été
mises en place pour aider les pays en
développement dans ce sens, et l’Union
Européenne recommande que le contrôle
du tabac soit intégré dans les politiques
de développement (Tobacco control and
development policy). Au niveau local, des
enquêtes peu coûteuses, ciblées et
accessibles devraient permettre de
démontrer sans attendre, l’urgence d’agir,
de promouvoir la législation et de
sensibiliser l’opinion publique à la gravité
des conséquences sanitaires,
économiques et sociales à venir liées au
tabac qui toucheront l’Afrique
francophone du 21e siècle.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
Tableau 2
Prévalence du tabagisme des jeunes en Afrique francophone
Pays
Prévalence
garçons
Prévalence
filles
Source
Age
Date
Algérie
4%
<1
Current tobacco smoking in Setif area ; Information
reçue de Hamdi Cherif Mohktar, Hôpital Mère et
Enfant – pas de date d’enquête*
15+
1997-1998
Bénin Littoral
Atlantique
24,9 %
7,6 %
Global Youth Tobacco Survey – 2003
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
11-14
Bénin Borgou Alibori
36,2 %
9,9 %
Global Youth Tobacco Survey – 2003
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
11-14
Burkina Faso
61,9 %
27,4 %
Global Youth Tobacco Survey – 2001
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
11-13
1998
Burundi
14,7 %
7,8 %
Smokers among students in secondary instruction
school, Bujumbura ; Mahwenya, P. (1998). Analyse
de la situation actuelle du tabagisme au Burundi.
Organisation Mondiale de la Santé. Dans Strong, K.
and Bonita, R. (2003). The SuRF Report 1.
Surveillance of Risk Factors related to
Noncommunicable Diseases : Current status of
global data. Geneva : WHO.*
16-24
1996
Cameroun
Pas de données
Pas de données
Tchad
10,7 %
Pas de données
Cigarette smoking and perceptions about smoking
and health in Chad. East African Medical Journal
73(8) :509-512*
15-24
1993-1994
Côte d’Ivoire
24,9 %
14,6 %
Bouke :Roudaut M.,Meda,A.H., Seka.,A, Fadiga D.,
Pigearias B.and Akoto,A. (1992).Médecine Tropicale
52 (3) :279-283
14-23
1992
Gabon
Pas de données
Pas de données
Mauritanie
22,7 %
33,7 %
Global Youth Tobacco Survey – 2001
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
Non spécifié
2001
Maroc
17,4 %
9,3 %
Global Youth Tobacco Survey – 2001
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
13-15
2001
Mali
44,9 %
12,6 %
Global Youth Tobacco Survey – 2001
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
13-15
2001
Niger
27,3 %
14,2 %
Global Youth Tobacco Survey – 2001
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
11-18
Pas de date
Sénégal
9%
9%
Tobacco and cigarette smoking in Thiadiaye
District, Senegal (année inconnue) ; Kane, A., Ly,
M., Diouf, N.D., Diop, P.S., Diao, M., Diop, A.K., Dia,
A.A., Diop, I.B., Hane, L., Sarr, M. and Diouf, S.M.
(1998). Enquête sur le tabagisme en milieu rural
de Thiadiaye, Sénégal] Dakar Médical 43(1) : 101103.*
12-18
1998
Tchad
10,7 %
10,7 %
Cigarette smoking and perceptions about smoking
and health in Chad. East African Medical Journal
73(8) :509-512*
15-24
1993-1994
Togo
Pas de données
Pas de données
Tunisie
28,7 %
7,2 %
Global Youth Tobacco Survey – 2001
http://www.cdc.gov/tobacco/global/GYTS.htm
13-15 ans
2001
Source principale : Tobacco Contry Profiles, 2003. UICC, ACS, WHO.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
21
Références
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Silva VL, Chitanondh. H, Chandiwana S. Research
priorities for tobacco control in developing countries: a
regional approach to a global consultative process.
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Jha P, Chaloupka F. Tobacco Control in developing
countries. Oxford University Press. 2000. Juillet 1999.
Slama K. Current challenges in tobacco control. Int J
tuberc lung dis 8 (10) :1160-1172. 2004 IUALTD.
Organisation Mondiale de la Santé. Confronting the
Epidemic: A Global Agenda for Tobacco Control Research.
OMS.
Discours inaugural du Directeur Régional de l’OMS pour
l’Afrique. Dr Luis Gomes Sambo. 1er février 2005.
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Sans Tabac. Tabac et Pauvreté. OMS 2004.
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paper).
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(background paper).
Efroymson D. Low Cost Research for Advocacy. Path
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Organisation Mondiale de la Santé. Tobacco Atlas. OMS.
2002.
World Heart Federation. Initiative for Cardiovascular
Health Research in Developing Countries. Disponible sur:
http://www.worldheart.org/pdf/activities.science.
ic-health.pdf.
Inoussa Saouna
Pays pauvres, le nouvel Eldorado du tabagisme
Voici des siècles que l’on s’adonne
à la consommation de tabac, mais ce n’est
qu’au XIXe siècle que l’on a commencé à
fabriquer des cigarettes en grande
quantité. Depuis, l’usage de la cigarette
s’est répandu dans le monde entier à une
échelle colossale, puisqu’un adulte sur
trois, soit 1,1 milliard de personnes, fume.
Sur ce nombre, les quatre cinquièmes
environ vivent dans les pays à revenu
faible et intermédiaire. Compte tenu de la
croissance démographique et de
l’augmentation prévisible de la
consommation, le nombre de fumeurs
atteindra quelque 1,6 milliard d’ici à 2025
(Banque mondiale). L’épidémie du
tabagisme est incontestablement une des
plus grandes calamités pour la santé des
populations du monde. Si la contribution
du tabac envers la maladie et la mort est
bien connue, une attention moindre est
portée sur la manière dont le tabac accroît
la pauvreté.
Niger : un quart des revenus des
travailleurs manuels part en fumée
Les plus gros consommateurs de tabac
sont les pauvres et les très pauvres. Au
niveau national, la consommation de
tabac varie en fonction des groupes socioéconomiques. Dans de nombreux pays,
Inoussa Saouna
Secrétaire permanent
Observatoire du Tabac en Afrique
francophone, OTAF
Niamey - Niger
Email : [email protected]
22
indépendamment du stade de
développement et du niveau de revenu, la
consommation de tabac est nettement
plus élevée chez les pauvres pour
lesquels les répercussions économiques
et sanitaires du tabagisme sont
particulièrement lourdes.
Ainsi une étude réalisée en 1997 sur la
prévalence du tabagisme chez les
hommes de Chennai (Inde) a montré que
le taux le plus élevé de fumeurs
(64 %) se trouve chez les analphabètes.
Cette prévalence décroît en fonction du
nombre d’années de scolarisation, jusqu’à
atteindre un cinquième (21 %) chez les
personnes qui ont suivi plus de 12 années
d’études (Gajalakshmi, 2000).
Au Royaume-Uni, la proportion de
fumeurs dans le groupe socioéconomique le plus élevé est à peine de
10 % pour les femmes et 12 % pour les
hommes alors qu’elle est de 35 % chez les
femmes et 40 % chez les hommes du
groupe socio-économique le plus bas (UK
Department of Health, 1998).
Au Niger, les étudiants consacrent 40 % de
leur revenu à l’achat des cigarettes et les
travailleurs manuels dépensent 25 % de
leur revenu (Tabac et pauvreté au Niger).
Au Népal, le tabac représente près de 10 %
des dépenses annuelles mensuelles des
ménages dans les catégories les plus
défavorisées (Karki et al., 2003).
Un paquet de cigarettes
= 5 kilos de riz
quotidienne sur les maigres ressources
familiales. Par exemple, pour l’achat d’un
paquet de cigarettes blondes ou dites
américaines, le fumeur pourrait acheter
un kilo de poisson au Ghana, 24 œufs au
Pakistan et 5 kilos de riz en Chine et
assurer les repas familiaux d’une journée
au Niger. Les sans-abri en Inde
dépensent plus pour le tabac que pour la
nourriture, l’éducation ou l’épargne. Les
fumeurs vietnamiens dépensent en
cigarettes l’équivalent d’une fois et demie
de leur budget annuel familial d’éducation
et 5 fois leur budget annuel de santé.
La conjonction de plusieurs facteurs tels
que l’inaction des pouvoirs publics, les
difficultés d’accès à l’information
concernant les modes de vies sains, les
publicités alléchantes en faveur du tabac
qui s’adressent à l’ensemble de la
population et, en bout de chaîne, la
dépendance à la nicotine, fait que les
personnes défavorisées dépensent leur
argent pour les produits du tabac plutôt
que pour la satisfaction de leurs besoins
essentiels.
Pour les ménages les plus défavorisés les
dépenses pour le tabac peuvent être à
l’origine d’une malnutrition. Le taux de la
malnutrition étant très élevé dans les
pays pauvres, la commercialisation
agressive des produits du tabac dans ces
Mots clés
Chez les pauvres, l’argent dépensé
quotidiennement pour se procurer du
tabac représente une ponction
•tabac
•pauvreté
•pays en développement
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tabac en Afrique francophone
pays constitue un obstacle sérieux au
développement. Ainsi il ressort d’une
étude réalisée au Bangladesh que les 10,5
millions de personnes souffrant
actuellement de malnutrition pourraient
bénéficier d’un régime alimentaire
adéquat si l’argent quelles utilisent pour
acheter des produits du tabac était
consacré à l’achat de nourriture
(Efroymson et al., 2001). Au Niger, les
ménages les plus pauvres dépensent
environ 8 fois plus pour le tabac que
pour l’éducation de leurs enfants. Il faut
noter que le Niger détient le taux le plus
faible de scolarisation des enfants au
monde.
500 000 décès prématurés
en Chine
Mais le tabagisme n’affecte pas que les
ménages ; très souvent il appauvrit aussi
les états. De nombreux pays sont des
importateurs de feuilles de tabac et de
produits du tabac et perdent par
conséquent des millions de dollars de
devises par an. En 2002, deux tiers des
161 pays étudiés importaient plus de
feuilles de tabac et de produits du tabac
qu’ils n’en exportaient. Dix-neuf pays
affichaient un déficit commercial des
produits du tabac dépassant US$ 100
millions, notamment le Cambodge, la
Fédération de Russie, la Malaisie, le
Nigéria, la République de Corée, la
Roumanie et le Vietnam. Seul 17 des 125
pays exportateurs de feuilles de tabac
réalisent plus de 1 % de leurs recettes
totales d’exportation grâce à cette
activité, et dans seulement cinq de ces
pays (Malawi, Ouganda, République-unie
de Tanzanie, République centrafricaine et
Zimbabwe), les exportations de feuilles
de tabac rapportent plus de 5 % du total
des recettes d’exportation.
D’autre part, la consommation de tabac
provoque d’importantes pertes
économiques, compte tenu du coût élevé
des soins de santé et de la perte de
productivité inhérente aux maladies et
aux décès prématurés liés au tabagisme.
Dans les pays à revenu élevé, on estime
que le coût global annuel des soins de
santé attribués au tabagisme se situe
entre 6 et 15 % de l’ensemble des frais de
soins de santé.
Une étude réalisée au milieu des années
90 en Chine où le tabagisme est en
augmentation, a démontré que les coûts
sanitaires directs et indirects liés au
tabagisme s’élèvent à US$ 6,5 milliards
par année (Jin et al., 1995). En 1998,
environ 514 100 chinois sont morts
prématurément de maladies liées au
tabagisme, ce qui représente une perte de
productivité équivalant à 1 146 millions
années-personnes (Jiang & Jin, 2000).
En Egypte, on estime que le coût annuel
direct du traitement des maladies liées au
tabagisme s’élève à US$ 545,5 millions
(Nassar, 2003). Si les tendances actuelles
se poursuivent, environ 650 millions de
personnes vivantes aujourd’hui seront
tuées par le tabac, la moitié dans leurs
années les plus productives, perdant ainsi
20 à 25 ans de vie (Jha & Chaloupka,
1999).
Lorsque les fumeurs s’arrêtent de fumer
ou diminuent leur consommation,
l’argent précédemment consacré au
tabac peut être consacré à l’achat
d’autres biens ou services, générant ainsi
une demande qui permet de créer de
nouveaux emplois dans tous les secteurs
d’activité.
Les pays qui importent d’importantes
quantités de tabac et de cigarettes
pourraient ainsi bénéficier de la baisse
de consommation car ils pourraient
consacrer ces dépenses à l’achat de
biens et services de production
intérieure. Le Bangladesh par exemple,
qui importe la quasi totalité de ses
cigarettes, réaliserait des bénéfices si la
consommation de cigarettes diminuait.
Selon nombre d’études, dans la majorité
des pays dépendant fortement de la
culture du tabac, il n’y aurait pas de
pertes nettes d’emplois et le marché de
l’emploi pourrait même progresser si la
consommation mondiale de tabac
baissait. Le bilan net au niveau des
statistiques de l’emploi dépendrait alors
du type de dépenses, selon qu’elles se
reportent sur des biens et services
exigeant plus ou moins de main-d’œuvre.
Par ailleurs, la fabrication des produits
issus du tabac génère peu d’emplois,
étant le plus souvent très mécanisée.
Dans la plupart des pays, le nombre
d’emplois liés à la fabrication de produits
du tabac est loin d’atteindre 1 % du total
de l’emploi manufacturier. Par ailleurs, à
l’exception de quelques rares pays
dépendant fortement du tabac, la culture
du tabac ne génère qu’un faible nombre
d’emplois dans le secteur agricole. Ainsi
par exemple, en Chine, plus gros
producteur de tabac au monde, seuls
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
quelque 3 % des agriculteurs cultivent du
tabac, et cette activité ne correspond
qu’à environ 1 % de l’ensemble de la
production agricole (Hu & Mao, in press).
Au Brésil, autre producteur important, le
tabac n’emploie que 1,9 % de l’ensemble
de la main-d’œuvre agricole et 0,44 % de
la main-d’œuvre totale.
Une industrie très rentable
La production mondiale de tabac est en
pleine expansion, en particulier dans les
pays en développement, où elle a
augmenté de 128 % entre 1975 et 1998.
Plus de 100 pays cultivent maintenant du
tabac. Cette augmentation massive encouragée et dans certains cas financée
par l’industrie du tabac - a favorisé une
instabilité des prix mondiaux du tabac,
qui ont diminué de 37 % en valeur réelle
entre 1985 et 2000 (Jacobs et al., 2000).
Pendant ce temps, les compagnies de
tabac mettent au point des procédés qui
leur permettent d’utiliser moins de tabac
par cigarette et de recycler les balayures
récoltées sur le sol des manufactures de
tabac, ainsi que les tiges, poussières de
feuilles et autres déchets auparavant
éliminés, qui sont utilisés pour remplir
les cigarettes. En ajoutant des arômes et
d’autres produits chimiques à cette
substance pour en atténuer le goût trop
prononcé, les compagnies peuvent ainsi
utiliser les parties de la feuille de tabac
de moindre qualité en plus grande
quantité (Glass, 2001).
Une autre initiative déterminante qui a
été adoptée par 1’industrie du tabac est
la mécanisation accrue de la fabrication
des cigarettes. Les nouvelles machines
permettent de produire jusqu’à 840 000
cigarettes par heure, rendant ainsi
inutiles de nombreux postes de travail
(www.brownandwilliamson.com). Les
progrès technologiques entraînent des
suppressions d’emplois dans tous les
secteurs de l’industrie.
Même si elles représentent un faible
pourcentage de leurs dépenses globales,
ces économies ont indiscutablement
contribué aux bénéfices sans précédent
enregistrés par l’industrie du tabac. En
2002, les revenus totalisés par les trois plus
grandes multinationales du tabac au
monde : Japan Tobacco, Philip Morris
Altria et BAT, dépassaient US $121
milliards. Ce montant est supérieur à la
somme des PIB de l’ensemble des pays
23
suivants : Albanie, Bahrein, Bélize,
Bolivie, Botswana, Cambodge, Cameroun,
Estonie, Géorgie, Ghana, Honduras,
Jamaïque, Jordanie, Macédoine, Malawi,
Malte, Moldavie, Mongolie, Ouganda,
Namibie, Népal, Paraguay, Sénégal,
Tadjikistan, Togo, Zambie et Zimbabwe
(Philip Morris, 2003).
Aucune information pour les
fumeurs des pays pauvres
L’usage des cigarettes prend des
proportions inquiétantes dans les pays
en développement notamment en
Afrique. Dans les pays industrialisés, les
pouvoirs publics — avec la publication
des résultats des recherches ayant établi
la dangerosité du tabagisme et sous la
pression des ONG et des médias —
s’organisent pour contrer l’avancée du
tabagisme. L’industrie du tabac, acculée
donc dans les pays du Nord, a pris pour
cible ceux du Sud où le grand vide
organisationnel et juridique est propice à
ses activités, compte tenu de la jeunesse
et l’ignorance des populations.
La plupart des fumeurs ne connaissent
pas tous les risques qu’ils encourent ou
n’en assument pas le coût intégral. Dans
ces conditions les pouvoirs publics
peuvent et doivent intervenir, pour
contrecarrer l’entrée dans le tabagisme
des enfants et des adolescents et pour
protéger les non-fumeurs, mais aussi
pour donner aux adultes les informations
dont ils ont besoin afin de faire un choix
éclairé. En effet, le caractère dramatique
des conséquences du tabagisme rend
indispensable la conception et la mise en
œuvre de mesures visant à limiter autant
que possible cette catastrophe. Dans
cette optique, les Etats ont un rôle
primordial à jouer : ils doivent prendre
des mesures pour réduire la demande et
l’offre, interdire la publicité, informer les
populations, impliquer les ONG dans
tous les programmes de lutte antitabac.
L’industrie du tabac disposant d’une
organisation ainsi que de moyens
techniques et financiers très importants,
la combinaison des efforts s’avère être la
seule stratégie capable de la contrer. A
ce titre, la Convention cadre pour la lutte
antitabac (CCLAT) de l’OMS adoptée le
21 mai 2003 par l’Assemblée mondiale de
la Santé constitue la référence
d’inspiration la plus adéquate.
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24
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IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Étude de cas
Corné Van Walbeek
Le contrôle du tabac en Afrique du Sud
De nombreuses recherches ont été
menées sur l’impact du tabagisme sur la
santé et le sujet est aujourd’hui bien
connu.1 Selon l’Organisation Mondiale de
la Santé, chaque année, environ
5 millions de personnes meurent de
maladies liées au tabagisme. D’après les
estimations, ce nombre atteindrait les
10 millions d’ici 2030 (tel que rapporté
par la Banque Mondiale en 1999).
Ces vingt dernières années, la
consommation de tabac a diminué dans
les pays industrialisés mais a augmenté
dans les pays en voie de développement,
transférant ainsi pour l’avenir le poids de
la mortalité et de la morbidité
attribuables au tabac vers les pays en
développement. Dans un tel contexte, il
n’est pas surprenant que l’Organisation
Mondiale de la Santé ait lancé la
Convention cadre pour la lutte anti tabac.
Ce traité, signé en 2003, oblige les pays
signataires à imposer des mesures de
contrôle du tabac telles que des
restrictions sur la consommation sur les
lieux publics ou sur la publicité et à
augmenter les droits d’accises sur les
produits de tabac.
Plusieurs pays industrialisés, notamment
les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni,
l’Australie et la Nouvelle Zélande, ont été
pionniers en matière de contrôle du tabac
et sont parvenus à réduire la
consommation par habitant de manière
considérable ces vingt ou trente
dernières années (Shafey, Dolwick et
Guindon, 2003). La plupart des pays en
voie de développement sont en retard
par rapport aux avancées des pays
industrialisés dans ce domaine. Certains
de ces pays en voie de développement,
comme la Thaïlande, le Bangladesh ou
l’Afrique du Sud qui ont toutefois instauré
certaines stratégies efficaces de contrôle
du tabac, ont enregistré des progrès
considérables en très peu de temps.
Cet article examine brièvement
l’expérience de l’Afrique du Sud dans ce
Corné Van Walbeek
Maître de conférences, École d’Economie
Université du Cap, Afrique du Sud
domaine et en souligne les leçons
importantes dont les autres pays en voie
de développement pourraient s’inspirer.
Un peu d’histoire2
Les cigarettes sont sur le marché en
Afrique du Sud depuis le début du XXe
siècle, mais l’âge d’or pour les fabricants
de cigarettes sud-africains se situe autour
de la période entre 1948 et le début des
années 90. Sous la direction de
l’entrepreneur et de son fondateur, la
compagnie de cigarettes Rembrandt (et
ses filières à l’étranger Rothmans) est
passée d’une petite entreprise familiale à
l’une des plus grandes des cinq
multinationales cigarettières du monde.3
Entre 1960 et 1990, la consommation
totale de cigarettes a quadruplé et la
consommation par habitant doublé. De
vastes campagnes de publicité et
l’acceptabilité sociale du tabac, ont
contribué à la représentation du
tabagisme comme une activité normale
et plaisante. Mises à part quelques
campagnes d’éducation inefficaces dans
certaines écoles, le gouvernement n’avait
pratiquement pris aucune initiative pour
réduire le tabagisme.
En Afrique du Sud, la communauté
médicale réclamait dès les années 60 des
mesures de contrôle du tabac (Oettlé,
1963). Toutefois, le gouvernement n’a pris
des mesures qu’au début des années 90
en adoptant une législation interdisant le
tabagisme dans les transports en
commun et en introduisant des
avertissements sanitaires sur les paquets
de cigarettes. Ces interventions
législatives bien que modestes,
marquaient avant tout un schisme dans
la relation très proche qui avait existé
auparavant entre l’industrie du tabac et
le gouvernement.
Le vrai grand changement dans la
politique sud-africaine en matière de
contrôle du tabac date de 1994, lors des
premières élections démocratiques du
pays avec la montée du parti du Congrès
National Africain. Alors que le parti
sortant nourrissait des relations très
cordiales avec l’industrie du tabac et se
montrait très hésitant dès qu’il s’agissait
d’adopter des mesures de contrôle du
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
tabac, le nouveau parti au pouvoir est à
l’origine des changements considérables.
Le nouveau gouvernement s’est
concentré sur les soins de santé
préventifs et primaires, plaçant ainsi le
contrôle du tabac en haut de la liste des
priorités. Deux mois après son accession
au pouvoir, le gouvernement a annoncé
qu’il augmenterait progressivement sur
quelques années les droits d’accises sur
les cigarettes, qui passeraient de 20 % à
50 % du prix au détail. Lors de sa
déclaration, le Ministre des Finances a
précisé que la raison principale d’une
telle hausse des droits d’accises était de
dissuader de fumer (Budget Révision
budgétaire 1994). Cependant, tel
qu’indiqué plus bas, cette hausse des
taxes a eu également un impact très
positif sur les revenus du gouvernement.
La hausse a rendu les produits du tabac
moins abordables. En fait, entre 1993
et 2003, le prix réel (c’est à dire soumis à
l’index) des cigarettes a augmenté
de 115 %.
Le deuxième grand changement dans la
stratégie sud-africaine en matière de
contrôle du tabac date de 1998, lorsque
le Ministre de la Santé a proposé
d’interdire tout sponsoring ou publicité
pour le tabac, et de rendre tout espace
public et lieu de travail non-fumeur. Cette
proposition a suscité l’indignation des
industries du tabac et de la publicité. Les
opposants ont brandi la menace de
conséquences économiques
désastreuses. Ils accusaient la loi
interdisant la publicité pour le tabac
d’être une atteinte à la liberté
d’expression. De plus, ils lui reprochaient
d’être inadaptée et inapplicable à un
pays en voie de développement tel que
l’Afrique du Sud. Les défenseurs de la loi
quant à eux ont soutenu que le droit à la
santé et à la vie passait avant les droits
économiques de l’industrie du tabac. Sur
la question de l’interdiction de la
publicité pour le tabac, les défenseurs
soulignaient le caractère trompeur
Mots clés
•contrôle du tabac
•Afrique du Sud
•ressource de santé publique
25
inhérent à la publicité pour le tabac. Les
partisans de la loi avançaient également
que les magazines avaient peur de
publier des articles sur les méfaits du
tabagisme craignant que l’industrie du
tabac réagisse contre eux et retire ses
publicités.
Après un long débat, des actions en
justice sur le caractère constitutionnel de
la proposition de loi et des menaces
d’autres poursuites, la loi a finalement été
adoptée en 1999 et est entrée en vigueur
en 2001. Contrairement aux prédictions
de l’industrie du tabac, cela n’a pas été la
fin du monde. La loi s’applique largement
d’elle-même. Alors qu’auparavant, les
fumeurs avaient le droit de polluer l’air, la
loi interdisant le tabagisme dans les lieux
publics donne maintenant le droit aux
non-fumeurs d’exiger un air sain. Aucune
pression des forces de l’ordre n’a été
nécessaire pour que ce changement de
comportement s’opère.
Ces interventions, cependant, du point de
vue du contrôle du tabac ont elles fait la
preuve de leur efficacité ? La réponse est
un « oui » catégorique. La consommation
globale de cigarette en Afrique du Sud a
diminué d’un tiers depuis 1993. La
consommation par habitant a, quant à
elle, diminué de plus de 40 %. La
réduction du tabagisme la plus rapide
touche les hommes, les jeunes et les
individus à faible revenu (Van Walbeek,
2002).4 Chez les femmes, les blancs et les
groupes à revenu élevé, cette diminution
a été beaucoup moins importante.
D’un point de vue économétrique, il est
difficile de discerner la part de la
contribution précise de la hausse des
taxes des interventions législatives sur la
diminution de la consommation de
cigarettes. L’évidence internationale
indique clairement que la mesure la plus
importante en matière de contrôle du
tabac est la hausse des prix des
cigarettes via l’augmentation des droits
d’accises. (Chaloupka et Warner, 1999 et
Chaloupka et al., 2000). La figure (1)
montre de manière évidente la forte
relation négative entre la consommation
de cigarettes et le prix de celles-ci en
Afrique du Sud.
mesure est tellement coût-efficace qu’elle
entraîne une hausse des revenus pour le
gouvernement. En Afrique du Sud, les
revenus fiscaux dérivés des taxes sur le
tabac pour le gouvernement ont augmenté
de près de 150 % entre 1993 et 2003 et ce
malgré une diminution d’environ un tiers
de la consommation de cigarettes.
Les leçons à tirer de l’expérience
sud-africaine
L’importance cruciale du lobbying
En Afrique du Sud, comme dans la
plupart des pays, la lutte anti-tabac a été
menée par la communauté médicale. Un
petit groupe d’individus du Conseil sur la
Recherche Médicale et du Conseil
National contre le Tabagisme s’est assuré
que le public et les législateurs gardent la
question du contrôle du tabac à l’esprit.
Les deux qualités indispensables d’un
bon lobbyiste sont la patience et la
persévérance. Pendant des années, dans
les années 80, le gouvernement sudafricain a refusé de tenir compte de l’avis
du lobby anti-tabac alors que les
mesures de contrôle du tabac auraient
pu jouir d’un soutien public important.
Pour un lobby efficace, il est nécessaire
de s’appuyer sur de la recherche claire
et focalisée. Les législateurs sud-africains
n’ont pris la question du tabagisme au
sérieux qu’après l’exposé de résultats de
recherche rigoureux et crédibles qui
montrait clairement que les dépenses
Figure 1
engendrées par le tabac dépassaient
largement les bénéfices. Une approche
multidisciplinaire de la recherche en
matière de contrôle du tabac a été
nécessaire. Si la recherche
épidémiologique est importante pour
présenter la mortalité et morbidité liées
au tabagisme, une approche complète
doit également inclure les aspects
économiques du contrôle du tabac. En
Afrique du Sud, l’industrie du tabac s’est
opposée à la législation sous prétexte
qu’elle est source importante d’emploi et
contribue largement aux revenus du
gouvernement. Afin de contrecarrer de
telles revendications, les défenseurs de la
loi ont du s’appuyer sur des preuves
économiques scientifiques.
La hausse des taxes est
particulièrement efficace pour réduire
la consommation de tabac
Dans beaucoup pays, les taxes
représentent une proportion assez
importante du prix de vente des
cigarettes. En augmentant les taxes, le
gouvernement fait augmenter le prix des
cigarettes, entraînant ainsi une réduction
de la demande pour le produit. En
Afrique du Sud, on estime l’élasticité des
prix de la demande en cigarettes entre
–0,6 et –0,8 (Van Walbeek, 1996, Van der
Merwe et al., 1998 et ETCSA, 2003). Cela
signifie qu’une hausse de 10 % du prix
des cigarettes en Afrique du Sud réduit
la demande de 6 à 8 %, maintenant
d’autres facteurs tel que le revenu
Tendances dans la consommation de cigarettes,
prix réels et taxes d’accises
Selon les économistes spécialistes du
contrôle du tabac, une hausse des taxes
d’accise sur le produit est de loin
l’intervention la plus coût-efficace
(Chaloupka et al., 2000). En fait, cette
26
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Étude de cas
constant. Pour la plupart des autres pays
en voie de développement, on estime
que l’élasticité du prix se situe entre –0,4
et –0,8, ce qui rend l’augmentation des
taxes très intéressante comme option
dans les mesures de contrôle du
tabac.(Chaloupka, et al., 2002).
Une hausse des taxes implique une
augmentation des revenus du
gouvernement et ce malgré la diminution
de consommation en tabac qu’elle
engendre. Ces résultats ont été confirmés
pour tous les pays (Van der Merwe et al.,
1998).
L’argument typique de l’industrie du tabac
pour contrer l’augmentation des taxes est
que celle-ci pousserait à la contrebande
de cigarettes. L’éventualité de la
contrebande doit être prise en compte
mais l’expérience sud-africaine a montré
que l’industrie avait largement surestimé
l’étendue de cette menace. Il est sûr que
pour certains pays, le risque de
contrebande à grande échelle est plus
élevé. Cependant, la leçon retenue de
l’expérience sud-africaine est qu’il faut
toujours garder à l’esprit que l’industrie
du tabac a tout intérêt à formuler de tels
commentaires sur la question.
Dans de nombreux pays, les taxes sur les
cigarettes sont prélevées en tant que taxes
spécifiques (càd une certaine somme par
paquet de cigarettes) plutôt qu’un
pourcentage du prix. Dans les périodes
d’inflation relativement importante, la
valeur réelle de la part spécifique des
taxes peut facilement diminuer si le
montant de la part spécifique des taxes
n’est pas régulièrement ajustée. En
Afrique du Sud, la valeur réelle des taxes
sur la cigarette a diminué de 70 % entre
1970 et 1990 parce que la hausse de la
taxe nominale ne suivait pas le taux
d’inflation (voir figure 1). La leçon à en
tirer est que la part spécifique des taxes,
doit être régulièrement ajustée, surtout
dans les périodes d’inflation modérée et
importante.
Le rôle de la législation
pour une stratégie complète
et efficace de contrôle du tabac
Dans la littérature, personne ne remet en
question l’efficacité de l’augmentation
des taxes comme stratégie efficace pour
le contrôle du tabac. Cependant, les
preuves économétriques de l’efficacité
d’autres interventions pour le contrôle
du tabac telles qu’une législation
interdisant la vente de tabac aux
mineurs, le tabagisme dans les lieux
publics ou la publicité pour le tabac, ne
sont pas aussi claires (Chaloupka et
Warner, 1999).
Cela ne veut pas dire qu’une législation
pour le contrôle du tabac n’a pas sa place
dans la stratégie. Cela signifie seulement
que l’impact d’une législation sur la
consommation de tabac doit être quelque
peu nuancée. Pendant plusieurs dizaines
d’années, les campagnes publicitaires très
efficaces de l’industrie du tabac ont
présenté le tabagisme comme étant une
activité normale et socialement
acceptable, voire même « glamour ». Ce
que fait la législation est qu’elle
« dénormalise » et « déglamourise » le
tabagisme. Un tel environnement « antitabac » confère à la hausse du prix de la
cigarette un impact plus important pour
ce qui est d’encourager les fumeurs à
s’arrêter ou du moins à réduire leur
consommation de tabac.
Impliquer l’industrie
dans le processus législatif
Dans le courant des années 90, le
gouvernement sud-africain a fait passer
deux lois pour le contrôle du tabac : le
Tobacco Products Control Act de 1993 et
l’Amendment Act de 1999. En ce qui
concerne la loi de 1993, le Ministre de la
Santé a impliqué l’industrie du tabac dans
la rédaction du texte. Compte tenu des
relations historiquement très étroites entre
le gouvernement et l’industrie du tabac, il
était difficile pour le Ministre de ne pas
impliquer l’industrie du tabac dans le
projet de loi. Cela a permis à l’industrie de
freiner l’adoption de la loi, d’en affaiblir sa
portée de manière assez importante et
d’en exploiter au maximum les failles.5
En revanche, lors du débat sur
l’Amendment Bill en 1998, la Ministre de la
Santé a largement laissé l’industrie du
tabac à l’écart. Malgré les supplications de
celle-ci pour une législation «sensée» et
«raisonnable» et pour prendre part au
processus législatif, ses appels ont été
largement ignorés par la Ministre. Ayant
tiré les leçons de l’expérience vécue par
son prédécesseur, la Ministre s’est assurée
que la législation soit la plus robuste
possible.6 Souvent accusée dans la presse
d’être autocrate et de bafouer la
démocratie, en réalité la Ministre a réussi
à élaborer une loi beaucoup plus robuste
et efficace que ses prédécesseurs,
quelques années auparavant.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
L’industrie du tabac ne sera jamais un
partenaire constructif dans le combat
contre le tabac. L’efficacité des stratégies
de contrôle et les intérêts commerciaux
de l’industrie du tabac sont totalement
opposés par nature et ce malgré le
discours tenu par l’industrie affirmant
qu’elle souhaite s’engager dans un
partenariat constructif dans le processus
législatif.
La législation de contrôle du tabac
s’applique largement d’elle-même
En Afrique du Sud, lors des débats sur la
législation en 1998, l’industrie du tabac
avançait que celle-ci poserait un poids
énorme sur les forces de l’ordre. Selon
l’industrie, la police passerait son temps à
arrêter des fumeurs laissant de côté et
s’échapper de grands criminels. La
réponse des défenseurs de la loi est
qu’une telle législation ne nécessiterait
pas une intervention accrue des forces de
l’ordre. Trois ans plus tard, avec le recul, il
est clair que les partisans de la loi avaient
raison. Le tabagisme dans les lieux
publics est devenu quelque chose de
socialement inacceptable et pratiquement
tous les fumeurs observent la loi.
De manière décisive, la législation
représente une évolution : du droit de
fumer au droit de respirer un air sans
fumée. En Afrique du Sud, comme dans la
majorité des pays, très peu de fumeurs
s’aventureront à fumer dans un espace
non-fumeur lorsqu’on leur fera remarquer.
Conclusion
L’Afrique du Sud a connu de grands
changements dans les dix dernières
années. Dans le domaine du contrôle du
tabac, le pays a décidé de garder une
position ferme face à l’influence et le
pouvoir de l’industrie du tabac. Cela n’a
pas été une tâche aisée et nécessite
toujours une volonté politique
importante venant du gouvernement et
du Ministère de la Santé en particulier.
Cependant, les avantages de cette
stratégie sont évidents. La consommation
de tabac en Afrique du Sud a chuté de
façon dramatique. Fumer n’est plus aussi
prisé aux yeux d’une grande partie de la
population. La montée constante du
tabagisme a été efficacement enrayée. Il
est à espérer que cet article poussera les
décideurs politiques d’autres pays en
voie de développement à mettre en place
des stratégies similaires afin de réduire le
27
tabagisme dans leur pays. La lutte contre
le tabac peut être gagnée. L’ingrédient
essentiel et primordial repose sur une
volonté politique capable de mener au
changement.
1. Le Rapport du Royal College of Physicians en 1962 et le
Rapport du US Surgeon-General en 1964 furent les premiers
rapports complets sur le lien existant entre le tabagisme et
certaines maladies graves. Depuis 1964, le US SurgeonGeneral a publié pas moins de 29 rapports sur le tabagisme,
plus que sur toute autre question médicale. Ceux-ci sont
accessibles sur le site web
http://www.cdc.gov/tobacco/sgr/index.htm.
2. Malan et Leaver (2003) et Van Walbeek (2004) proposent
une histoire plus détaillée du tabac et du contrôle du
tabagisme.
3. En 1999, Rothmans a fusionné avec le British American
Tobacco (BAT). Aujourd’hui, environ 30 % des parts de BAT
appartiennent à deux firmes sud-africaines nées de Rembrandt.
4. Cependant, il est important de faire remarquer que suite à
cette hausse de la taxe sur la cigarette, certains ménages à
faible revenu ont préféré l’option des cigarettes roulées (Van
Walbeek, inédit). Ce changement de comportement a dans
une certaine mesure amoindri les avantages en santé publique
apportés par la hausse du prix de la cigarette. Mais comparé à
il y a dix ans, l’impact net de la hausse se traduit par une
diminution significative de la consommation de cigarettes
(roulées ou pas) parmi les personnes.
5. Par exemple, des avertissements sur les risques de la
cigarette sur la santé furent imposés dans les publicités pour le
tabac ainsi que sur les paquets de cigarettes. Cependant,
cette obligation ne comprenait pas les publicités-sponsor,
considérées comme des exemples de «publicité indirecte».
Comme on pouvait s’y attendre, le nombre d’événements
sponsorisés par l’industrie du tabac s’est mis rapidement à
grimper.
6. Par exemple, tout sponsoring a été interdit. Alors que
certains voyaient cela comme une mesure draconienne, la
manière d’agir de l’industrie du tabac par le passé laissait bien
présager qu’elle utiliserait la faille du sponsoring pour faire la
publicité de ses produits.
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Banque mondiale et de la Recherche pour un Contrôle
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Shafey, O, Dolwick, S et Guindon, GE, 2003. Tobacco
control country profiles. American Cancer Society,
Organisation modiale de la Santé et Union
internationale contre le Cancer.
Van der Merwe, R et Annett, N, 1998. “Chapter 4 :
The effects of taxation on consumption in South
Africa”, dans ETCSA, The Economics of Tobacco
Control in South Africa, rapport soumis à l’International
Tobacco Initiative, École d’Economie, Université du Cap.
Van Walbeek, CP, 1996. Excise taxes on tobacco: how
much scope does the government have? South African
Journal of Economics, 64(1) : 20-42.
Van Walbeek, CP, 2002. Recent trends in smoking
prevalence in South Africa: Some evidence from AMPS
data. South African Medical Journal, 92(6).
Van Walbeek, CP, 2004, forthcoming. Tobacco control
in South Africa in the 1990s: a mix of advocacy,
academic research and policy. South African Journal of
Economic History.
Van Walbeek, CP, prochainement publié. Do tax
increases on tobacco hurt the poor? Chapitre d’une
thèse en médecine qui sera prochainement publiée
Neil Collishaw
La conquête des lieux non-fumeur se heurte aux tactiques
de l’industrie du tabac : désinformation scientifique
et groupes de front. L’expérience canadienne
En 1978 déjà, l’industrie du tabac était
consciente de la menace que
représentait la question du tabagisme
passif pour sa viabilité économique et sa
survie. Cette année-là, un sondage
d’opinion publique mené par la Roper
Organization à la demande de l’industrie
du tabac faisait le constat suivant :
Neil Collishaw
Directeur de recherches
Physicians for a Smoke-Free Canada
Ottawa
Canada
28
« La dernière tactique des forces
anti-tabac concernant la question
du tabagisme passif pose cependant
un autre problème. … Nous le voyons
comme le développement le plus
dangereux qui ait jamais pu porter
atteinte à la viabilité de l’industrie
du tabac. »1
Ayant pris cette menace au sérieux,
pendant un quart de siècle, l’industrie du
tabac s’est attelée secrètement et avec
efficacité à déjouer dans le monde entier
les mesures de santé publique en
matière de tabagisme passif. Voici, à la
dérobée, l’histoire de leur campagne au
Canada. Mais cette histoire permet
également de comprendre un peu mieux
pourquoi le contrôle du tabagisme passif
(une mesure de santé qui, au premier
abord, semble plutôt simple à mettre en
place) s’avère être une tâche bien
compliquée.
Mots clés
•tabac
•tactiques de l’industrie
•désinformation scientifique
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Pratiques manipulatrices
Aujourd’hui, 21 % des Canadiens vivent
dans des juridictions où la quasi-totalité
des lieux de travail, y compris les bars et
restaurants, sont non-fumeur.2 Ce nombre
grandit de jour en jour mais très
lentement et à chaque étape du
processus, c’est un véritable combat
auquel doivent se livrer les pouvoirs de
la santé publique, ville après ville,
province après province. Les méfaits du
tabac sur la santé sont bien connus, près
des trois quarts de la population
canadienne sont en faveur de lieux de
travail et endroits publics non-fumeur et
les études économiques ont à maintes
reprises démontré les bénéfices de telles
restrictions sur le business. Comment se
fait-il alors que ces mesures pleines de
bon sens connaissent une opposition
aussi féroce, et surtout, d’où émane cette
opposition ?
Aujourd’hui, nous avons la réponse. Des
documents jusque-là gardés secrets par
l’industrie du tabac montrent qu’entre
1995 et 1998, l’industrie du tabac
canadienne aurait mené des campagnes
très bien organisées et accompagnées de
financements substantiels pour endiguer
le flot de restrictions pour le contrôle du
tabac dans les lieux de travail et autres
endroits publics3 en avançant
fréquemment une solution
«d’accommodation», solution depuis bien
longtemps discréditée dans sa manière
de répondre au problème.4 Ces
campagnes étaient menées dans l’ombre
et de manière très rusée, par le biais de
groupes de front, issus principalement de
l’industrie hôtelière. L’industrie du tabac,
alors qu’elle tirait toutes les ficelles,
restait totalement invisible, derrière le
rideau. Voici quelques exemples des
méthodes utilisées, recueillis dans les
documents appartenant à l’industrie.
1995
Le Conseil Canadien des Fabricants de
Tabac (Canadian Tobacco Manufacturers’
Council) (CTMC) fait appel à la firme de
relations publiques Barr, Gass and
Wilcox, en Colombie Britannique, dans le
but de recruter des groupes de front dont
le rôle sera d’exprimer une opposition
face à la proposition d’interdiction de
fumer dans les restaurants de Vancouver.
L’extrait suivant, issu d’une circulaire
internationale de l’industrie du tabac,
donne un aperçu de la manière dont ses
agents s’arrangeaient pour orchestrer une
opposition de derrière le rideau via
différentes couches d’intermédiaires mais
tout en gardant un contrôle total sur les
actions entreprises. Le mot « personnel »
dans l’extrait fait référence au personnel de
Barr, Gass and Wilcox, la firme de relations
publiques à qui la CTMC avait confié la
tâche de renchérir sur l’industrie du tabac.
« Plus de 60 restaurants chinois dans
la partie inférieure du continent ont
signé la déclaration d’opposition
préparée par Chinese Informedia
Consulting.
Cette opposition sera probablement
rendue publique lors d’une conférence
de presse prévue pour le 27 juillet
(sous réserve des considérations
stratégiques pouvant voir le jour
et de l’appréciation du personnel
concernant la manière dont
l’événement aura été organisé par
Chinese Informedia). Le personnel
ne jouera aucun rôle ouvert lors
de la conférence et l’initiative devra
apparaître comme émanant de la
communauté chinoise uniquement. »5
1998
Des réunions secrètes sont organisées
afin de planifier des campagnes contre
les interdictions de fumer. Voici un
extrait issu d’une circulaire interne de la
CTMC, parue le 26 mai 1998, examinant
l’organisation d’une réunion secrète pour
juin 1998.
« De l’avis général, il semble qu’une
meilleure coordination de certains
acteurs clés dans le combat contre le
contrôle du tabac en Amérique du
Nord soit nécessaire. ... Les parties
prenantes de l’industrie hospitalière ne
seront pas invitées à prendre part à
cette réunion. Il nous faut d’abord
nous organiser ; l’occasion/le besoin
de rencontrer ces groupes se fera peutêtre sentir plus tard mais il est
probablement moins risqué de faire
parvenir l’information aux groupes
hospitaliers via leurs collègues
travaillant derrière le rideau. »6
Cette pratique de l’industrie du tabac qui
consiste à travailler par le biais
d’intermédiaires est toujours d’actualité.
En 2004, au moins trois groupes de
pression canadiens actifs s’opposant aux
mesures de contrôle du tabac sont
financés par l’industrie du tabac
canadienne. Parmi ceux-ci, on trouve la
Pub and Bar Coalition of Canada
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
(http://www.pubcoalition.com), la Fair
Air Association of Canada
(http://www.faac.ca/index2.htm) et My
Choice (http://www.mychoice.ca).
La création de lieux de travail nonfumeur est une mesure de santé
publique robuste, mais elle est encore
loin d’être acquise. Les habitants du
Canada et de partout ailleurs dans le
monde devront continuer à se battre
pour la cause des espaces non-fumeur, et
face à eux, ils trouveront l’industrie du
tabac, agissant souvent dans l’ombre.
Cependant, l’industrie du tabac
commence lentement à perdre du
terrain. De plus en plus de villes, de
provinces et de pays ont trouvé le moyen
de mettre en place cette mesure de santé
publique de manière sensée, efficace et
peu coûteuse : en faisant passer des lois
rendant tous les lieux de travail et
endroits publics non-fumeur. Les gens se
rendent mieux compte des méthodes
malsaines qui sont utilisées dans le but
d’affaiblir les propositions destinées à
améliorer la santé publique. Aujourd’hui,
de plus en plus, ces méthodes sont
dévoilées au grand jour, et ce sont la
science et le bon sens qui triomphent sur
les manipulations orchestrées dans
l’ombre par l’industrie du tabac.
1. Étude sur l’attitude du public face au tabagisme et à
l’industrie du tabac menée en mai 1978. The Roper
Organization Inc.
http://legacy.library.ucsf.edu/cgi/getdoc?tid=jdc70a00&fmt=p
df&ref=results
2. Protection contre le tabagisme passif au Canada.
Physicians for a Smoke-Free Canada, Octobre 2004.
http://www.smoke-free.ca/factsheets/pdf/Q&Asmokefreecommunities.pdf
3. Derrière le rideau : comment les sociétés de tabac ont
tenté d’utiliser des solutions de “ventilation” afin de
contrecarrer les restrictions sur le tabagisme. Physicians for a
Smoke-Free Canada, février 2002. http://www.smokefree.ca/documents/ventilation.htm
4. Neil Collishaw et Heidi Meldrum. Protection contre le
tabagisme passif au Canada : Appliquer la science sanitaire à
la loi sur la sécurité et la santé du travail.. Physicians for a
Smoke-Free Canada. 2002.
http://www.smoke-free.ca/Second-Hand-Smoke/200203%20Workshop%20CDROM/index.htm
5. Rapport hebdomadaire par Dirk Laudan, du Barr, Gass and
Wilcox Group, pour David Small, CTMC, fin de semaine, 21
juillet 1995.
http://www.smokefree.ca/documents/industrydocspdf/2065518282_8288-vanjul21-95.pdf
6. Circulaire CTMC par David Small pour l’Ops (CTMC
Operations Committee), 26 mai 1998.
http://www.smokefree.ca/documents/industrydocspdf/2065254987_4988-99ventilation-meeting.pdf
29
François Damphousse
Stratégies de l’industrie du tabac :
marketing des cigarettes auprès des jeunes
« La compagnie de tabac Liggett
reconnaît que l’industrie du tabac cible
le marché des jeunes, ce qui signifie
ceux ayant moins de 18 ans,
et non seulement ceux âgés entre
18 à 24 ans. » (traduction libre)
Cette déclaration étonnante est incluse
dans un accord historique conclu le 20
mars 1997 entre la compagnie de tabac
Liggett et les procureurs généraux des
états américains (Attorneys General
Settlement Agreement with Liggett, 1997).
Cet accord est survenu à la suite du
scandale déclenché en Amérique dans
les années 1990 par la publication de
nombreux documents confidentiels et
des témoignages de plusieurs délateurs
exposant les pratiques frauduleuses de
l’industrie du tabac. Cette déclaration a
créé tout un émoi dans les médias parce
qu’il s’agissait d’une première : une
compagnie de tabac admettait
publiquement qu’elle visait délibérément
les enfants avec ses campagnes
publicitaires.
Cette révélation est d’autant plus
importante quand on sait que la grande
majorité des fumeurs commencent à
fumer avant d’avoir atteint l’âge adulte,
fait qui n’a pas échappé à la vigilance de
l’industrie du tabac (Banque mondiale,
2000). Une telle conduite est
particulièrement ignoble compte tenu
que toute société responsable cherche à
protéger le plus possible ses jeunes
parce qu’ils n’ont pas encore atteint la
maturité pour prendre des décisions
éclairées.
Le lien entre publicité et initiation
tabagique chez les jeunes est bien
documenté. Par exemple, selon le
rapport du Surgeon General des États-
François Damphousse
Directeur, bureau du Québec
Association pour les droits des nonfumeurs
Montréal, Canada
Email : [email protected]
Unis sur la prévention de l’usage du
tabac parmi les jeunes publié en 1994, les
campagnes publicitaires des compagnies
de tabac s’attirent depuis de nombreuses
années de sévères critiques de la part
d’experts en communication. Ainsi, le
président de la National Association of
Broadcasters (États-Unis) a dénoncé dès
1963 une campagne pour les cigarettes
Lucky Strike ciblant les garçons (U.S.
Department of Health and Human
Services, 1994).
Il existe également de nombreux travaux
de recherche démontrant l’influence de
la publicité des produits du tabac sur les
jeunes. Par exemple, une étude phare
publiée en 1991 dans le Journal of the
American Medical Association a démontré
que le taux de reconnaissance du logo
publicitaire Joe Camel, le personnage de
bande dessinée faisant la promotion des
cigarettes Camel, se situait à 91 % parmi
des jeunes de six ans (Fischer et al.,
1991), Ce taux était comparable à celui
obtenu pour la célèbre souris Mickey du
créateur Walt Disney. Une autre étude
publiée en 1994 dans la même revue a
révélé que la forte augmentation de
l’usage du tabac chez les adolescentes à
la fin des années 1960 correspondait au
lancement de campagnes publicitaires
ciblant plus spécifiquement les femmes
(Pierce et al., 1994).
Dans son livre intitulé Smokescreen,
Philip Hilts, le célèbre correspondant du
journal The New York Times, écrit que la
plus importante preuve démontrant
l’intérêt de l’industrie du tabac pour les
jeunes provient des documents
confidentiels de marketing des
compagnies canadiennes du tabac (Hilts,
1996). Ces documents ont été obtenus
durant le procès pour déterminer la
légitimité constitutionnelle de la Loi
réglementant les produits du tabac. Leur
Mots clés
•jeunes
•stratégies marketing
•tabac
contenu ne laissait aucun doute en ce
qui concerne les véritables intentions
des compagnies de tabac. La Cour
suprême du Canada a même écrit :
« Bien que les appelantes [les
fabricants] affirment résolument que
leurs efforts de commercialisation sont
orientés seulement vers la
préservation et le renforcement de la
fidélité des fumeurs adultes à des
marques, ces documents témoignent
du contraire. …les compagnies
comprennent que, pour maintenir la
taille de l’ensemble du marché, elles
doivent rassurer les fumeurs actuels et
rendre leurs produits attirants pour les
jeunes et les non-fumeurs… » (RJRMacdonald Inc. c. Canada (Procureur
Général, 1995)
Références
Attorneys General Settlement Agreement with
Liggett, 1997.
Banque mondiale. Maîtriser l’épidémie : L’État et les
aspects économiques de la lutte contre le tabagisme.
Washington, D.C., 2000.
Fischer, P.M., Schwartz, M.P. Richards, J.W.,
Goldstein, A.O. and Rojas, T.H. Brand Logo
Recognition by children Aged 3 to 6 Years. Mickey
Mouse and Old Joe the Camel. Journal of the
American Medical Association, 1991 ; 266(22) :
3145-8.
Hilts, Philip J. Smokescreen: The Truth Behind the
Tobacco Industry Cover-up. Reading: Addison-Wesley
Publishing Company, Inc., 1996.
Pierce, J.P., Lee, L. and Gilpin, E.A. Smoking
Initiation by Adolescent Girls, 1944 Through 1988.
An Association With Targeted Advertising. Journal of
the American Medical Association, 1994 ; 271(8) :
608-11.
RJR-Macdonald Inc. c. Canada (Procureur général),
[1995]
U.S. Department of Health and Human Services.
Preventing Tobacco Use Among Young People: A
Report of the Surgeon General. Atlanta, Georgia :
U.S. Department of Health and Human Services,
Public Health Service, centers for Disease Control
and Prevention, National Center for Chronic Disease
Prevention and Health Promotion, Office on Smoking
and Health, 1994.
Ce jugement, d’autres encore, plus
30
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Pratiques manipulatrices
récents, et de nombreux rapports font
désormais état de la tendance vers un
durcissement des mesures à l’égard de
la publicité des produits du tabac. Sur le
plan international, la Convention-cadre
pour la lutte antitabac incitera
également davantage de pays à
introduire une interdiction globale de la
publicité et de la commandite
(sponsorship) du tabac. À notre avis, il
s’agit de la seule voie que peut
emprunter la communauté
internationale si elle veut
éventuellement éliminer toute
possibilité à l’industrie du tabac
d’atteindre les jeunes avec ces
campagnes publicitaires attrayantes.
Louis Gauvin
La contrebande de cigarettes : un phénomène
d’une ampleur considérable dont la seule raison d’être
est de servir les intérêts des grands fabricants de tabac
« Là où un gouvernement refuse
d’intervenir ou lorsque ses efforts ne
sont pas couronnés de succès, nous
faisons en sorte que, à l’intérieur du
cadre de la loi, nos marques (de
cigarettes) soient accessibles aux côtés
de celles de nos compétiteurs par voie
de contrebande aussi bien que sur le
marché légal. » (traduction libre) (nos
soulignés)
Kenneth Clarke, vice-président BAT,
ex-ministre britannique de la Santé
(Clarke, 2000).
Cette déclaration surprenante faite par
l’un des plus hauts dirigeants de British
American Tobacco (BAT) confirme, une
fois de plus, que son entreprise alimente
le marché mondial de cigarettes, tout en
sachant qu’une très forte proportion va
se retrouver au marché noir.
Ce cas n’est pas unique, bien au
contraire. De nombreux rapports, se
fondant sur le témoignage de
dénonciateurs, la revue de documents
secrets et les poursuites intentées contre
des fabricants de tabac, révèlent que des
compagnies auraient même
méticuleusement supervisé les gestes
d’intermédiaires depuis l’usine de
fabrication et le choix des routes
Louis Gauvin
Coordonnateur
Coalition québécoise pour
le contrôle du tabac
4126, St-Denis, bureau 200
Montréal QC
H2W 2M5
Tél. : (514) 598-5533
Fax : (514) 598-5283
Email : [email protected]
Site Internet : www.cqct.qc.ca
clandestines jusqu’à l’entrée illégale dans
les pays visés (Campaign for Tobacco
Free Kids ; Marsden, 1999).
Ampleur de la contrebande,
complicité de l’industrie du tabac
L’ampleur du phénomène témoigne d’un
problème très sérieux. La contrebande de
tabac se déroule à l’échelle planétaire et
elle ne repose ni sur de petits
contrebandiers, ni sur des fumeurs qui
cherchent à éviter de payer des taxes
élevées. Ce sont environ 30 % de toutes les
exportations – 355 milliards de cigarettes –
qui disparaissent au profit du marché noir,
en s’appuyant sur des organisations
criminelles, des réseaux complexes de
distribution et l’absence de contrôle des
mouvements mondiaux de produits du
tabac (Banque Mondiale, 2000). Ce
pourcentage est beaucoup plus élevé que
celui du marché illégal de la plupart des
autres biens de consommation vendus sur
les marchés internationaux.
Les grands cigarettiers prétendent que la
contrebande est le résultat des forces du
marché – différences de prix entre pays
limitrophes, prix trop élevé pour les
consommateurs – et partout, ils prônent
comme solution unique la baisse des
taxes (Joossens & Raw, 2000). Tous les
experts indépendants réfutent cette
position. Ils affirment qu’il est impossible
qu’une entreprise perde ainsi, et depuis
des années, la trace du tiers de sa
production sans la complicité de ses plus
hauts dirigeants ! (Joossens, 2002).
« Les compagnies canadiennes de
tabac ont toujours prétendu qu’elles ne
faisaient que vendre leurs cigarettes à
des grossistes ou des courtiers
autorisés pour honorer des
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
commandes qui leur étaient adressées.
Quant à ce qui arrivait par la suite,
elles le déploraient, mais (...) n’y
pouvaient rien. TOUT CELA EST
FAUX. En réalité, pendant des années,
les trois grandes compagnies
(canadiennes de tabac) ont mis sur
pied des compagnies de façade ou
signé des ententes secrètes avec des
contrebandiers. (...) La contrebande
n’était pas un à-côté à leurs affaires –
C’EST FINALEMENT DEVENU LEUR
PRINCIPALE AFFAIRE ! »
Leslie Thompson, ex-responsable du
commerce transfrontalier
Canada/Etats-Unis pour RJR
Macdonald (aujourd’hui JTI
Macdonald) et condamné à sept
années de réclusion pour activités de
contrebande (Marsden, 1999).
Conséquences dévastatrices
Les conséquences de cette activité
illégale sont proprement dévastatrices,
principalement parce qu’il s’agit d’un
produit hautement toxique qui cause le
décès d’un fumeur sur deux et dont on
devient dépendant à cause de la
nicotine, dès l’âge de 8-9 ans dans de
nombreux pays. Des cigarettes rendues
ainsi moins chères augmentent le
nombre de fumeurs et la quantité de
cigarettes qu’ils fument, particulièrement
chez les jeunes et les défavorisés.2
Trop souvent aussi, les cigarettes du
marché noir minent les efforts des
Mots clés
•contrebande
•prix du tabac
•santé publique
31
gouvernements pour élaborer des
politiques publiques de réduction du
tabagisme, sans compter les baisses
drastiques d’entrées fiscales qui
devraient compenser, en partie, les coûts
de santé attribuables au tabac. En
somme, des pertes nettes pour les
sociétés, mais des gains faramineux pour
quelques privilégiés complices d’activités
criminelles.
Chercher à endiguer la contrebande
concerne non seulement la lutte contre
une activité criminelle, mais c’est aussi
une question de santé publique.
Lutter contre le commerce illégal
des cigarettes
Des pays comme le Canada, la Suède,
l’Espagne et Andorre (Joossens & Raw,
2000) servis soit par une forte volonté
politique, soit par des pressions
internationales coordonnées, soit encore
par la constitution de dossiers
d’accusation produits devant des cours
de justice, en sont venus à réduire, voire
endiguer grandement le phénomène.
Mais, le principal outil sur lequel
comptent les gouvernements, organismes
de santé et groupes opposés au
tabagisme est, sans contredit, la
Convention-cadre pour la lutte antitabac
(CCLAT). Adoptée à l’unanimité par tous
les membres constituant l’Assemblée
mondiale de l’Organisation mondiale de
la santé (OMS) le 21 mai 2003, il s’agit du
premier traité international juridique et
de santé publique destiné à réduire le
tabagisme dans le monde.
Les mesures vont de l’apposition de
marques de reconnaissance sur les
paquets de cigarettes et de mécanismes
de contrôle pour suivre chaque
expédition du fabricant au
consommateur, à la surveillance accrue
des frontières, l’imposition de sanctions
appropriées et l’octroi de licences.
En vertu de cette convention, chaque
pays s’engage également à mettre en
place des mesures d’élimination de
toutes les formes de commerce illicites et
encourage, pour ce faire, la coopération
entre organisations internationales
(OMS).
Références
Banque Mondiale Maîtriser l’épidémie : l’État et les
aspects économiques de la lutte contre le tabagisme.
Washington DC, USA, 2000.
Campaign for Tobacco-Free Kids Illegal Pathways to
Illegal Profits: The Big Cigarette Companies and
International Smuggling. Washington DC, USA.
Joossens, L. & Raw, M. “How can cigarette
smuggling be reduced?”, British Medical Journal, Vol
321, 14 octobre 2000.
Joossens, L. La contrebande internationale de tabac :
face cachée des stratégies de marketing de
l’industrie du tabac. Communication à la 1ère
Conférence internationale francophone sur le
contrôle du tabac (CIFCOT-1), Montréal, 16
septembre 2002.
Marsden, W. “Tobacco insider talks major firms were
deeply involved in cross-border smuggling, former
executive says”. The Gazette, 18 décembre 1999,
Montréal, Canada.
OMS www.who.int/tobacco/fctc/text/en/fctc_fr.pdf.
Francis Thompson
La fraude du siècle : les cigarettes « légères »
Les escroqueries les plus réussies
misent généralement sur la complicité
inconsciente des victimes. Le fraudeur
avisé offre un moyen simple — trop
simple — de réaliser les rêves des
victimes, qui acceptent avec
enthousiasme.
Par la suite, ne voulant ni abandonner
leurs rêves, ni s’avouer qu’on les a
trompées, les victimes deviennent les
alliés objectifs de l’escroc, fermant les
yeux sur les petites irrégularités qui en
cachent de plus grandes, acceptant les
explications les plus farfelues qu’un
observateur impartial rejetterait du
revers de la main.
Francis Thompson
Analyste des politiques
Association pour les droits des nonfumeurs
Ottawa, Canada
Email : [email protected]
32
C’est le mécanisme psychologique qui
sous-tend la fraude des cigarettes dites
« légères », « light » ou « douces », qui
constitue sans doute une des
escroqueries les plus réussies et les plus
meurtrières des 30 dernières années.
Du milieu des années 1970 jusqu’à tout
récemment — un petit nombre de pays
(Brésil, Union européenne) ayant
maintenant interdit les appellations
trompeuses — des centaines de millions
de fumeurs ont délaissé leur marque
habituelle et opté pour une « légère », en
pensant réduire ainsi leurs risques de
maladies. De ce nombre, il y a sans
doute plusieurs millions qui auraient
arrêté de fumer si on ne leur avait pas
offert une solution mitoyenne qui leur
paraissait crédible.
avaient induits en erreur, les pouvoirs
publics sont devenus eux aussi les
complices objectifs d’une industrie
manipulatrice.
Car les récentes études sont formelles : il
n’y aucun avantage mesurable à opter
pour les lights.1 Les études
épidémiologiques n’indiquent aucune
diminution des risques suite à la
migration massive vers les marques
légères, qui représentent plus de 50 % du
marché dans plusieurs pays riches. Les
études biologiques n’indiquent aucune
corrélation entre la marque fumée et la
quantité de produits toxiques inhalée.
Mots clés
Séduits par la perspective de pouvoir
réduire les risques encourus par les
fumeurs invétérés, et incapables par la
suite de s’avouer que les cigarettiers les
• cigarettes légères
• duperies
• désinformation
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Pratiques manipulatrices
Pourtant, il y a bien une différence de
goût entre les cigarettes traditionnelles et
les « légères ». Celles-ci ont un goût
moins fort et font moins tousser, ce qui
semble confirmer la validité des taux de
goudrons, systématiquement moins
élevés dans le cas des « légères ».
Malheureusement, il s’agit d’un effet de
dilution qui ne diminue en rien
l’exposition aux toxiques. C’est comme
si, au lieu de boire 50 ml de vodka pure,
on buvait 100 ml de vodka diluée à 50 % :
le goût de l’alcool est moins fort, mais on
n’a rien fait pour diminuer sa
consommation d’alcool.
Dans le cas des cigarettes « légères », on
a tout simplement rajouté une série de
petits trous autour du filtre. À moins de
bloquer ces trous avec ses doigts, le
fumeur se retrouve à inhaler non
seulement de la fumée, mais aussi de
l’air frais qui rentre par les côtés du filtre.
Les appareils utilisés pour mesurer les
taux de goudrons tirent des bouffées
d’un volume standard de 35 ml, dont on
analyse ensuite le contenu. Avec un
facteur de dilution de 50 % (certaines
marques vont jusqu’à 80 %), on diminue
de 50 % le taux de goudrons. Si le but
était de réduire les risques de maladies
chez les machines de laboratoire, on
pourrait clamer : « Mission accomplie ! ».
Mais le fumeur dépendant ne serait pas
en mesure de reproduire exactement des
bouffées de volume standard, même si
on lui expliquait le principe de dilution,
ce que les fabricants ont toujours omis
de faire. Il fume pour satisfaire ses
besoins en nicotine et ajuste le volume
des bouffées en conséquence. Ainsi, on
sait depuis longtemps que la première
cigarette de la journée est fumée de
manière plus intense que celles qu’on
fume après avoir atteint son plateau de
confort nicotinique.
Tant que le ratio nicotine/goudron reste
constant, la dilution qu’offrent les
cigarettes « légères » ne présente donc
aucun avantage pour le fumeur.
Dans leurs laboratoires internes, les
cigarettiers avaient déjà fait ce constat
avant même de lancer leurs marques
« légères » au milieu des années 1970. Ils
ont choisi de ne pas divulguer les
résultats de leurs études à la
communauté scientifique et aux
gouvernements. Poussant le cynisme à
l’extrême, ils ont négocié des ententes
avec les autorités sur la réduction
graduelle des taux de goudrons, alors
qu’ils étaient les seuls à l’époque qui
pouvaient savoir qu’il s’agissait d’une
mesure parfaitement inefficace.
Plus tard, à mesure que les scientifiques à
l’extérieur de l’industrie ont commencé à
publier des études sur le peu de rapport
entre les taux de goudrons affichés sur
les paquets et les quantités réellement
inhalées, les autorités ont mis beaucoup
de temps pour avouer leur erreur et
surtout pour mettre fin à la fraude.
Dès 1996, l’Institut national du cancer aux
États-Unis publiait un rapport
volumineux exposant les problèmes
entourant la méthode utilisée pour
mesurer les taux de goudrons. L’agence
réglementaire responsable, la Federal
Trade Commission, a accepté le bienfondé de l’analyse mais n’a toujours rien
fait pour corriger la situation.
Au Canada, le ministère fédéral de la Santé
a émis un communiqué en janvier 1999
indiquant aux consommateurs que « les
produits du tabac dits « légers » et « doux»
présentent les mêmes risques de maladies
débilitantes et mortelles que les autres
types de produits du tabac. » Six ans et de
nombreuses études plus tard, on n’a
toujours rien fait pour interdire ces termes.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Dans le cas de l’Union européenne,
l’interdiction des appellations « légères »
et « douces » est entrée en vigueur en
septembre 2003. Cependant, on continue
d’imposer des taux maximaux de
goudrons et de nicotine — une mesure
qui ne réduit en rien la nocivité des
cigarettes européennes mais qui renforce
la légitimité du taux de goudrons comme
indicateur du degré de nocivité.
Il ne faut donc pas s’étonner que les
autorités sanitaires dans les pays en voie
de développement, ne disposant pas des
ressources scientifiques des pays riches,
se fassent encore piéger par l’industrie.
Celle-ci continue de présenter la
commercialisation des cigarettes à plus
faibles taux de goudron comme une
mesure viable de réduction des risques
et comme solution de rechange à des
mesures réellement efficaces, comme
l’interdiction de la publicité.
La Convention-cadre pour la lutte antitabac prévoit l’interdiction de tout
étiquetage donnant « directement ou
indirectement l’impression erronée qu’un
produit du tabac particulier est moins
nocif que d’autres, comme par exemple
des termes tels que « à faible teneur en
goudrons », « légère », « ultra-légère » ou
« douce » » (article 11.1.a). On peut donc
espérer que dans les pays où les fumeurs
sont encore peu sensibilisés aux risques
du tabac (Chine, beaucoup de pays
africains etc.), les cigarettiers auront de la
difficulté à répéter la fraude des
cigarettes « légères » lorsque la
connaissance des risques commencera à
se généraliser.
Ceci dit, il ne faudra pas sous-estimer la
capacité des cigarettiers à concocter de
nouveaux mythes sur des cigarettes
prétendument moins nocives — ni sousestimer la tendance des fumeurs et des
pouvoirs publics à accepter ces mythes.
33
Etilé Aimah
Le sponsoring du tabac n’est pas une fatalité
« On peut se passer d’eux ! » En Côte
d’Ivoire, des organisateurs de
manifestations destinées au jeune
public refusent désormais d’être
sponsorisés par des marques de
cigarettes.
Coup dur pour les fabricants de
cigarettes en Côte d’Ivoire. Depuis le
début de la crise, en septembre 2002,
l’industrie et le commerce du tabac sont
au point mort. A Bouaké, la Société
Ivoirienne des Tabacs (Sitab), qui
distribue toutes les marques de cigarettes
vendues dans le pays, a mis presque
tous ses agents (300) au chômage
technique. « Nous assurons seulement une
permanence pour que les machines ne
s’abîment pas et s’arrêtent définitivement,
confiait Berthe Adou, responsable de
communication de la Sitab. Nous étions
en pleine caravane de la mode avec le
styliste ivoirien Gilles Touré qui devait
sillonner tous les quartiers d’Abidjan et des
villes de l’intérieur du pays, quand la crise
est survenue. Evidemment, nous avons
arrêté toute activité de sponsoring et de
partenariat. » Mais, ajoute-t-elle, une série
de manifestations est prévue dès le
retour au calme.
Malgré cette défection des firmes du
tabac, souvent présentées comme
incontournables dans le sponsoring
culturel ou sportif, les manifestations
destinées aux jeunes n’en continuent pas
moins dans les dix communes d’Abidjan
et dans le pays sauf dans les zones
assiégées. Certaines communes n’avaient
d’ailleurs pas attendu la crise pour se
passer de ce soutien empoisonné. Celle
de Koumassi, par exemple, organise
chaque vendredi, depuis deux ans, une
émission-spectacle grand public gratuite
qui attire des milliers de jeunes.
Etilé Aimah
Syfia International
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34
D’autres partenaires
Des artistes de renommée internationale
comme Aïcha Koné ou Gadji Celi ont déjà
participé à cette émission diffusée par
Radio N’Gowa. Elle est financée par des
partenaires très divers : entreprises de
décoration, fabricants de cosmétiques,
maisons de disques, de distribution de
cassettes et de CD qui font ainsi la
promotion de leurs artistes.
Par principe, explique M. Wayoro GuyCharles, directeur du service socio-culturel
de Koumassi, le maire et son équipe,
depuis leur prise de fonction en 2000,
demandent d’éviter d’associer les firmes
du tabac et des boissons alcoolisées à ces
manifestations. De tels spectacles qui
drainent au moins 2000 jeunes sont
pourtant convoités par les firmes du tabac,
intéressées par toute activité qui
rassemble au moins 500 jeunes.
Toutefois, Koumassi n’a jamais refusé de
céder son stade de plein air à Marlboro
pour sa caravane dite « La route de
l’aventure » qui a lieu chaque année
pendant les vacances scolaires. Pourquoi
deux poids deux mesures ? « C’est la ville
d’Abidjan qui gère les panneaux
publicitaires et ce genre d’activités. Puisque
Marlboro sillonne toute la Côte d’Ivoire,
c’est la firme qui organise son activité et
nous ne faisons qu’accepter que ça se passe
aussi dans notre commune, une animation
de plus, surtout pour ne pas pénaliser ceux
de chez nous qui y participent ». Une
voiture 4X4 est offerte comme gros lot. Les
participants qui doivent avoir plus de 18
ans selon le règlement trouvent les
formulaires d’inscription dans les paquets
de cigarettes.
À Marcory, une autre commune
d’Abidjan, le président d’une association
de jeunes, M. Atéa Ladji Bruno, se flatte
en cinq ans d’activité de n’avoir jamais
sollicité l’aide d’une marque de cigarettes
pour organiser les tournois de football
inter-quartiers, les concours de beauté et
autres spectacles quelque fois retransmis
à la télévision.
Même refus de la part du responsable de
la section Jeunesse Etudiante Catholique
(Jet) de la Paroisse Notre Dame de
Prodromo, dans le diocèse de Grand
Bassam. « Avant on sollicitait, auprès des
entreprises de cigarettes, des gadgets pour
récompenser les gagnants des jeux qu’on
organisait. Mais nous avons décidé de ne
plus faire leur publicité. Personnellement,
je refuse de porter tout ce qui vient du
tabac. » C’est d’ailleurs sans leur soutien
que la section a célébré ses 25 ans
d’existence. Les 3 millions de Fcfa
nécessaires à l’organisation de cette
semaine de fête qui a réuni des milliers
de personnes ont été obtenus auprès de
divers donateurs, de la municipalité et de
la première dame de Côte d’Ivoire.
Des activités saines
« Nous sommes généralement sponsorisés
par Coca-cola et autres, jamais par une
marque de cigarettes. Nous avons compris
que la cigarette fait plus de mal que de
bien et venant d’Abidjan nous voulons
organiser des activités saines pour les
populations rurales », soutient lui-aussi
Koffi William, membre d’une association
qui organise un tournoi de football très
populaire à Ebilassokro, à l’est de la Côte
d’Ivoire.
La même politique a été adoptée par les
responsables du Palais de la culture
d’Abidjan où toute affiche et activité
impliquant le tabac et/ou l’alcool comme
partenaires sont interdites.
Même isolées, les réactions de ces
organisateurs de manifestations
témoignent d’une certaine prise de
conscience des dangers de la cigarette et
surtout de la contradiction qu’il y a à
faire financer les distractions des jeunes
par des entreprises dont la production
nuit gravement à leur santé.
Mots clés
• sponsoring
• tabac
• Côte d’Ivoire
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Pratiques manipulatrices
Mamadou Bineta
Guinée : la petite allumeuse de cigarettes
Mademoiselle C. ne fume pas. La
cigarette ne la tuera pas. Elle l’a fait
vivre. Cette jolie Guinéenne a été
recrutée pour convaincre les jeunes que
« fumer c’est branché ». Écoutons-la !
Beau sourire, verbe facile, gestes amples,
démarche étudiée, « Mademoiselle C. »,
qui tait son nom pour ne pas perdre son
job, est l’une de ces jeunes Guinéennes
chargées de la promotion de la cigarette à
Conakry. Elle ne fume pas mais,
convaincue ou non, elle défend son
gagne-pain. Elle débite en toutes
circonstances le même discours : « Celui
qui ne fume pas n’est pas éveillé. Il est
donc relégué au dernier plan. Ne pas
fumer suppose être dépassé, abruti ».
Et elle assène sans la moindre hésitation :
« Fumer est un acte civique civilisé, de
haute portée sociale. Fumer est l’acte d’un
homme branché, moderne et à la page. »
Comme elle, l’opinion guinéenne a-t-elle
été intoxiquée par ces arguments ?
Toujours est-il que la Guinée Conakry
est, selon une étude de l’American
Cancer Society, le pays d’Afrique où la
prévalence du tabagisme est la plus forte.
En 1998, 59,5 % des hommes entre 11 et
72 ans fumaient et, chiffre plus étonnant,
43,8 % des femmes. Les jeunes qui
représentent 60 % de la population sont
les plus touchés. A partir de 45 ans, la
plupart des Guinéens cherchent à
décrocher car la société tolère mal les
fumeurs âgés, contraints de recourir aux
marabouts et à leurs potions pour les y
aider.
Miss gadgets
A Conakry, la cigarette est partout. La
publicité omniprésente. Aucun lieu
public n’y échappe. Devant les marchés,
les boîtes de nuit, les stades… s’alignent
des pick-up 4x4 avec à leur bord de
ravissantes hôtesses en uniforme (tee-
Mamadou Bineta
Syfia International
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shirt, jupe courte, casquettes) et parfois
chaussures aux couleurs et griffe de telle
ou telle marque. Equipées de groupes
électrogènes et de puissantes chaînes
stéréo, ces gros véhicules diffusent de la
musique entrecoupée de spots
publicitaires. De temps à autre, les
demoiselles chargées de la promotion
débarquent du véhicule, les bras chargés
de gadgets : briquets, tee-shirts,
parapluies, bics, casquettes, sacs,
cendriers, calendriers, agendas, bols en
plastiques et bien sûr cigarettes qu’elles
distribuent généreusement au public. Il
leur arrive de donner des cartouches
entières pour faire connaître des
nouvelles marques.
Le recrutement de ces hôtesses n’obéit à
aucun critère spécifique si ce n’est les
deux « b » : beauté et baratin. Peu
importe leur niveau d’étude. « La plupart
d’entre nous sont déscolarisées, confie
Mlle C. Toutefois nous devons pouvoir
baragouiner en français et parler les trois
principales langues du pays (poular,
sousous, malinké). Lors du recrutement, il
est demandé aux filles de savoir
“convaincre et non contraindre”, de se
faire apprécier en se faisant désirer”. La
courtoisie, l’honnêteté nous sont vivement
recommandées. »
« Nous ne sommes jamais à court d’idées
ou d’arguments pour inciter les jeunes à
fumer et surtout à épouser notre marque »,
poursuit la jeune femme qui défend bec
et ongles son produit : « La concurrence
dans le milieu du tabac est impitoyable. Le
marché revient à celui qui fait le plus de
promotion. L’art de convaincre est un
atout : nous n’hésitons pas à allumer la
cigarette pour le jeune quand c’est
nécessaire. » Et elle lui susurre en prime
ce conseil aguicheur : « Si vous voulez
séduire, convaincre, attirer la convoitise et
susciter des soupirs chez les ravissantes
demoiselles, ayez une cigarette à la
bouche ! ».
Un job payant
Au moins une douzaine de marques
connues se partagent le marché guinéen.
Certaines emploieraient une
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
cinquantaine de personnes. « Dans ce
boulot, poursuit notre représentante,
nous sillonnons le pays dans des 4x4 avec
un perdiem de 17 francs guinéens (5000
Fcfa – 7,6 euros) par jour et un salaire
mensuel de 75 000 Fcfa (115 euros). La
promotion du tabac me permet de nourrir
ma famille, de faire des économies et
surtout des relations profitables ». Comme
elle fait de fréquentes missions à
l’intérieur du pays, ses perdiems
couvrent pratiquement ses dépenses
mensuelles. « Nous avons, ajoute-t-elle,
d’autres avantages quand on place des
cartons chez les distributeurs et détaillants.
La prime d’encouragement se monte à
5000 Fcfa par carton placé. » Son rêve :
construire une maison et « fonder un
foyer pour arriver au top des tops ». Son
sort est enviable dans un pays où 40 %
de la population vit sous le seuil de
pauvreté.
Toutefois quelque chose la tracasse. Elle
n’apprécie guère la concurrence. Elle se
demande « si la Guinée n’est pas le
dépotoir de toutes les marques de
cigarettes. Le pays n’en fabrique plus. Vous
ne voyez pas que tous les milliardaires
guinéens le sont devenus grâce à la
cigarette. Elle arrive de partout : du port,
de l’aéroport et surtout par les frontières
terrestres. Leur porosité favorise la
contrebande ». Et là, Mademoiselle C.
s’indigne franchement.
Mots clés
• tabac
• promotion
• Guinée
35
Pauline Ouesso
RD-Congo : mobiliser contre le tabac
pour mieux le vendre
La publicité sur le tabac est désormais
interdite dans les médias du
Congo/Kinshasa et de nouvelles règles
sur l’étiquetage des cigarettes ont été
édictées. Une occasion pour le seul
fabricant du pays d’éliminer la
concurrence en finançant la promotion
du nouvel arrêté dans les journaux.
À Kinshasa, le fabricant et les
importateurs de cigarettes ont obtenu un
sursis pour l’application de la
réglementation de la publicité sur le
tabac. Ces dispositions interdisent toute
publicité sur le tabac dans les médias.
Banderoles et panneaux routiers vantant
les produits du tabac sont également
interdits.
Sur les paquets et cartons de cigarettes
vendues en Rdc devra figurer
l’avertissement sanitaire « Fumer est
préjudiciable à la santé ». Cette mention
est pratiquement la même que celle qui
figurait déjà sur une marque bien connue
produite par Tabacongo, mais elle devra
désormais être plus visible sur les
paquets et articles promotionnels. Un
gros fumeur avoue n’avoir « jamais fait
attention à cet avertissement sanitaire ».
Pas évident non plus qu’il comprenne les
mentions sur la teneur en goudron et en
nicotine rendues dorénavant obligatoires
sur chaque paquet.
Ces avertissements risquent, comme dans
la plupart des pays africains, de passer
totalement inaperçus, car la majorité des
fumeurs achètent les cigarettes à l’unité (à
la « tige ») et voient rarement la couleur
d’un paquet de cigarettes.
Les importateurs sur les
charbons ardents
Si les fumeurs, inconscients du risque, se
préoccupent peu de tels détails, les
importateurs eux sont sur les charbons
Pauline Ouesso
Syfia International
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36
ardents. Ils vont se trouver dans
l’incapacité de faire figurer la mise en
garde sur les paquets de cigarettes qu’ils
commercialisent, celles-ci étant
fabriquées dans des pays où la législation
est différente de celle de la Rdc. Ils sont
d’autant plus coincés que les mentions
en question devront être faites en
français. Un quotidien de Kinshasa écrit à
ce sujet : « On ne pourra plus importer
n’importe quoi et de n’importe où », à
moins d’aller à l’encontre des nouvelles
dispositions et d’en payer le prix. Outre la
saisie et la destruction des produits, il est
prévu des amendes pouvant atteindre
50 000 dollars et le double en cas de
récidive contre tout contrevenant aux
dispositions.
Il est clair qu’à moins de se cantonner à
la contrebande, les importateurs sont
contraints à disparaître, laissant ainsi le
champ libre à Tabacongo, déjà unique
entreprise produisant des cigarettes en
Rdc. Tabacongo, filiale de Rothmans
(Canada), et BAT-Congo, filiale de British
American Tobaco (Royaume Uni), ont
fusionné pour donner naissance à
Tabacongo, qui est restée dans le giron de
la multinationale BAT. On se retrouve
donc en Rdc avec un fabricant, plus ou
moins assuré de garder ses parts du
marché, et des importateurs étranglés par
l’arrêté du ministre de la Communication
et Presse.
À Kinshasa, des observateurs
s’interrogent sur la publication, à
plusieurs reprises, de textes, signés ou
non, commentant l’arrêté. Ces articles,
visiblement rédigés de la même plume,
avec tous le même style de titre et
accompagnés de croquis identiques, ont
été publiés en décembre 2002 puis en
mars 2003 par quatre quotidiens privés
de Kinshasa. « C’est de l’espace payé »,
reconnaît-on dans l’un des quotidiens
engagés dans cette campagne sans
toutefois dévoiler le nom du payeur.
Compte tenu de l’avertissement adressé
aux importateurs qui seraient en
infraction avec le nouvel arrêté, cette
opération de communication semble faire
partie d’une stratégie commerciale
destinée à préserver voire à accroître les
parts de marché de Tabacongo.
La publication de ces communiqués
déguisés en articles serait donc l’un des
épisodes de la rude bataille que se
livreraient les opérateurs du secteur.
Dans les milieux intéressés, on dénonce
les importateurs accusés d’agir au noir
pour échapper au paiement des taxes.
Résultat : une tige de la cigarette
importée de marque Yes coûte moitié
moins cher (10 francs congolais) qu’une
tige de production locale (Ambassade).
Surprenante contre-propagande
Dans le sillage des firmes internationales
qui assurent ne viser que les adultes,
Tabacongo a mené une campagne de
« prévention du tabagisme chez les
mineurs ». Largement couverte par la
presse, la campagne s’était déroulée dans
des écoles de Kinshasa et de
Lubumbashi, la deuxième ville du pays.
Un concours de dissertation sur le sujet
avait été organisé pour l’occasion.
Selon le directeur général de Tabacongo,
c’est l’ampleur du phénomène du
tabagisme infantile qui a conduit
l’entreprise « à rechercher avec d’autres
composantes de la société des solutions
vraies, des solutions justes à ce problème
de société ». Au Congo, comme ailleurs,
beaucoup s’interrogent sur cette stratégie
commerciale de contre-propagande
susceptible de priver les cigarettiers de
leurs futurs clients. Et certains d’ironiser :
s’en remettre aux firmes pour lutter
contre le tabagisme, c’est un peu comme
confier ses économies à Al Capone.
Mots clés
•RD-Congo
•tabac
•mesures de santé publique
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Pratiques manipulatrices
Dohoué Tongbaza
Bénin : signature de la CCLAT, premier
espoir pour la lutte anti-tabac au Bénin ?
Le Bénin a signé le 18 juin 2004 le
premier traité international de santé
publique, la Convention cadre de lutte
anti-tabac. Cet acte témoigne d’une
volonté politique récente mais beaucoup
reste à faire. Les distributeurs de
cigarettes y jouissent de la plus totale
liberté. L’Etat affirme ne pouvoir se
passer ni des emplois du secteur ni des
impôts qu’il génère.
Casquette et chemise jaunes griffées
«Yes » sur pantalon marron, Elisée est
promoteur à Tmc, une société privée de
commercialisation de cigarettes. Il
enfourche chaque matin son beau scooter,
peint aux couleurs vives de la marque et
entame sa tournée de distribution aux
détaillants de Cotonou, la métropole
béninoise. Avec un tel « look », le jeune
homme ne passe pas inaperçu. C’est le but.
Il doit donner de la visibilité à son produit
car Tmc doit faire face, entre autres, à trois
sérieux concurrents : la Cobexim (qui
assure la distribution de Bond Street,
Marlboro, Visa), la Cbnd (Fine, Gitanes,
Gauloises, Legend), et British American
Tobacco Benin (Rothmans King Size,
London, Royals, Concorde, Craven A…).
« J’aime bien ce travail, confie-t-il. Il me
permet de rencontrer plein de gens et
d’assurer mon gagne-pain. C’est une
chance ! ». Les 112 salariés de la British
American Tobacco Benin pensent la même
chose. Don Dussey, chargé de la
communication et des affaires juridiques,
appuie : « Notre société nourrit en fait plus
de monde car c’est l’ensemble des
distributeurs et revendeurs de nos produits
qui en vivent ». Et ils sont nombreux, ces
revendeurs de cigarettes qu’on trouve à
chaque coin de rue à Cotonou et dans les
autres localités du Bénin. Dans un pays
aussi pauvre, classé 158e sur les 173 états
recensés dans le Rapport mondial sur le
développement humain 2002, le maintien
de tous ces petits emplois informels est un
enjeu social important. Cela explique en
partie les réticences des pouvoirs publics à
réglementer le commerce sur le tabac.
Dohoué Tongbaza
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Liberté totale
Le tour de la législation anti-tabac est vite
fait : le Bénin ne dispose que d’un arrêté
ministériel pris... en octobre 1991 : il porte
sur l’interdiction de fumer dans les
hôpitaux et services sanitaires. Quant à la
fabrication et à la commercialisation des
cigarettes, « liberté totale est laissée aux
entreprises privées depuis la fin des années
80 », résume un agent de la Direction du
commerce intérieur. L’État béninois a,
semble-t-il, tout à gagner de cette absence
de mesures restrictives sur le commerce
du tabac. Début 90, le groupe britannique
Rothmans (absorbé en 1999 par l’américain
BAT British American Tobacco) a racheté
Manucia, l’entreprise publique de
fabrication de cigarettes. De 2000 à 2002, le
montant des droits perçus par la douane
béninoise sur les importations de tabac et
cigarettes a presque doublé, passant de 610
millions de Fcfa à plus de 1,1 milliard.
L’État qui n’a que des ressources limitées
n’est, par ailleurs, guère enclin à mettre un
frein au sponsoring d’événements culturels
(notamment les concerts de musique) par
les firmes.
Les actions de promotion de ces dernières
se tiennent dans les lieux publics avec, à la
clé, la distribution gratuite de cigarettes à
des foules de spectateurs, massées autour
de gigantesques podiums balayés par des
projecteurs. « L’occupation des espaces
publics est payante. Nous en donnons
l’autorisation contre le versement d’une
somme de 25 000 Fcfa et le paiement d’un
droit journalier de 1000 Fcfa », révèle un
employé du service marchand de la mairie
de Cotonou. Des sommes dérisoires en
regard des bénéfices générés par la
promotion des cigarettes.
La municipalité perçoit également des
redevances annuelles payées par les
sociétés de communication, propriétaires
des panneaux publicitaires qui vantent
régulièrement les produits des firmes.
Plantés le long des rues, ces immenses
panneaux aux slogans accrocheurs et
montrant de sympathiques jeunes gens en
train de fumer sollicitent jour et nuit le
regard des consommateurs potentiels qui,
à la longue, n’y prêtent même plus
attention. Les buvettes et boîtes de nuit,
peintes aux couleurs des marques de
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
cigarettes, jouent également ce rôle, ainsi
que les imposants véhicules des firmes qui
sillonnent les boulevards des grands
centres urbains jusqu’aux pistes de
desserte rurale.
Le tabagisme en hausse rapide
« Les Béninois ne sont peut-être pas de gros
fumeurs, mais tout l’environnement conduit
à ce que la consommation du tabac
progresse », analysait l’ancien ministre
français de la santé Claude Evin, lors d’une
rencontre réunissant professionnels des
médias et professionnels de santé sur le
tabagisme tenue en novembre 2002 à
Cotonou. Les chiffres de l’Institut national
de statistique et d’analyse économique
semblent lui donner raison : en 2002, le
Bénin a importé pour plus de 2,2 milliards
de Fcfa de tabac et dérivés contre 1,3
milliard deux ans auparavant soit une
hausse de 40 %. Comme dans le même
temps, la réexportation a accusé une très
légère baisse, ces chiffres traduisent une
augmentation rapide et importante du
tabagisme béninois.
Du côté des autorités, même si encore
fragiles, des progrès récents doivent être
soulignés et salués. Le Bénin a signé la
Convention cadre pour la lutte anti tabac
(OMS) le 18 juin 2004. Une réflexion est en
cours pour l’élaboration d’une loi et d’un
programme national de lutte contre le
tabac. Il semblerait qu’une volonté
politique soit désormais affichée.
Cependant il faudra que cette bataille avec
les cigarettiers, qui ne fait que commencer,
soit gagnée. British American Tobacco au
lendemain de la Journée Mondiale sans
Tabac 2004 inaugurait une extension à ses
installations lui permettant d’accroître sa
production à 4 000 000 000 de cigarettes par
an soit 34 paquets de 20 cigarettes pour
chacun des 6 millions de béninois. BAT se
vante d’avoir payé en 2003 deux milliards
d’impôts, comme si cela l’excusait de
vendre un produit qui tue.
Mots clés
• Bénin
• tabac
• CCLAT
37
Hélèna Razafiarisoa
Madagascar : le tabac à chiquer,
goudron du pauvre
Un Malgache sur trois, au moins,
chiquerait. Par tradition, par pauvreté.
Et sans savoir qu’il s’expose au cancer
de la bouche. Dans la Grande Île,
aucune étude n’a été menée à ce jour
sur l’impact de cette habitude sur la
santé de la population.
Quand on dit tabagisme, on pense
généralement au tabac à fumer. Mais à
Madagascar, cette équivalence est fausse
car il y persiste une forte tradition de la
chique surtout dans les campagnes. Une
thèse en médecine de 1995 estime que
près d’un Malgache sur trois (31 % de la
population) mâche du tabac, tout en
soulignant que ce chiffre est sous-estimé
car il ne tient pas compte de la production
artisanale qui, elle, échappe à tout
contrôle.
Mesurer l’impact de cette habitude sur la
santé des Malgaches est tout aussi
malaisé. « Aucune donnée épidémiologique
n’est disponible sur place », se borne à
constater une étude. Les statistiques sur
les cancers des voies respiratoires comme
de la bouche ne sont pas significatives
dans ce pays où l’accès aux soins est
particulièrement faible. Seule une étude
restreinte menée sur le tabagisme chez
des femmes enceintes de Tananarive a
montré que la majorité de celles qui
chiquent ont un faible niveau d’éducation.
Trop pauvres pour s’acheter des
cigarettes, elles se rabattent sur le tabac à
chiquer 20 fois moins cher.
Une même dépendance
à la nicotine
Pourtant, « plusieurs études de même que
la pratique médicale à travers le monde ont
établi un lien concluant entre le tabac à
chiquer et le cancer de la cavité buccale,
peut-on lire sur le site de la Société
canadienne du cancer. Qu’on mâche le
tabac ou qu’on le fume, la dépendance à la
nicotine est la même, sauf que dans le cas
du tabac à chiquer, la nicotine est absorbée
par les muqueuses de la bouche. »
Ravony a 65 ans. Elle chique depuis l’âge
de 12 ans. Elle n’a jamais pensé que cela
pouvait nuire à sa santé. « Il ne m’est
jamais arrivé à penser au sevrage », ditelle. Elle est au contraire convaincue que
« c’est un remède contre plusieurs maux
dont ceux d’estomac et les rages de dent ».
De nombreux Malgaches croient la même
chose et mettent en avant les propriétés
anti-douleurs de l’herbe à Nicot. Les
chiqueurs se divisent toutefois en deux
écoles : ceux qui ne jurent que par les
préparations artisanales parce que plus
fortes et ceux qui, comme Ravony, ne
mâchent que le tabac fabriqué
industriellement bien que le paquet de 15
grammes leur revienne plus cher (250 fmg
au lieu de 100 fmg soit 3,7 centimes d’euro
au lieu de 1,4). Elle se méfie du tabac à
l’ancienne : « Je ne sais pas ce qu’on met
dedans ». Cela lui donne des nausées et
des étourdissements. À Madagascar, on ne
quémande pas une cigarette, on tend la
main pour demander quelques brins.
« Moi sans le tabac à chiquer et le café ?
Impensable, ils me donnent des forces.
Je préfère ne pas manger », lance une
vendeuse de brèdes (ndlr : légumesfeuilles).
de tels retards de paiement que ceux-ci
sont quasiment poussés à en soustraire
une partie pour préparer leur mixture et
la vendre. Ce commerce illicite se fait au
grand jour. Sur les marchés, en ville
comme en brousse, s’alignent de petits tas
de tabac moulu marron foncé, vendu soit
dans un paquet rudimentaire soit à la
cuillère. Toutefois, les Malgaches qui ont
le privilège de savoir lire peuvent voir cet
avertissement insolite dans les taxisbrousse : « Interdit de transporter du tabac
artisanal ».
Hormis cet avis platonique, les autorités
n’ont jusqu’à présent pris aucune mesure
pour réprimer ce trafic, pas plus que le
tabagisme lié à la cigarette. Le service de
lutte contre la toxicomanie ne dispose
même pas d’un bureau ce qui est assez
révélateur de la place de la lutte anti-tabac
dans la Grande Ile. « C’est nouvellement
créé », nous a-t-on répondu en guise
d’excuse. « Peut-on rencontrer le
responsable ? » Réponse : « Euh ! Vous
pouvez laisser un message ». Etonnant
lorsqu’on sait que le gouvernement
malgache a signé la Convention-cadre de
l’OMS pour la lutte anti-tabac. Un
responsable local de l’OMS interrogé
estime que dans la lutte contre le
tabagisme il n’y a pas lieu de distinguer
cigarettes et tabac à chiquer. Il appelle à
contrôler les publicités. Mais les pubs sur
le tabac à chiquer industriel sont rares.
Quant au tabac artisanal, il n’en a nul
besoin. La tradition suffit à sa promotion.
Commerce illicite au grand jour
Hélèna Razafiarisoa
Syfia International
20, rue du Carré-du-Roi
34000 Montpellier - France
www.syfia.com
38
En théorie, la vente de tabac hors du
circuit officiel est prohibée : toute la
production nationale doit passer par
l’Office malgache du tabac (Ofmata).
Celui-ci achète leur récolte aux
producteurs mais à des prix si bas et avec
Mots clés
•tabac
•Madagascar
•CCLAT
•chique
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Quel espoir pour l’Afrique ?
www.syfia.info
Syfia International – L’ Afrique au quotidien
De l’agence de presse
à l’agence école….
• Syfia international est une agence de
presse indépendante regroupant 10
agences de presse (6 agences
africaines et 4 agences en Europe et au
Canada). Elle est forte d’une équipe de
60 journalistes couvrant 35 pays
d’Afrique francophone, d’Asie et
d’Europe.
• Depuis plus de 15 ans, Syfia est à la
fois une agence de presse reconnue par
de nombreux médias francophones et
une agence-école appréciée des
journalistes d’Afrique.
• En 2004, Syfia a créé Syfia Grands
Lacs, une agence régionale centrée sur
la RD Congo, le Rwanda et le Burundi.
Syfia international : l’agence de
presse
Un autre regard sur les pays d’Afrique
• La marque distinctive de Syfia est la
priorité donnée au terrain et au recueil
de témoignages vivants. Les articles
sont rédigés pour la plupart par les
correspondants africains, journalistes
issus des pays qu’ils couvrent. Ils
donnent la parole aux hommes et aux
femmes qui font vivre ce continent.
• Échanges économiques, dynamiques
agricoles, évolution de la vie politique,
évolution des modes de vie, migrations,
conflits et crises, aide humanitaire, santé
ou sida : les articles de Syfia, proches
de l’actualité, montrent comment les
sociétés africaines réagissent,
s’adaptent et innovent.
Une large diffusion
dans la presse francophone
• Syfia produit 5 à 8 articles et reportages
par semaine, soit plus de 300 articles
chaque année. Les articles sont envoyés
à 200 journaux de la presse
francophone, majoritairement en Afrique.
Chaque article est publié en moyenne
par 8 à 10 journaux. Il est ainsi lu par
150 000 à 400 000 personnes.
• Syfia participe ainsi aux échanges
d’information Sud-Sud. En diffusant
également sa production en Europe,
l’agence contribue à assurer une
meilleure connaissance des enjeux
Nord-Sud, à l’heure de la mondialisation.
• Syfia répond à des commandes
directes de journaux européens ou
canadiens souhaitant des articles
originaux spécifiquement conçus pour
eux.
www.syfia.info : 4000 articles
et 1000 photos
• Le site web de Syfia, www.syfia.info,
donne l’accès à plus de 4000 articles,
dans leur texte intégral soit 15 ans de
production de l’agence. Un puissant
moteur facilite la recherche.
• Le site propose plus de 1000 photos
sur la vie quotidienne en Afrique et une
quarantaine de reportages radio.
Syfia Grands lacs :
informer pour réconcilier
• Lancée en avril 2004, Syfia Grands
Lacs, la petite sœur de Syfia
international, a pour devise «Mieux
informer pour mieux réconcilier».
L’objectif est de favoriser la réconciliation
entre les peuples de cette région où les
conflits se sont succédés depuis 10 ans
et de renforcer les processus de paix
actuellement en cours.
• Syfia Grands Lacs s’efforce ainsi de
faire connaître les réalités et les
populations des différents pays et zones
de cette région pour lutter contre la
stigmatisation, la généralisation, les
rumeurs et la désinformation.
• La production d’articles, leur large
diffusion dans les trois pays de la région
prioritairement mais aussi en Afrique et
en Europe et la formation des
journalistes pour renforcer leurs
compétences professionnelles et
déontologiques sont les trois activités
de l’agence.
• Fin 2004, déjà forte d’une équipe d’une
vingtaine de correspondants répartis
dans les trois pays, Syfia Grands Lacs a
produit près d’une centaine d’articles
largement diffusés dans les radios et les
journaux de la région.
Formation continue des
correspondants
• Syfia forme en continu, par mail et
téléphone, les journalistes de l’équipe.
La pratique de leur métier au quotidien
et le partenariat avec les journalistes
européens, leur permet d’améliorer leurs
compétences professionnelles et de
répondre aux standards journalistiques.
• À ce jour, plus de 200 journalistes
africains ont déjà travaillé avec Syfia et
ont souvent trouvé des emplois grâce
aux compétences acquises au sein de
l’agence.
Le tutorat
• Depuis trois ans, les bureaux africains
de Syfia transmettent leur expérience
aux jeunes journalistes des rédactions
locales.
• Ceux-ci travaillent avec des journalistes
de Syfia à la réalisation d’enquêtes et de
reportages pour leur journal apprenant
ainsi leur métier, sur le terrain.
FormAction : le site de formation à
distance de Syfia
• En 2004, Syfia a mis sur pied un site de
formation «rapprochée à distance»
destiné aux journalistes africains
particulièrement ceux qui, éloignés des
capitales, bénéficient rarement de
formations et de stages.
• FormAction est accessible depuis
n’importe quel cybercafé. Il permet aux
journalistes de suivre des modules de
formation conçus spécialement pour
eux, tout en étant suivis individuellement
par un tuteur.
• FormAction, c’est aussi un espace
d’échanges entre journalistes et un
espace de rédaction individuel facilitant
le travail de ceux qui manquent
d’équipement.
• Ce site offre la possibilité aux rédactions
ou aux réseaux de journalistes de former
leurs rédacteurs en appliquant en même
temps directement les connaissances
acquises.
Syfia : l’agence école
• Pour Syfia, la formation se fait sur le
terrain ; elle est donc indissociable de la
production. Ses différents programmes
partent de ce principe et privilégient les
apprentissages pratiques de longue
durée plutôt que les stages de formation
théoriques ponctuels.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Contact :
SYFIA International
20, rue du Carré du Roi
34 000 Montpellier - France
Tél : +33 (0)4 67 52 79 34
Fax : +33 (0)4 67 52 70 31
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39
Laurent Huber, Francis Thompson et Sylviane Ratte
La Convention-cadre pour la lutte
anti-tabac : espoir pour l’Afrique ?
Fait plutôt rare dans le système
onusien, l’idée d’un traité international
pour contrer le tabagisme est passé du
rêve à la réalité en quelques années.
Entre 2000 et 2003, la grande majorité des
pays membres de l’Organisation
Mondiale de la Santé se sont mis
d’accord sur le texte d’une Conventioncadre de lutte anti-tabac (CCLAT) pour
freiner l’épidémie tabagique, notamment
dans les pays en voie de développement.
Dans l’année qui a suivi l’adoption de la
CCLAT, 168 États l’ont signée et ayant
obtenu bien plus que le nombre
minimum de ratifications nécessaires, la
CCLAT est entrée en vigueur le 25 février
2005.
Les principales mesures contenues dans
la Convention :
• Interdiction de la publicité du tabac, et
en particulier de la publicité
transfrontalière, sauf dans les rares
pays où une telle interdiction serait
contraire aux principes
constitutionnels ;
• Mises en garde sanitaires sur les
paquets de cigarettes, si possible au
moins sur le modèle canadien, c’est-àdire sur 50 % des faces principales du
paquet et avec des images ;
• Interdiction des appellations
trompeuses (« légères », « light », etc.) ;
Laurent Huber
Coordinateur
Alliance pour la Convention Cadre
Etats-Unis
Email : [email protected]
Francis Thompson
Analyste des politiques
Association pour les droits des non
fumeurs
Canada
Sylviane Ratte
Responsable programme tabac
Service Prévention – information dépistage
Institut national du cancer (INCa)
France
40
• Contrôle coordonné de la contrebande,
éventuellement par l’élaboration
ultérieure d’un protocole ;
• Protection contre le tabagisme passif
dans les lieux de travail, les transports
et les lieux publics ;
• Programmes de surveillance nationale,
régionale et mondiale du tabagisme ;
• Aide aux pays en développement pour
la mise en place de programmes
nationaux efficaces, bien que les
modalités de cette aide restent à
déterminer.
Au cours des pourparlers menant à
l’adoption de la CCLAT, les pays africains
ont surpris bien des observateurs en
constituant le bloc régional le mieux
coordonné et le plus résolu à dépasser
les simples déclarations de principe pour
en arriver à des mesures concrètes.
Dès la première réunion régionale
africaine, en 2001, les délégués des pays
francophones ont opté pour la solidarité
pan-africaine en déclarant d’emblée :
« La langue nous sépare, mais ne
permettons pas qu’elle nous divise ».
Ce front commun a tenu jusqu’à la fin,
malgré la présence au sein du groupe
africain de plusieurs pays fortement
dépendants de la culture du tabac.
D’ailleurs, par la force des choses, les
états francophones ont souvent dû faire
confiance à leurs collègues anglophones
pour veiller à leurs intérêts : en dépit du
fait que le françait avait statut de langue
officielle lors des négociations formelles,
les discussions informelles se
déroulaient généralement en anglais.
L’anglais était aussi la langue de travail
principale des ONG internationales et
une bonne partie de leur documentation
n’était disponible que dans la langue de
Shakespeare.
La coopération entre délégués africains
s’imposait pour une autre raison
pratique : par moments, les négociateurs
se répartissaient en plusieurs séances
parallèles, alors que bien des États
africains n’avaient pu envoyer qu’un seul
délégué à Genève. Les réunions du
groupe africain — qu’on a choisi d’ouvrir
aussi aux représentants des ONG
africaines — sont donc devenues une
source essentielle d’informations pour de
nombreux pays.
Difficultés sur le terrain
Signer un traité international implique
généralement une décision
gouvernementale au plus haut niveau et
des discussions entre plusieurs
ministères. Au delà de son contenu
concret, la CCLAT a déjà eu un impact
positif dans de nombreux pays,
puisqu’elle a forcé des ministères au
Bénin ou au Tchad par exemple qui ne
s’étaient jamais intéressés auparavant au
dossier du tabac à se pencher sur les
conséquences sanitaires des activités des
cigarettiers.
La CCLAT peut servir en quelque sorte
de modèle pour l’élaboration d’une
véritable politique nationale de contrôle
du tabagisme, tout en laissant une
flexibilité non négligeable à chaque état
de choisir les moyens et les outils qui lui
conviennent.
Cependant, avant qu’elle n’ait force de loi
dans un pays donné, la Convention doit
aussi être ratifiée. Les considérations
économiques à court terme, comme la
peur de perdre des usines ou des
revenus provenant des taxes sur le tabac,
prennent alors souvent le dessus. Il faut
donc convaincre les ministères à
vocation économique que le contrôle du
tabagisme est non seulement bénéfique
pour la santé de la population, mais
aussi rentable pour le trésor public, ceci
dans un contexte où l’industrie du tabac
active particulièrement sa machine de
désinformation systématique auprès des
décideurs sur les retombées
économiques des politiques anti-tabac.
Mots clés
• CCLAT
• tabac
• Afrique
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Quel espoir pour l’Afrique ?
Que ce soit parce qu’on a fini par
prendre l’appui des gouvernements
africains pour acquis ou parce qu’une
bonne partie de la littérature sur l’impact
économique du tabagisme est
introuvable en langue française, les
ratifications se font pour le moment très
rares en Afrique francophone : en juillet
2005, seuls quatre États sur 30 avaient
ratifié la Convention.
Un obstacle supplémentaire à la
ratification est sans doute le manque de
ressources financières pour la mise en
place de programmes nationaux de lutte
anti-tabac, telle que préconisée par la
CCLAT. Les agences de coopération
internationale ont finalement compris
l’importance d’investir dans la
prévention et le traitement du SIDA, mais
le contrôle du tabagisme est encore
perçu par la grande majorité des agences
comme un luxe que seuls les pays
industrialisés peuvent s’offrir.
Il faudra sans doute encore plusieurs
années de négociations et de travail de
sensibilisation avant d’en arriver à des
mécanismes de financement permettant
aux pays africains de mettre en œuvre
tous les éléments de la Convention.
Malheureusement, le fait qu’aucun
système de financement ne soit encore
en place risque d’avoir un effet pervers.
La Conférence des Parties, qui aura à
décider des formes que devra prendre la
« coopération technique », ne sera
composée que des pays ayant déjà ratifié
la Convention. Si les pays pauvres
hésitent à la ratifier en l’absence de
financement, la Conférence des Parties
sera forcément dominée par les pays
riches, pour lesquels l’aide technique
aux pays en développement n’est pas
toujours une priorité.
Le rôle-clé de la société civile
La question financière est importante,
mais la suite des événements en Afrique
francophone dépend sans doute plus de
la capacité des intervenants à continuer
de mobiliser la société civile en faveur
du contrôle du tabagisme. Dans plusieurs
pays, un nombre limité de personnes au
sein des ONG, disposant de très peu de
ressources, a réussi en peu de temps à
transformer la donne politique en
matière de tabac. Il y a quelques années,
par exemple, qui aurait pensé que les
médias au Niger se mettraient à publier
de longs dossiers sur le problème du
tabagisme ou encore qu’une action en
justice permettrait de faire stopper une
campagne de publicité pour les
cigarettes ?
Le rôle de l’Alliance pour
la Convention Cadre (FCA)
Il s’agit désormais de continuer à œuvrer
sans relâche et de faire en sorte que
l’énergie de la campagne de mobilisation
internationale autour des sessions de
négociations qui a permis d’aboutir à ce
premier traité international de santé
publique, soit aujourd’hui déployée à
l’échelon national dans tous les pays
pour sa ratification.
La négociation de la CCLAT a servi de
point de ralliement des ONG africaines et
a également permis d’établir ou raffermir
des liens avec la société civile dans
d’autres régions du monde.
Rassemblées par l’Alliance pour la
Convention Cadre (FCA) les ONGs ont pu
bénéficier du soutien des membres et
des organisateurs de cette structure qui a
pour mission de promouvoir et de
soutenir un réseau mondial pour la
coordination internationale des
campagnes de lutte anti-tabac, le
développement des capacités et des
compétences en matière de contrôle du
tabac en particulier dans les pays en
développement et d’être une sorte de
« chien de garde » de la CCLAT.
L’Alliance pour la Convention Cadre a pu
et a su développer avec le soutien
technique du réseau Globalink de l’Union
Internationale Contre le Cancer, une
véritable communauté activiste
internationale autour de la CCLAT. L’atout
majeur est que des individus auparavant
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
isolés dans leur pays bénéficient
désormais des connaissances, des alertes
et du soutien de centaines de personnes
dispersées dans toutes les régions du
monde ainsi que d’outils qui permettent
une mobilisation rapide par voie de
pétitions lorsque les pouvoirs publics
sont hésitants ou ont besoin d’être
encouragés, voire remis sur la bonne
voie.
D’autre part les réunions physiques de
l’Alliance pour la Convention Cadre et les
différents ateliers organisés par celle-ci
ont permis à de nombreux individus de
faire connaissance et de se faire
confiance. Il est donc plus facile
aujourd’hui de se tourner vers des
individus ou organisations membres de
cette Alliance pour trouver l’expertise ou
l’expérience pertinente dans un des
domaines du contrôle du tabac et de la
CCLAT.
De tous les continents, c’est l’Afrique qui
a certainement le plus à gagner d’une
CCLAT qui fonctionne bien, notamment
l’Afrique francophone relativement en
retard dans le contrôle du tabac.
Une des difficultés réside dans la
capacité du réseau mondial à soutenir
plus particulièrement un groupe de pays
francophones un peu isolés du
mouvement général qui communique en
anglais. La langue est un obstacle. Les
personnes qui manient les deux langues
peuvent et doivent servir de passerelles.
Elles sont aujourd’hui trop peu
nombreuses ou n’ont pas le temps de
s’impliquer davantage dans des exercices
de traduction.
Des moyens doivent être mis en place
pour faciliter l’accès aux données en
langue anglaise et pour permettre de
diffuser les expériences des pays
francophones. Dans un monde qui
communique de plus en plus vite, cet
obstacle linguistique doit être levé afin
de ne retarder ni la ratification de la
CCLAT ni la mise en place de
programmes efficaces de contrôle du
tabac dans les pays d’Afrique
francophone.
41
La Convention Cadre pour la Lutte Antitabac de l’OMS, le premier
traité international de santé au monde, est entrée en vigueur
Le 27 février 2005 est une date historique dans
l’Histoire de la Santé mondiale : l’entrée en force de la
Convention Cadre pour la Lutte Anti-Tabac de
l’Organisation Mondiale de la Santé (CCLAT).
L’Union internationale de Promotion de la Santé et
d’Éducation pour la Santé, UIPES, félicite les plus de 70
pays qui ont ratifié ce traité jusqu’ici, en participant
ainsi à la lutte mondiale contre la maladie et la mort
évitables causées par l’épidémie du tabac. La CCLAT
représente un outil de base pour les pays dans la mise
en œuvre d’une législation efficace pour le contrôle du
tabac et pour diminuer l’expansion de la puissante
industrie du tabac, ses mensonges et sa publicité
sournoise dirigée vers les jeunes.
La Cinquante-sixième Assemblée mondiale de la Santé
a adopté à l’unanimité, en mai 2003, la CCLAT de
l’OMS. La CCLAT était ouverte aux signatures jusqu’au
29 juin 2004. A cette date, on comptait 168 signataires
(dont la Commission Européenne). Les quarante
premières Parties du traité sont : l’Arménie, l’Australie,
le Bangladesh, le Bhoutan, le Brunéi Darussalam, le
Canada, Fidji, la France, le Ghana, la Hongrie, les Îles
Cook, les Îles Salomon, l’Islande, l’Inde, le Japon, la
Jordanie, le Kenya, Madagascar, les Maldives, Malte,
Maurice, le Mexique, la Mongolie, le Myanmar, Nauru, la
Norvège, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, Palaos,
Panama, le Qatar,la République arabe syrienne, SaintMarin, les Seychelles, Singapour, la Slovaquie, le Sri
Lanka, la Thaïlande, Trinité-et-Tobago et l’Uruguay.
Depuis le 30 novembre 2004, d’autres pays ont déposé
leur instrument de ratification ou son équivalent.
Cette loi comprend, entre autres, deux mesures
principales qui ont fait leurs preuves dans la réduction
du tabagisme et diminuer ainsi le taux de souffrance et
de morts prématurées qu’il entraîne : une interdiction
totale de toute forme de publicité directe et indirecte
pour le tabac et des avertissements sur la santé (surtout
sous forme d’images représentant des maladies liées au
tabac) qui doivent couvrir au moins 30 % des surfaces
Préambule à la
Déclaration de Montréal
principales des paquets de cigarettes. Ce traité fournit
aussi aux pays des indications claires pour des politiques
de protection de la fumée de tabac, le système de
taxation, la régulation des produits de tabac et des
mesures pour combattre la contrebande de cigarettes.
L’Organisation Mondiale de la Santé estime que l’usage
du tabac tue 5 millions de personnes chaque année. À
ce rythme, ce chiffre atteindra 10 millions par an en
2030, dont 70 % de ces morts concerneront les pays
en développement. Pour enrayer une telle épidémie, les
pays sont encouragés à aller au-delà des mesures
minimales préconisées par la CCLAT. Ces mesures
réduiront la souffrance humaine aussi bien que les
coûts des soins de santé des pays.
Nous félicitons les pays qui ont ratifié la CCLAT,
démontrant ainsi leur engagement envers la santé
publique. Nous enjoignons les autres pays à se joindre
à nous.
Pour plus d’information : www.fctc.org
DÉCLARATION DE MONTRÉAL SUR LE CONTRÔLE DU TABAC
18 septembre 2002
La Déclaration de Montréal a été conçue comme une charte de
la lutte contre le tabac dont l’ensemble des pays francophones
pourraient s’inspirer dans leurs activités visant la réduction du
tabagisme au cours des prochaines années.
Elle a été rendue publique le dernier jour de la 1ère Conférence
internationale francophone pour le contrôle du tabac (18
septembre 2002), tant auprès des quelques 400 participants
que des médias.
Le moment le plus étonnant et le plus émouvant a sans aucun
doute été la salve d’applaudissements aussi nourris
qu’inattendus qui a suivi la lecture de la Déclaration de
Montréal, faite par le docteur Marcel Boulanger, président du
Comité scientifique international, responsable de la rédaction de
la déclaration.
Au terme de cette longue ovation, le docteur Boulanger, l’un
des pionniers de la lutte antitabac au Québec, encore sous le
coup de l’émotion, confia à l’assistance qu’il n’aurait jamais
pensé, même dans ses rêves les plus fous, être témoin d’un tel
événement. Il se sentait comme le vieillard Siméon qui s’était
exclamé alors qu’il prenait l’enfant Jésus dans ses bras :
« Maintenant Seigneur, ta promesse s’est réalisée ; tu peux
laisser mourir ton serviteur en paix. »
Il conclut, cependant, avec humour qu’il était certes le témoin
privilégié d’un moment unique, mais pas prêt immédiatement
pour autant pour une destinée plus... céleste.
Louis Gauvin, Coordonnateur
Coalition québécoise pour le contrôle du tabac
E-mail : [email protected]
42
Nous, spécialistes du contrôle du tabagisme du monde francophone, réunis à Montréal, avons conclu que la
lutte contre le tabagisme passe obligatoirement par une solution politique. L’industrie du tabac, en
propageant la dépendance au tabac à travers le Monde, constitue le vecteur de cette épidémie qui tue 4
millions de personnes par année. Nous réclamons la mise en place d’une politique globale qui inclut un
encadrement rigoureux de l’industrie du tabac.
L’État a la responsabilité de modifier les éléments de l’environnement social, créés en grande partie par
l’industrie du tabac, qui rendent nos concitoyens vulnérables à l’épidémie tabagique. Les gouvernements
doivent de toute urgence mettre en place un ensemble efficace de mesures, notamment règlementaires et
fiscales, soutenu par un financement public permettant de contrôler l’épidémie et ses effets.
Il faut avant tout :
• Mettre fin à toute forme de promotion directe et indirecte de ce produit mortel, y compris le parrainage.
• Rendre le tabac moins accessible en augmentant les taxes et en maîtrisant la contrebande.
• Protéger les non-fumeurs de toute exposition à la fumée du tabac.
• Favoriser l’arrêt du tabagisme et rendre accessibles les aides au sevrage.
• Informer le public du contenu et des effets des produits du tabac.
Le tabagisme étant la source de l’enrichissement mondial des fabricants de cigarettes, leur opposition à ces
mesures est avérée et en fait l’adversaire principal à combattre. La solidarité des pays de la francophonie est
d’autant plus importante que les pays en voie de développement sont les nouvelles cibles des multinationales
du tabac.
Le Comité scientifique
1ère Conférence internationale francophone
sur le contrôle du tabac
Montréal - Québec - Canada
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Quel espoir pour l’Afrique ?
David Houéto et Charles Kassa
Vers une nouvelle stratégie de lutte
contre le tabagisme en Afrique
Le tabac est source de nombreuses
affections mortelles et d’appauvrissement
des populations qui en font usage (Vanoti
et al., 2002 ; Dautzenberg et al., 2001 ; Van
Audenhaege, 2000). Comme l’affirme si
bien la Directrice Générale de
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS),
le Dr Gro Harlem Bruntland (Mackay et
Eriksen, 2002) « le tabac est le plus grand
tueur, plus grand que n’importe quelle
autre forme de pollution ».
L’industrie du tabac innove tous les jours
en stratégies nouvelles pour faire avancer
sa domination et par conséquent son
intention délibérée d’exterminer le monde
(Piette, 2002 ; Landman et al., 2002). De
nos jours, la question n’est pas seulement
au niveau de ceux qui fument mais
également de ceux qui se trouvent dans
l’environnement immédiat des fumeurs ;
nous voulons nommer le tabagisme passif
(Coalition nationale contre le tabac, 2001 ;
Van Audenhaege, 2002). Ceci dit, la lutte
contre le tabac doit être menée par tous
ceux qui souhaitent vivre dans un
environnement sain et durable.
Il est important de reconnaître les
innombrables efforts entrepris par les
instances internationales et nationales se
préoccupant de la question (IUHPE, 1999 ;
WHO, 2000) à savoir : l’Organisation
Mondiale de la Santé (OMS), l’Union
Internationale de Promotion de la Santé et
d’Education pour la Santé (UIPES), le
Réseau Francophone International pour la
Promotion de la Santé (REFIPS),
l’Observatoire du Tabagisme en Afrique
(OTAF), les Centers for Disease Control
des États-Unis (CDC), Santé Canada, etc.
C’est dans ce cadre que l’UIPES, soutenue
par ses différents partenaires, a entrepris
David Houéto
Médecin, Nutritionniste et Promoteur
de la santé
ONG Santé Bénin
07 BP 1411 Cotonou Bénin.
Email : [email protected]
Charles Kassa
Sociologue Anthropologue
ONG Santé Bénin
Email : [email protected]
une analyse de la question du tabac afin
de trouver les méthodes justes, à même
d’aider à faire reculer ce fléau qu’est le
tabagisme. L’Union Internationale de
Promotion de la Santé et d’Education pour
la Santé (UIPES) en choisissant l’Afrique
comme la cible de ses actions, marque
ainsi son accord avec le constat actuel des
chercheurs et experts de la question du
tabagisme selon lequel l’industrie du tabac
a choisi comme nouvelle cible l’Afrique
pour faire avancer sa stratégie destructrice
de l’humanité (Lachance, 2002). L’UIPES
dans cette optique a organisé à Ouidah
(Bénin) les 3, 4 et 5 novembre 2002, un
séminaire de réflexion qui a regroupé des
professionnels des médias et de la santé
des pays francophones d’Afrique. Suite à
cet important événement et grâce au
succès qu’il a connu, de jeunes
professionnels en promotion de la santé
ont choisi de poursuivre les acquis afin de
faire avancer au Bénin la stratégie de lutte
contre le tabac.
Le tabagisme dans le monde
Le tabagisme a gagné le monde entier,
bien entendu de façon variable selon les
régions (Mackay et Eriksen, 2002). Au
moment où dans la population des
personnes âgées on peut observer des
abandons du tabagisme, c’est un
mouvement inverse que l’on observe au
niveau des jeunes et des adolescents dont
le taux va croissant (Martinet, 2002 ; Homl
et al., 2003). Par ailleurs, les femmes sont
de plus en plus identifiées comme de
grandes consommatrices du tabac. En
effet, Mackay et Eriksen (2002)
mentionnent que les femmes dans les pays
développés consomment le tabac dans
une proportion de 20 % et au delà. Dans
tous les cas, les jeunes filles et les femmes
constituent une cible privilégiée de
l’industrie du tabac. La plupart des
messages de promotion du tabac sont
orientés, souvent à grands frais, vers ce
public. Cette publicité est d’autant plus
efficace qu’elle touche des valeurs
sensibles de ces sujets en termes de
liberté, émancipation, minceur, prestige et
richesse (Mackay et Eriksen, 2002 ;
Schiaffino et al., 2003).
Pendant que les pays développés engagent
une lutte sans précédent contre l’industrie
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
du tabac (Lachance, 2002 ; Rathjen et
Gauvin ; Pettiaux, 2001 ; Baudier, 2001), les
pays en voie de développement – en
particulier l’Afrique – restent sans réaction.
L’industrie du tabac s’est alors tournée
vers l’Afrique avec des méthodes
dramatiques de propagande profitant
énormément de la situation de précarité
de ce continent (UIPES, 2002). Pour
plusieurs raisons, l’Afrique surtout celle
francophone connaît une situation jusque
là des moins avancées dans le domaine du
tabagisme. Mais force est de constater de
nos jours que suite à cette intensification
des stratégies mercatiques de l’industrie
du tabac (Déclaration de Montréal sur le
contrôle du tabac, 2002 ; Lachance, 2002),
on observe une augmentation significative
de la consommation du tabac dans la
population générale et en particulier au
sein des jeunes (Lachance, 2002). Mais au
même moment aucune disposition n’est
prise dans les pays africains francophones
pour contrer ce fléau qui se positionne sur
leurs territoires (UIPES, 2002 ; Lachance,
2002). Les autorités politiques ferment les
yeux sur les pratiques malsaines de
l’industrie du tabac allant du parrainage,
du sponsoring à la distribution de
cigarettes à travers les rues des villes et
campagnes des pays africains comme l’ont
rapporté les participants du séminaire de
l’UIPES sur « la crise croissante du
tabagisme en Afrique francophone »
(UIPES, 2002).
Il est heureux de constater que la
communauté internationale n’est pas
restée inactive face à cette avancée de
l’industrie du tabac.
Plusieurs actions sont menées
Plusieurs actions sont menées par
différents acteurs dans le but de freiner
l’allure de ce mal mondial. Nous
mentionnons entre autres la création par
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
du département « Initiative sans Tabac –
Mots clés
•tabac
•stratégie de lutte contre le tabagisme
•Afrique
43
Tobacco Free Initiative ») qui développe
depuis sa création plusieurs initiatives
dans le but de contribuer à libérer les
populations de l’emprise du tabac. Une
série d’action ayant des effets durables sur
le tabagisme a été identifiée par l’OMS en
collaboration avec la Banque Mondiale et
des experts en la matière (Mackay et
Eriksen, 2002) et qui est libellée comme
suit :
1. accroissement des taxes sur le tabac ;
2. interdiction de la publicité du tabac, le
parrainage et la mercatique ;
3. l’interdiction de fumer sur les lieux
publics et lieux de travail ;
4. large accès aux moyens d’abandon du
tabagisme ;
5. solide contre-propagande et
6. un contrôle étroit de la contrebande.
C’est dire que la destination de notre
action est connue et le chemin pour y
arriver est également connu. Il faut noter
que pour ces différentes dispositions le
rôle et l’engagement des Etats constituent
la pierre angulaire de l’efficacité de la lutte
contre le tabagisme. Il est aussi évident
qu’il reste beaucoup à faire et les
gouvernements en Afrique n’ont pas
encore toutes les ressources pour engager
cette lutte même si la volonté politique y
est par endroits. Si l’on veut une efficacité
dans la lutte contre le tabagisme surtout
au sein des jeunes, il faudra élaborer de
nouvelles stratégies pour accompagner les
campagnes de sensibilisation
traditionnelles a souligné le Dr Stanton
Glantz cité par H. Rathjen et L. Gauvin.
Comme dans beaucoup d’autres
situations, nous croyons au rôle
prépondérant que pourraient jouer les
Organisations Non Gouvernementales _
ONG dans la lutte contre le tabagisme en
Afrique en général et au Bénin en
particulier. C’est la raison qui sous-tend
l’initiative de quelques professionnels
béninois de la promotion de la santé
regroupés au sein de l’ONG « Santé Bénin »
dans l’élaboration d’un programme de
lutte anti-tabagique dont nous dévoilons ciaprès les principales rubriques.
Programme de lutte antitabagique de l’ONG « Santé
Bénin »
Notre lutte n’est pas dirigée contre les
personnes mais contre le tabac et toutes
les formes de sa promotion dans les
populations béninoises incitant à
l’adoption de comportements nuisibles à
la santé des utilisateurs ainsi que de ceux
de l’environnement immédiat surtout à
domicile et sur le lieu de travail.
De façon bien planifiée avec une
chronologie bien étudiée suivant les
principes de la promotion de la santé,
nous allons aborder les différentes
rubriques ci-après :
– Recherche-Action au démarrage de
l’action et tenue d’un fichier actualisé de
façon périodique permettant la mise à
disposition de données statistiques pour
évaluer effectivement l’ampleur de la
situation ;
– Élaboration de propositions de lois et
réglementations de lutte anti-tabagiques
à soumettre aux autorités compétentes
(Ministères Santé, Finance, Agriculture et
Education ; Parlement, Communes, etc.) ;
– Constitution d’un groupe de lobbying
(plaidoyer) pour soutenir l’adoption des
différentes lois et réglementations ;
– Actions intensives de contre-propagande
contre le tabagisme ;
– Actions intensives de communications
sociales utilisant les canaux les plus
pertinents selon les résultats de la
recherche formative dans chaque région
du pays ;
– Initiation de recherches
épidémiologiques et de promotion de la
santé relatives au tabagisme en milieu
africain béninois ;
– Suivi-évaluation des actions et recadrage
des actions.
L’impact de la promotion de
comportements sains face au tabagisme
dans le contexte béninois où les autorités
sont déterminées à soutenir des actions
concrètes est chose possible (UIPES,
2002).
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cours des années 1997/1999. Santé Publique,
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IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Quel espoir pour l’Afrique ?
Conclusion
Le tabagisme gagne du terrain, en
particulier en Afrique où les conditions
économiques et législatives sont favorables
à la promotion du tabac. Plusieurs actions
sont menées, mais elles ne sont pas toutes
efficaces. Quand bien même elles le
seraient, il faudra aller plus loin. Nous
devons regarder ce qui reste à faire plutôt
que de nous complaire dans ce qui a été
fait. (Marie Curie). Dans tous les cas, en
Afrique et au Bénin en particulier, il est
urgent de prendre le contrôle de ce fléau.
La volonté clairement affichée des
autorités politiques est dans ce cas un bon
indice si on se réfère aux différents
Remerciements
Nous tenons à remercier
particulièrement Madame MarieClaude Lamarre et son équipe, le
Professeur Albert Hirsch et Madame
Sylvianne Ratte pour la confiance
qu’ils nous ont faite et qui a été à la
base du succès du séminaire de
Ouidah.
Mokhtar Hamdi Cherif
Problématique du tabac en Afrique
francophone et perspectives
régionales de l’OTAF
Le problème du tabac est mondial et
politique. L’épidémie et la crise
croissante du tabagisme en Afrique sont
une menace pour la santé dans notre
continent, avec des répercussions socioéconomiques importantes dans les
prochaines années.
Environ 1,1 milliard de personnes fument
dans le monde et, d’ici à 2025, ce nombre
devrait dépasser 1,6 milliard. D’ici 2030,
10 millions de décès survenant dans le
monde seront associés au tabagisme,
pour la plupart dans les pays en
développement.
« L’industrie du tabac apparaît clairement
au cœur du développement de la
pandémie tabagique au XXe siècle. Les
cigarettiers ont, en particulier, fait du
tabac un produit de consommation de
masse, ouvrant à chaque fois de
nouveaux marchés : avant-hier les
hommes, hier les femmes et les jeunes,
aujourd’hui les pays en développement.
La stratégie est identique : accroître les
ventes, au prix d’un lourd fardeau pour
la santé des populations. »
Mokhtar Hamdi Cherif
Professeur en médecine préventive et
épidémiologie
Chef de service au CHU de Sétif, Algérie
Président de l’Observatoire du Tabac en
Afrique Francophone (OTAF)
Email: [email protected]
Les industries se tournent vers les pays
en développement et notamment en
Afrique pour compenser leurs pertes de
marché au Nord, au moment où la
demande recule dans ces pays.
La stratégie cynique de l’industrie cible
l’Afrique comme son plus fort potentiel de
développement, avec une croissance de la
consommation escomptée de 16 % pour la
prochaine décennie, selon l’Atlas du tabac
dans le monde de l’OMS.
Les importations frauduleuses de
cigarettes se développent de plus en plus
dans les pays africains, avec une
contrebande bien structurée en Afrique.
Les cigarettes de contrebande sont
encore plus toxiques avec des taux de
nicotine et de goudron très élevés.
Le parrainage et la publicité directe et
indirecte se développent sous toutes leurs
formes,avec une prolifération de messages
publicitaires agressifs ciblant les
populations africaines avec cynisme,
manipulation, complicité dans la
contrebande, non respect des lois, en
exploitant tous les thèmes pour
promouvoir le tabac auprès des
populations cibles (jeunes, femmes, les
plus pauvres). L’industrie du tabac recrute
chaque jour de nouveaux fumeurs en
Afrique pour remplacer ceux qui meurent.
Ce sont environ ces 8 fumeurs sur 10 qui
ont commencé avant 18 ans qui
représentent l’avenir de l’industrie.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Il était impératif de mettre en place un
Observatoire du Tabac en Afrique
Francophone (OTAF) pour resituer la
problématique africaine du tabac,
contribuer au développement de la
francophonie en Afrique, faire connaître
partout dans le monde ses besoins, ses
initiatives, ses actions et lutter
efficacement contre le tabac et les
pratiques de l’industrie.
Une année après la mise en place de
l’OTAF à Bamako grâce à l’effort de tous
ses membres et le soutien de la Ligue
nationale contre le cancer de France et
l’Union Internationale Contre le Cancer,
l’Observatoire du tabac en Afrique
Francophone a été enfin lancé
officiellement à Niamey en décembre
2002.
Rôle et mission
L’OTAF est un organe indépendant qui a
pour mission de recueillir, traiter et
diffuser des informations sur tous les
aspects du tabac afin de susciter et de
soutenir des actions de santé publique.
Mots clés
•OTAF
•tabac
•Afrique
45
C’est un centre de référence pour
l’Afrique Francophone. Il sert de conseil
technique pour les pouvoirs publics sur
les différentes thématiques du tabac. Les
travaux de l’OTAF sont attendus pour
renseigner les pouvoirs publics sur les
mesures les plus efficaces pour lutter
contre le tabac.
L’OTAF se doit de promouvoir les actions
de protection de la santé des jeunes et
des non-fumeurs, d’information sur les
méfaits du tabac et des pratiques de
l’industrie du tabac.
Il est l’espoir d’organiser une lutte fondée
sur des données solides et scientifiques et
de qualité. L’OTAF est le seul organe
d’Afrique Francophone de surveillance de
l’épidémie du tabac et des pratiques et
des agissements de l’industrie du tabac.
Nos engagements et nos actions
de Ouidah 2002 à Sétif 2004
• Reconnaissance juridique de l’OTAF au
Niger
• Recueil des données sur la santé,
l’économie, la législation et la
réglementation dans les pays d’Afrique
francophone
• Diffusion de l’information par le bulletin
de l’OTAF
• Vigilance pour le respect des législations
en vigueur et actions en justice
Deux procès gagnés par SOS tabagisme
Mali en janvier 2000 et SOS tabagisme
Niger à Niamey en décembre 2002
• Actions individuelles contre les
cigarettiers, dans le cadre de la
prévention jeunes, par les associations :
Visa Ile Maurice, MNCC Cameroun, MAT
Sénégal, ACONTA Burkina, ATLAT Togo,
ADC Tchad.
• Réalisation du site Internet de l’OTAF en
collaboration avec Globalink
http://otaf.globalink.org.
Il existe très peu d’informations en
français. L’objectif est d’une part de
traduire les informations existantes en
anglais, et d’autre part d’aller aux sources
d’informations dans les pays d’Afrique
francophone pour un recueil fiable des
données sur l’impact sur la santé, les
comportements tabagiques, les données
sur l’économie, l’industrie, l’agriculture,
la législation, la fiscalité, la publicité, la
contrebande et les actions de lutte contre
le tabac.
• Action en faveur de la Convention cadre
pour la lutte anti-tabac de l’OMS.
L’OTAF à travers certains de ses membres
a participé activement au processus de
46
négociations de la CCLAT. Après
l’adoption de cette convention, les têtes
de réseaux dans tous les pays membres
ont engagé des actions pour la signature
et la ratification de cette convention. Une
sensibilisation des parlementaires et
ministres est en cours.
• Participation avec les ONG aux
négociations de la CCLAT à Genève
• Organisation de manifestations
scientifiques
Organisation à Sétif du premier forum
international algérien sur le cancer qui a
reçu la délégation française et africaine
composée de membres du comité
francophone, de l’UICC, d’experts de la
lutte contre le tabagisme (OTAF et Ligue
nationale française contre le cancer) et de
la chargée de mission de l’Alliance
Mondiale Contre le Cancer.
• Formation des professionnels de la santé
Un atelier de formation a été organisé
durant le forum de Sétif pour le personnel
paramédical algérien
• Diffusion de témoignages des victimes
du tabac
Réalisation d’un film à partir de
témoignages de victimes du tabac diffusé
en milieu du travail et universitaire en
Algérie
• Actions d’aide à l’arrêt du tabac
L’expérience de Sétif devenue nationale
s’est élargie à la Tunisie
• Publications
Les membres de l’OTAF ont publié des
articles dans différentes revues,
notamment dans la revue Sevrage
Tabagique Pratique No 4 décembre 2003 ;
article sur le sevrage tabagique dans la
revue d’Éducation pour la Santé « La
Santé de l’homme » ;
un article, sur tabac et pauvreté au Niger
dans la même revue.
Succès enregistrés
L’OTAF est aujourd’hui le centre de
référence en matière de lutte contre le
tabac en Afrique Francophone, partenaire
dans plusieurs projets avec la Ligue
nationale contre le cancer (France),
l’UICC, l’UIPES et la FCA. Ce succès a été
couronné par un trophée décerné par
l’Organisation Mondiale de la Santé et un
diplôme de reconnaissance signé par la
directrice générale de l’OMS en 2003.
Mobilisation internationale
Les membres de l’OTAF ont participé
activement à la mobilisation francophone
et internationale sur le contrôle du tabac
notamment dans l’organisation des
Conférences internationales
francophones sur le contrôle du tabac
(CIFCOT 1 et CIFCOT 2) et dans sa
participation à la Conférence Mondiale
sur le Tabac ou la Santé, à Helsinki, en
août 2003.
Nos actions en cours et à venir
• Réalisation d’une monographie des
pays de l’OTAF, avec un inventaire
des données sur le tabac en Afrique
francophone
• Réalisation d’études et
d’investigations sur le déploiement en
Afrique de l’industrie du tabac, de ses
agissements (contrebande,
recrutement des jeunes…)
• Sensibilisation de l’opinion publique
internationale, régionale et nationale
aux agissements de l’industrie du
tabac avec une synergie médiatique
• Développement de modèles de
législations tabac pour l’Afrique
francophone et de plaidoyers pour
l’adoption de ces cadres
réglementaires (CCLAT)
• Développement d’un programme de
soutien et de conseil auprès des
pouvoirs publics
• Traductions de documents importants
• Élaboration de supports de diffusion
(rapports, vidéo, galerie photo)
• Développement et maintenance du
site Internet de l’OTAF.
• Promotion du renforcement des
compétences entre le Maghreb et
l’Afrique sub-Saharienne.
Dans une perspective à long
terme
Mettre en place une stratégie complète
de lutte contre le tabagisme en
mobilisant les associations et les médias
pour une véritable dé-normalisation du
tabac dans les sociétés africaines.
Conclusion
La connaissance des dangers du tabac et
de son coût social nous amène
aujourd’hui à proclamer qu’il est
inadmissible que l’industrie du tabac,
sans scrupule, réplique aujourd’hui dans
les pays pauvres ce qu’elle ne peut plus
faire dans les pays riches. L’industrie du
tabac a une longueur d’avance sur les
défenseurs de la santé publique. Les
solutions sont certes politiques, mais la
prise de conscience et l’engagement de
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Quel espoir pour l’Afrique ?
tous les représentants de la société civile
peuvent changer l’acceptabilité sociale
du tabac et inverser l’image positive de
celui-ci.
L’OTAF représente l’espoir de commencer
à organiser une lutte antitabac en se
fondant sur des preuves scientifiques et
de qualité. L’OTAF est désormais présent
en Afrique francophone, et mobilisé pour
resserrer l’étau sur l’industrie du tabac,
en utilisant efficacement l’outil juridique
fourni par la CCLAT.
Rym Ben Zid
Tunisie : projet pilote de reconversion
d’exploitations agricoles cultivant du tabac
en cultures diversifiées
La culture de tabac est une culture
faiblement répandue en Tunisie puisque
la superficie totale consacrée, au niveau
national, à cette culture est de 3640
hectares. Le tableau 1 présente les
superficies consacrées à la culture de
tabac par Gouvernorat 1.
La culture de tabac est surtout présente
dans les zones marginales du Nord Ouest
du pays. Depuis le début du XIX siècle,
cette culture est présente dans ces zones
et a permis aux tribus Khmirs2 de se
procurer des disponibilités financières
par la vente du tabac. De plus, du fait de
la proximité de l’Algérie, le tabac, dans la
région des Mogods-Khroumirie3, a été
l’objet d’échanges transfrontaliers, entre
les tribus algériennes et les tribus khmirs.
Actuellement, 83 % de la superficie
consacrée au tabac est localisée dans le
massif montagneux et forestier des
Mogods-Khroumirie (Gouvernorats de
Béja, de Bizerte et de Jendouba). Cette
culture est pratiquée généralement dans
de petites exploitations aux ressources
naturelles et aux moyens financiers
limités, disposant d’une pléthore de
main-d’œuvre familiale.
La culture du tabac est pratiquée sous
contrat avec la Régie Nationale des
Tabacs. Cette dernière détient un
monopole sur l’achat du tabac. Des
Rym Ben Zid
Ingénieur agronome
Association tunisienne contre le cancer
Immeuble SNIT - Boulevard 9 avril
BP 173
1006 Tunis
Tél. : 216 98 638 640
Email : [email protected]
contrats sont établis au début de chaque
campagne agricole entre les agriculteurs
et la Régie des tabacs : les agriculteurs
communiquent à la Régie la superficie
qu’ils prévoient de planter en tabac.
La Régie leur fournit sous forme d’avance
en nature les engrais et des machines
agricoles pour le travail du sol. Cette
avance en nature est déduite du montant
de la vente de la production de tabac
livrée au début de la campagne agricole
suivante par les producteurs à la Régie.
Les variétés cultivées sont des variétés
dont les feuilles sont riches en goudron.
Il existe deux marques de cigarettes
principales :
– la marque 20 mars : les cigarettes de
cette marque sont composées de tabac
local à proportion de 5 %,
– la marque Halouzi : les cigarettes de
cette marque sont composées de tabac
local à proportion de 25 %.
Il ressort donc que la proportion du
tabac produit localement dans la
composition des cigarettes tunisiennes
est peu élevée. Dans la composition de
ces cigarettes, la part du tabac importé
est beaucoup plus importante que la part
du tabac produit localement.
Le tabac à priser ou Nafa est à base du
tabac produit localement.
Les conditions édaphiques et climatiques
tunisiennes sont peu favorables à la
culture de tabac : pour avoir du tabac de
bonne qualité, il faut avoir un temps
chaud et humide ce qui n’est pas le cas
en Tunisie. La chaleur et le manque
d’humidité entraînent une augmentation
de la transpiration au niveau des feuilles
et un développement des nervures. Ce
dernier phénomène a un effet négatif sur
la qualité du tabac.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Tableau 1
Superficie consacrée
à la culture de tabac
par Gouvernorat
Gouvernorat
Nabeul
Bizerte
Béja
Jendouba
Kairouan
Sidi Bou Zid
Gafsa
Gabès
Total
Superficie
en hectares
270
1530
530
950
70
120
30
140
3640
Du fait de la faible part de la superficie
agricole consacrée à cette culture, du bas
niveau de production et du nombre
réduit d’agriculteurs s’adonnant à cette
activité, la culture de tabac ne constitue
pas un enjeu économique important en
Tunisie.
Méthode et étapes de travail
L’idée de ce projet a émergé dans le
cadre de discussions des responsables
de la Ligue tunisienne contre le cancer.
L’étude de sa faisabilité puis sa
réalisation ont été confiées à un
ingénieur agricole. Un groupe de pilotage
comprenant des épidémiologistes,
cancérologues et d’autres acteurs de la
Mots clés
• reconversion
• culture du tabac
• Tunisie
47
lutte contre le tabagisme tunisien et
français a aidé, soutenu et évalué le
déroulement du projet. Cette première
étape a abouti à la rédaction d’un
protocole de travail comprenant :
l’analyse du contexte
le choix des exploitants
l’aménagement des exploitations
le suivi des réalisations.
Les bénéficiaires du projet ont participé
à toutes les étapes d’identification et de
réalisation du projet, y compris au
processus de décision et au financement
de certains aspects de sa réalisation.
1. Analyse du contexte
agro-socio-économique
des exploitations
1.1 – Contexte géographique
Les exploitations bénéficiaires du projet de
reconversion sont localisées dans une
zone frontalière algéro-tunisienne (zone de
Ain Sdira, Ouled Sdira, secteur de
Babouch, Délégation de Ain Draham,
Gouvernorat de Jendouba). Cette zone est
située au centre du massif forestier et
montagneux des Mogods-Khroumirie.
La principale activité, dans la zone est
l’agriculture : il existe peu d’opportunités
d’emploi en dehors de l’agriculture à
l’exception du secteur touristique sur la
zone côtière située au Nord de
l’exploitation (Tabarka).
Il y a, dans la zone du projet, une forte
pression sur les ressources naturelles (et
notamment sur le foncier) : la densité de
population dans la Délégation de Ain
Draham est élevée, de l’ordre de 120 à 125
habitants par km2.
1. 2 - Les systèmes de production
présents dans les exploitations
bénéficiaires se caractérisent par :
– le fait que les superficies exploitées sont
très limitées de l’ordre de 5 à 6 hectares
par exploitation et que le foncier est très
morcelé : ainsi, chaque exploitant
exploite au minimum 4 à 5 parcelles qui
sont éloignées les unes des autres,
– la présence d’une association entre
élevage et agriculture. Les principaux
élevages ont des élevages d’ovins et de
caprins. La culture principale dans la
zone est celle du tabac mais il existe des
superficies limitées consacrées aux
cultures vivrières (pomme de terre,
oignon, tomate, piment…),
– Un capital d’exploitation limité :
certaines de ces exploitations pratiquent
la culture attelée, rares sont celles qui
ont des moyens de transport rapides et
48
donc une intégration au marché limitée
du fait que ces exploitations sont situées
dans une zone enclavée.
– Le fait qu’une bonne partie des travaux
agricoles se fait manuellement : semis
de l’orge ou du blé, fauche du foin,
désherbage, et que c’est la force de
travail familiale qui est utilisée pour
réaliser les différentes opérations sur ces
exploitations……
– Enfin, que les Chefs d’exploitation sont
obligés d’aller chercher des opportunités
d’emploi à l’extérieur de leur
exploitation car les ressources
disponibles sur l’exploitation ne
permettent pas d’améliorer le niveau de
vie de la famille.
1. 3 - Les contraintes
Sur la base des discussions menées avec
les exploitants bénéficiaires, il a été
possible d’identifier les contraintes
principales au développement de la zone.
– La première contrainte est la
prolifération des sangliers dans la zone
périphérique forestière des exploitations.
Les sangliers prolifèrent d’autant plus
dans cette zone qu’il est interdit de
chasser dans les zones frontalières.
Le sanglier provoque des dégâts
importants sur toutes les cultures sauf
sur la culture de tabac4.
– Les exploitants pensaient être contraints
de cultiver du tabac afin de protéger
leurs autres cultures.
– la deuxième contrainte est l’absence
d’un moyen efficace pour contenir les
assauts des sangliers. En effet, les
parcelles proches des habitations sur les
exploitations sont clôturées. Cependant,
ces clôtures sont sommaires puisqu’elles
sont constituées de branchages. Les
exploitants5 sont obligés de refaire cette
clôture chaque année, ce qui est très
coûteux en temps de travail.
– la troisième contrainte est l’absence de
moyens financiers pour
l’approfondissement des puits présents
sur les exploitations, la remontée de
l’eau pour développer des cultures
irriguées à forte valeur ajoutée et pour la
construction de clôtures autour des
parcelles exploitées6.
2. Le choix des exploitants
bénéficiaires du projet
Le premier exploitant s’est porté
volontaire. Le premier bénéficiaire a
sélectionné les 2e, 3e et 4e agriculteurs
bénéficiaires sur la base des critères
identifiés conjointement à savoir : le
bénéficiaire devait avoir une source de
revenu autre que l’agriculture, le
bénéficiaire devait être travailleur et
sérieux.
Le 1er agriculteur bénéficiaire est âgé de
près de 60 ans et semble être respecté
dans la zone. De plus, il a une bonne
connaissance des habitants de la zone.
Les 3 autres agriculteurs choisis ont des
liens familiaux avec le 1er agriculteur
bénéficiaire.
Pour chacun des quatre projets identifiés,
une enquête a été réalisée, dans la zone,
auprès de l’agriculteur bénéficiaire. Lors
de cette enquête, il y a eu visualisation
des parcelles de l’exploitant. Puis, un
entretien semi-directif a été réalisé
auprès de l’exploitant concerné. Au
cours de cet entretien, différents thèmes
ont été abordés pour l’établissement du
diagnostic de la situation agricole de
l’exploitation, l’identification des
contraintes entravant le développement
de l’exploitation, la formulation de
propositions concrètes pour lever ces
contraintes au développement et pour
permettre la reconversion de
l’exploitation productrice de tabac.
Un rapport de cette première phase
comprend le diagnostic de la situation
agricole de l’exploitation, les contraintes
au développement, les différentes actions
de développement préconisées et leur
dimensionnement et le coût total du
projet.
3. Aménagement
des exploitations
Trois aménagements principaux ont été
réalisés : clôture, puits, plants.
La réalisation des différents projets à été
progressive, le premier projet de
reconversion démarré en juin 2001. C’est
l’action d’installation de la clôture qui a
pris le plus de temps. La gestion de la
réalisation du premier projet a été assez
souple dans le sens où la responsable du
projet a essayé d’impliquer l’agriculteur
et de le responsabiliser. Par exemple, le
responsable du projet et l’agriculteur ont
contacté conjointement les fournisseurs
(notamment pour les achats coûteux
comme le grillage et la motopompe) et se
sont mis d’accord sur le type de
matériaux ou matériels à acheter : le
projet a été notamment retardé de
quelques semaines car le fournisseur
contacté ne pouvait fournir que du
grillage d’une hauteur de 1,5 m alors que
l’agriculteur désirait un grillage d’une
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Quel espoir pour l’Afrique ?
hauteur de 2 m.
L’agriculteur devait prendre l’initiative
d’acheter lui-même les matériaux dont il
avait besoin et dont les coûts n’étaient
pas très élevés (ciment, gravier, fer,
piquets, ruches….) sachant que ces
dépenses seraient remboursées sur
présentation de factures.
La participation financière de
l’agriculteur au projet s’est faite sous
forme de journées de travail. Pour
l’installation de la clôture et l’action de
plantation des oliviers, l’agriculteur a eu
recours à de la main d’œuvre extérieure
non remboursée en totalité.
L’approvisionnement en matériaux de
construction (gravier, ciment, fer..) a été
réalisé localement dans la localité de
Tabarka, en piquets, grillage, motopompe
et tuyaux dans la ville de Béja.
Le suivi du projet
Le deuxième projet de reconversion a
démarré en juin 2002 et s’est achevé en
juin 2003. La réalisation et le suivi du
projet ont été conduits de la même façon
que dans le cas du premier projet.
Cependant, le 1er agriculteur a été
impliqué dans la réalisation du 2e projet
de reconversion, notamment en ce qui
concerne la construction de la clôture7.
Le 1er agriculteur a prêté de l’argent au 2e
agriculteur notamment pour qu’il puisse
acheter les matériaux (ciment, gravier,
fer…) nécessaires à la construction de la
clôture. Il a loué au 2e exploitant son
moyen de transport pour qu’il puisse
aller acheter des plants d’oliviers dans
une localité éloignée d’une centaine de
kilomètres de la zone.
Les 3e et 4e projets de reconversion ont
été réalisés et suivis de la même manière
que les deux projets précédents.
Cependant, il apparaît que le 1er
agriculteur s’est impliqué encore plus
dans le processus notamment en
finançant l’achat de piquets pour le
compte du 4e exploitant bénéficiaire.
Le 3e agriculteur bénéficiaire qui a une
source de revenu alternative et régulière
a lui-même prêté de l’argent au 4e
agriculteur bénéficiaire et un contrôle
social s’est opéré : en effet, les 1er et 3e
agriculteurs ont très fortement encouragé
le 4e bénéficiaire pour l’inciter à avancer
les travaux. Compte tenu du fait qu’il a
des moyens limités, le 4e essayait de
régler ses problèmes de survie
quotidiens plutôt que de se concentrer
sur l’organisation des travaux pour la
construction des clôtures.
1. Les aménagements
La première année, un seul agriculteur a
bénéficié du projet de reconversion
d’exploitations productrices de tabac.
Les principales actions réalisées dans le
cadre de ce premier projet achevées en
mai 2002 sont :
• l’installation d’une clôture autour de la
parcelle exploitée pour prévenir les
assauts et les dégâts occasionnés par
les sangliers,
• le développement de la culture
d’olivier en remplacement de la
culture de tabac,
• le développement des cultures
maraîchères irriguées
• le développement de l’apiculture.
La deuxième année a été réalisées
l’installation d’une clôture autour de
deux parcelles exploitées, la parcelle
située près du lieu d’habitation de
l’exploitant et une parcelle un peu plus
éloignée :
• le développement de la culture de
l’olivier en remplacement de la culture
du tabac
• le développement de cultures
spéciales telles que la culture de pois
chiches et la culture d’arachide.
La poursuite du projet sur deux autres
exploitations s’est déroulée en 2003 et
2004 par l’installation de la clôture de la
3e et 4e exploitation.
2. Les effets immédiats du projet
2.1. Sur les systèmes de production
A la suite de la réalisation des projets de
reconversion d’exploitations
productrices de tabac, nous constatons
un changement au niveau des systèmes
de production : diversification des
systèmes de production, installation sur
les parcelles clôturées de cultures
d’oliviers et adoption de cultures
fourragères telles que l’avoine. Ainsi,
l’avoine foin, culture qu’il n’était pas
possible de pratiquer dans la situation
avant projet, a été intégrée dans les
systèmes de production. Le produit de
cette culture, l’avoine foin, permet de
couvrir une partie des besoins
alimentaires des animaux présents sur
l’exploitation et de ce fait, limite les
dépenses occasionnées par l’achat de
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
fourrages secs à l’extérieur des
exploitations.
Nous constatons également un début
d’intensification des systèmes de
production pour les exploitations
bénéficiaires du projet. En effet, sur
certaines parcelles, certains exploitants
ont prévu d’effectuer deux cycles de
cultures par an : une culture d’avoine8
sur la parcelle proche du lieu
d’habitation après l’installation de la
clôture et, au printemps, après la récolte
de l’avoine foin, de l’arachide pour tester
le comportement de cette culture dans
49
les conditions édaphiques et climatiques
présentes.
On constate de plus en plus en
développement des cultures maraîchères
destinées à l’autoconsommation telles
que le piment et la tomate. Les
agriculteurs ont abandonné la culture de
tabac. Cette culture étant très exigeante
en travail il y a eu par conséquent un
changement dans le calendrier de travail
des exploitants et de leur famille avec un
allègement de leur charge de travail
notamment durant la période estivale.
Dans la situation avant projet la
rémunération de la force de travail, en ce
qui concerne la culture de tabac, était de
0,300 dinars tunisiens par jour de travail
et par travailleur. A titre de comparaison,
la rémunération de la force de travail
dans le cas de la culture de l’avoine foin
est de 59 dinars tunisiens par jour de
travail et par travailleur soit 15 fois plus
que dans le cas de la culture du tabac.
Dans la situation avant projet, les
parcelles proches des habitations étaient
clôturées de manière sommaire avec des
branchages. Il revenait à la femme d’aller
chercher du bois mort dans la forêt et de
construire ces clôtures pendant la saison
estivale. Le projet a permis un
allègement de la charge de travail des
femmes notamment durant la saison
estivale. Ce temps pourra désormais être
alloué à d’autres activités.
2.2. Sur la production de tabac
de la zone
La production de tabac au niveau de la
zone a baissé. Lorsque les 3e et 4e projets
de reconversion seront achevés, la
production de tabac dans la zone aura
diminué de 6.6 tonnes10.
2.3. Sur la structuration
de la communauté de la zone
Il semble que la réalisation du projet de
reconversion d’exploitations
productrices de tabac ait eu un effet sur
50
la structuration communautaire parmi
les agriculteurs bénéficiaires. Il est
nécessaire de savoir que tous les
agriculteurs bénéficiaires ont un lien de
parenté. D’autre part, le projet a permis
de développer une forme d’entraide : le
premier agriculteur bénéficiaire a fait
bénéficier les autres de son expérience
quant à la réalisation du projet. D’autre
part, les agriculteurs qui avaient des
sources de revenus régulières autres que
l’agriculture ont aidé les deux autres
agriculteurs en leur prêtant de l’argent
notamment au moment où il fallait
acheter certains matériaux de
construction pour l’installation de la
clôture.
Discussion
L’identification et la formulation des
actions
Le diagnostic de la situation des
exploitations agricoles a pris en
considération la réalité du terrain et les
contraintes réelles au développement
agricole existantes au niveau des
exploitations agricoles bénéficiaires. Les
actions identifiées et formulées devaient
servir à lever ces contraintes et
répondaient à des besoins concrets des
exploitants.
Le dimensionnement des actions a été
également essentiel dans le sens où ce
dimensionnement correspond
exactement aux capacités financières des
exploitants et à leur capacité en jours de
travail.
Les perspectives du projet
Les agriculteurs de la zone, non
bénéficiaires du projet, sont très curieux
de ce qui est en train de se passer sur les
exploitations bénéficiaires et posent des
questions sur l’organisme, maître
d’œuvre de ce projet. Compte tenu de
ces éléments, différents dossiers de
demande de financement ont été
déposés par l’Association Tunisienne de
Lutte contre le Cancer, auprès
d’organismes11 étrangers pour obtenir des
financements pour la réalisation de 20
projets de reconversion supplémentaires.
Actuellement, les agriculteurs ont repris
à leur compte la réalisation des actions
restantes et ils devraient collaborer
directement avec l’Association
Tunisienne de Lutte contre le Cancer. En
effet, le 3e bénéficiaire, qui lit et écrit le
français, a une fiche de suivi pour la
réalisation des dernières actions. Cette
manière de procéder est une manière
d’impliquer d’avantage les agriculteurs
dans le suivi de la réalisation du projet et
sa gestion. D’autre part, les quatre
agriculteurs bénéficiaires ont été chargés
de choisir deux autres agriculteurs qui
pourraient bénéficier du projet en 200412.
1. Le Gouvernorat est une subdivision administrative. Un
Gouvernorat correspond à un Département (France).
2. Les tribus khmirs sont les tribus présentes dans la région
des Mogods-Khroumirie. Jusqu’à l’instauration du Protectorat
Français en Tunisie (1881), ces tribus étaient des tribus
dissidentes qui ne reconnaissaient pas le pouvoir central
beylical.
3. Ce massif est situé à l’extrême Nord Ouest du pays.
4. Les feuilles de tabac sont amères et ne sont donc pas
consommées par les sangliers.
5. En réalité ce sont les femmes qui sont chargées, durant la
saison estivale, d’aller ramasser le bois mort dans la forêt et
de reconstruire la clôture.
6. Il apparaît que les capacités d’investissement des
exploitants de la zone sont très limitées.
7. Le 1er agriculteur a décelé des faiblesses dans la
construction de la clôture autour de sa parcelle. Il a, donc,
conseillé au 2e agriculteur de consolider d’avantage le grillage
en l’enfouissant plus profondément et en le fixant en
profondeur avec des barres de fer en fer à cheval.
8. L’avoine est une culture d’hiver.
9. La production de l’avoine foin a été valorisée au prix du
marché soit 3.5 dinars tunisiens par balle de 20 kg. Ce prix
est celui pratiqué à la fin du printemps, après la récolte de
l’avoine-foin.
10. Cette quantité de tabac correspond à la quantité de
tabac produite sur les exploitations bénéficiaires du projet
dans la situation avant projet.
11. Parmi ces organismes, le Fonds Mondial pour
l’Environnement.
12. La subvention de la Ligue Nationale contre le Cancer
pourrait être reconduite et pourrait servir à financer deux
exploitations supplémentaires, c’est à dire une 5e et une 6e.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
51
preface
Albert Hirsch
The fight against tobacco in Africa
Daily consumption of tobacco products
over a long period constitutes the first
cause of premature death. One out of two
regular smokers dies of a tobacco related
illness and one in four dies between the
ages of 35 and 69. Tobacco consumption is
responsible for 30% of cancer deaths, 25%
of deaths due to cardiovascular disease,
75% of deaths caused by chronic
respiratory disease and it worsens chronic
disorders, in particular, tuberculosis.
According to the World Health
Organization (WHO) in 2005, tobacco
consumption killed nearly 5 million
people around the globe, half of them in
developing countries, and the estimate
for 2025-2030 raises this number to 10
million of which 7 million will be from
developing countries. WHO estimates
that during the 20th Century about 100
million people have died of tobacco use,
and tobacco could kill one billion people
during the 21st Century. The International
Agency for Research on Cancer (IARC)
indicates that passive smoking increases
lung cancer and cardiovascular diseases
by 30%.
The development of this industrial
epidemic follows male prevalence which
reaches its peak and then decreases over
the next 50 years. For women, the
pattern is the same, but there is a time
lag of around fifty years starting from
smoking initiation. The epidemic is
responsible first for male mortality and
then female by a twenty year difference.
Thus tobacco related deaths are
observed after twenty to fifty years of
consumption, and the peak of the
epidemic is reached approximately in
one century. Additionally, the number of
deaths stabilises or decreases in
industrial countries due to the decrease
in prevalence observed in these
countries after several decades. On the
contrary, the number of deaths increases
in poor countries, which constitute the
market reserve for the tobacco industry.
Health and social effects, which hinder
development, contribute to
environmental degradation (drying
tobacco is one of the primary causes of
52
deforestation) and increase poverty, are
serious threats for developing countries,
especially, African countries.
To reach the objective of zero-exposure
to tobacco smoke, reducing tobacco
products’ supply and demand are two
complementary approaches. Regulating
demand implies a total ban on promotion
and advertising; one annual but
significant increase of the retail price,
based on tobacco weight and via tax
increases on all tobacco products;
printing visible, rotating and appropriate
health warnings on the packs of
cigarettes; banning smoking in all
enclosed public places, especially
workplaces; and clear and meaningful,
labelling of tobacco smoke components,
ingredients and additives. Finally, we can
reach different populations with precise
information through mass media
campaigns and communication strategies
on the effects of tobacco consumption,
on tobacco products’ ingredients and on
the industry’s strategies, which are
regularly condemned for their lies and
manipulative actions targeting vulnerable
populations, notably, in developing
countries. Only very few countries in the
world have developed a comprehensive
tobacco control programme. This is
especially true in Africa where a great
number of countries lack legislation, face
corruption, poverty and an increasing
number of threats to individual and
community health, leave the door open
for all private and particular interests to
take over the collective interest. The
tobacco industry knows how to take
advantage of this situation.
Reducing demand includes large mass
media campaigns, once again, a measure
in most cases not really affordable for
African countries, and cessation
treatments accessible to the population.
Indeed quitting smoking is beneficial at
any time and regardless of the duration of
smoking and the amount smoked. These
health gains are very rapidly observed in
respiratory infections in children exposed
to passive smoking from people close to
them, and are noticeable after several
months for cardiovascular diseases and
several years for cancer. On an individual
basis, techniques to quit smoking include
medication (nicotine replacement
therapies and catecholamine reuptake
inhibitors) costly and in practice
unaffordable for developing countries.
However, the advice of a health
professional (midwife, nurse etc.) is
efficient and, if the practice is widespread,
can have an impact on different groups. In
reality, “denormalising” tobacco use, the
result of reducing demand by developing
a society that downgrades and limits
tobacco use, strongly impacts on quitting
intents and is the most effective method to
reduce the number of new smokers and
tobacco consumption. May 31st, WHO’s
World No Tobacco Day, cannot sum up
the efforts that have to be made, but it is
the perfect occasion to mobilise public
opinion and raise awareness and it should
not be neglected.
Sustaining programmes which work on
supply and demand on a long term basis,
evaluating the results and tackling the
weaknesses are necessary in order to
obtain significant public health gains.
The tobacco trade does not know borders
and the tobacco industry organises
smuggling. A third of the world’s cigarette
production is distributed illegally and
eludes taxes. African states represent a
large pool of potential markets for the
industry. This is the general framework
for the fight against tobacco.
In view of this threat, African countries
have organised themselves to obtain and
implement the Framework Convention
for Tobacco Control (FCTC), adopted by
the World Health Assembly on May 23rd,
2003. This treaty came into force on
February 27, 2005, for those countries
that ratified it. The on-going negotiations
Albert Hirsch
Vice-President
French League against Cancer
Paris, France
Email: [email protected]
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
for additional protocols in the treaty,
especially regarding illicit trade, should
hinder the development of tobacco
consumption and the expansion of the
tobacco industry in developing countries.
This special issue on the growing
tobacco crisis in Francophone Africa,
brings together experience, evidence and
the contribution of organisations working
on the ground. It represents an essential
stage in the development of the IUHPE’s
and CDC’s five-year cooperative
agreement. Preventing the announced
catastrophe for Africa, this is the
challenge to which we must respond.
editorial
Marie-Claude Lamarre and Sylviane Ratte
The growing tobacco crisis of tobacco
consumption in francophone Africa
This supplemental issue of Promotion & Education
has received financial support from the United States
Centers for Disease Control and Prevention, an
Agency of the Department of Health and Human
Services, and the French League Against Cancer.
In 2002 the IUHPE signed a Cooperative
Agreement with the United States
Centers for Disease Control and
Prevention (CDC), an Agency of the
Department of Health and Human
Services, after identifying a number of
areas of common interest to develop
health promotion research and
initiatives, and disseminate expertise and
information both at global and regional
levels. Since the agreement became
effective in August 2002, the IUHPE has
functioned as a facilitating and often
coordinating agency for a comprehensive
global health promotion and health
education programme for developing
public health policies, disseminating
evidence-based knowledge and practical
experience, and building capacity in
different areas, one of them being,
tobacco control.
As part of the 5 year Cooperative
Agreement, the CDC entrusted the IUHPE
with the coordination of a project on
global tobacco control including a focus
on Francophone Africa.
This multi-partnership project is
coordinated by the IUHPE and includes
the participation of international, national
and local organisations, such as, the
World Health Organization (WHO/HQ,
and WHO/AFRO), the US Centers for
Disease Control and Prevention (CDC),
the Coalition against Tobacco of Quebec,
SOS Tabagisme from Mali, the
International Union Against Cancer
(UICC), the European Network for
Smoking Prevention (ENSP),
the French National League Against
Cancer (LNCC), the International
Francophone Network of Health
Promotion (REFIPS), the Observatory of
Tobacco in Francophone Africa (OTAF),
the International Union Against
Tuberculosis and Lung Disease
(IUATLD), The Campaign for Tobacco
Free Kids, the Canadian Public Health
Association (CPHA), and the Ministry of
Health and Social Services from Quebec.
Actions carried out in the context of the
project aim to address the tobacco
situation in Francophone Africa.
Tobacco consumption in Africa is lower
than in other parts of the world; however,
research shows that consumption is
rising rapidly throughout the continent.
The tobacco industry has developed
solid marketing and promotion
campaigns. If tobacco is not regulated
and controlled, an epidemic of chronic
diseases and incapacities will soon
materialise. Africa is thus at a
challenging, yet possible, turning point of
slowing, even preventing this epidemic
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
and protecting its future population’s
health. Public health counter campaigns
and regulation can contribute to reducing
the tobacco industry’s impact. In order to
do this, it is essential to inform and raise
awareness among the African population
on the tactics and strategies used by the
tobacco industry to create new
generations of smokers. This will serve to
complement decision makers’ efforts to
protect the public’s health both through
national and international legislation, the
latter as drafted in the Framework
Convention on Tobacco Control.
The importance and necessity to increase
media communications and collaboration
in Africa are evident. Decision makers will
need to have a solid support base when
adopting and implementing tobacco
control strategies, as outlined in the
Framework Convention. It is equally
important, that the public’s awareness is
raised on the health risks of smoking in
order to make the new and reinforced
strategies against tobacco work.
Marie-Claude Lamarre
Executive Director
IUHPE
Email: [email protected]
Sylviane Ratte
Tobacco Programme
French Cancer Institute
Email: [email protected]
53
C. Audera-Lopez, p. 7
This special publication on the growing
tobacco crisis in Francophone Africa
contributes to this effort and will serve as
an important resource for the tobacco
control community, including public
health experts. It will also contribute to
raising public awareness and sensitising
opinion leaders, as well as providing a
reference for local activists, media
professionals, policy makers and the
public at large. The publication provides a
snapshot of existing knowledge on the
tobacco situation in French-speaking Africa
and the emerging responses to control the
growing epidemic. Articles will present
current data on prevalence, an assessment
of the health and economic impact of
tobacco in the region, the tobacco
industry’s market expansion forecasts and
their strategies to deflect public health
measures. Specific topics particularly
relevant to the region such as smuggling,
poverty and advertising are covered by
short articles commissioned from
Francophone African journalists. Finally,
an analysis of current initiatives and
developments in health promotion and
tobacco control illustrates how the region
is organising itself both locally and
internationally to best respond and
impede the growing epidemic.
The different testimonies in this special
issue well reflect the tobacco industry’s
strategy to target Africa as their
development epicentre with a rise in
consumption estimated at 16% in ten
years according to the WHO Tobacco
Atlas (Mackay and Eriksen, 2002.)
Nevertheless, as Corne van Walbeek
writes in her article’s conclusion, the
fight against tobacco can be won and the
number one ingredient for this
achievement is a strong political will as a
result of partnerships at all levels
(international, national and local) and
effective measures which have already
proven to be successful. The
development, signing and ratification of
the Framework Convention represent a
first victory and tremendous hope for
those who have been fighting tobacco for
decades.
Health consequences of the tobacco
epidemic in West African Francophone
countries and current tobacco control
The burden of disease due to tobacco
for each country will depend on the
prevalence of tobacco use and the
duration of the epidemic. Given that the
tobacco epidemic in West African
Francophone countries is relatively
recent, the burden of disease due to
tobacco use is currently low. However,
tobacco related burden of disease in
Francophone West African countries is
increasing as the number of smokers
continues to increase and the population
has been smoking for a longer period of
time. If the current trends continue, West
African countries will be suffering the
massive consequences of tobacco use in
two or three decades.
Apart from the classical health
consequences of tobacco consumption
such as certain types of cancer and
cardiovascular diseases, there are some
conditions of special importance in low
income African countries such as the
increased risk of tuberculosis infection
and mortality amongst smokers, low
birth weight for babies of smoking
mothers, and tobacco consumption
associated malnutrition especially
amongst women. Furthermore,
developing countries, with inadequate
resources and other important health
issues, cannot afford the costs of the
chronic degenerating conditions caused
by tobacco use, as these are very
expensive to treat.
Tobacco control in Francophone African
countries is still deficient. Human and
financial resources which are often scarce
in West African countries are dedicated to
other health issues since tobacco is
normally not amongst the public health
priorities.
Legislation in Francophone African
countries is limited and not adequately
enforced. A major reason for governments’
inaction on tobacco is their fear of creating
unemployment and loss of revenue from
tobacco taxes. This fear is derived mainly
from the arguments of the tobacco industry.
Apart from lobbying governments, the
tobacco industry uses all kinds of strategies
to market their products in these countries
and faces practically no barriers to their
business in these countries.
It is essential that Francophone African
countries take immediate action and
develop and implement comprehensive
multisectoral tobacco control programmes.
These programmes must be integrated into
the existing public health programmes and
make use of existing infrastructure and
resources in order to stop the tobacco
epidemic from expanding.
In February 2005, the WHO Framework
Convention for Tobacco Control (WHO
FCTC) entered into force. Most
Francophone African countries have
signed the treaty thus expressing their
intention to become Parties in the future.
WHO urges these countries to become
Parties as soon as possible and to
implement the WHO FCTC provisions in
order to control the tobacco epidemic.
WHO in turn will provide guidelines and
assistance for the process of becoming
Parties to the treaty and implementing
tobacco control measures outlined therein.
Reference
Mackay, J. & Eriksen, M. (2002). The Tobacco Atlas.
World Health Organization, Geneva.
54
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Abstracts
J. de Beyer, p. 12
The economic impact of tobacco consumption in Africa
The economic contributions from
tobacco cultivation and sales of products
are often noted – jobs and incomes for
farmers and employees, tax revenues for
governments and enormous profits for
cigarette companies, and for some
countries, foreign exchange from net
exports and foreign investment. These
are of course important. But set against
these economic gains, there are also
large economic losses that are less
visible and less talked about, but also
need to be counted. Many of these
economic losses arise from the adverse
health effects of tobacco use, but there
are others too that affect a much wider
group of citizens, and in particular, may
exacerbate poverty among smokers and
their families. This paper looks at the
economic impact of tobacco use from the
perspective of families, and at national
level, for developing countries, providing
a framework for considering the specific
situations in Francophone African
countries.
Set against the economic benefits from
tobacco, there are substantial economic
costs. Annual health care costs are
higher for smokers, and the burden of
these costs falls on families, the public
purse and employers/insurers. Earnings
and productivity losses because of
tobacco-related illness and premature
death can be huge, and are borne by
employers and employees. Illness is a
major precipitating cause of poverty. Lit
cigarettes cause thousands of fires and
lost lives. Environmental damage to the
soil from tobacco growing, pesticides and
fertilizer, and deforestation resulting from
firewood use to cure tobacco, can
impose high economic losses. And there
is the insidious, often overlooked cost of
harm to the well-being of poor families
whose scarce resources are used for
cigarettes and other tobacco products
instead of food and other necessities. We
conclude that reducing tobacco use is
good for health, good economics, and
good for development.
S. Ratte and K. Slama, p. 17
The state of research in Francophone Africa
Given the mortality and morbidity
attributed to tobacco worldwide, global
funding for tobacco control research, is
greatly insufficient. If compared with the
fight against other diseases, tobacco
control remains grossly under-funded.
Data necessary to monitor the tobacco
epidemic is inadequate even in the
richer countries. It is therefore hardly
surprising that studies on the state of
data in developing countries and
especially in francophone Africa
conclude that standardised and
comparable data are missing in all fields
of tobacco control. Data available is often
old, incomplete and hardly
representative. This can be explained by
both the lack of adequate capacity to
conduct research and the low priority
given to tobacco control as a health
problem. In poor countries and regions
where other diseases such as malaria
and AIDS seem more pressing, the
tobacco industry has almost no difficulty
in using unfounded arguments about its
contribution to the economy. Public
authorities are thus intimidated by the
threats of economic loss or attracted by
immediate economic gains. This too
often weakens the political will to act on
issues of tobacco control.
The little data available for the region,
however, is alarming. Tobacco
consumption has rapidly increased in
recent years. This trend is confirmed by
tobacco industry projected expansion in
the region. Consequently, research
programmes for Francophone African
countries need to take into account the
emergency of the situation, the context
of Francophone Africa and, as well as,
the limited resources available.
Recently global research programmes
such as the “Global Youth Tobacco
Survey” have begun helping low-income
countries in addressing the need for
comparable and standardised data. The
subject of an appropriate research
agenda for tobacco control for low
income countries has been discussed
by international, national agencies, as
well as, the NGO community in the
context of the development of the
Framework Convention on Tobacco
Control. Given that the most important
factors as regards changing tobacco use
in a population include changing its
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
social acceptability, as well as, providing
a legal framework for tobacco control,
recommendations for appropriate
research for low-income countries have
highlighted the need to define research
programmes able to support actions
which will produce the largest impact
on the population, will serve to
accelerate the ratification of the FCTC,
will hasten the adoption of low-cost
evidence-based measures such as tax
increases, complete bans on advertising,
smoke-free legislation, and will stop the
tobacco industry’s offensive in these
countries.
Large international initiatives to support
the development of tobacco control
research in low-income countries and
particularly Africa have been launched.
However, because of the language
barriers, African Francophone countries
may not have the same access to them
than their Anglophone counterparts.
Special attention should, therefore, be
given to strengthen recent initiatives in
this field which take into consideration
the important dimension of language for
Francophone Africa.
55
I. Saouna, p. 22
Poor countries: the new “Eldorado” of smoking addiction
In Niger, the cost of one pack of
cigarettes is equal to that of one day’s
nourishment. In Bangladesh, 10 million
people would be freed from malnutrition
if the money that they spent on tobacco
was used instead to purchase food.
Tobacco impoverishes entire nations, just
as it does individual families. The
tobacco industry and cigarette producers
halted their expansion in rich countries,
and they have now launched a full attack
on developing countries. Urgent action is
imminently needed in order to put a stop
to the foreseen health and social
catastrophes linked to tobacco
consumption.
Tobacco industry tactics
This abstract is a combined summary of the articles
written by N. Collishaw, F. Damphousse, L. Gauvin
and F. Thompson (p. 28-33).
In the late 1990’s legal action against
tobacco manufacturers around the world
led to the release of millions of pages of
the tobacco industry’s own internal
documents. These documents revealed
the strategies and tactics to recruit new
and young smokers, deny the health
consequences of smoking, delay and
defeat public health measures and
legislation, as well as criminal activities
which include scientific fraud,
participating in organised smuggling,
setting up of front organisations, and
corruption. Examples of the tobacco
industry’s condamnable behaviour are
presented through four Canadian
experiences. These tactics are deployed
worldwide by the tobacco manufacturers
and are increasingly relevant in the
context of Francophone Africa.
“Cigarette smuggling: a wide scope
phenomenon only there to serve the
interests of big tobacco
manuafacturers” uses industry officials’
quotes and documents to describe how
tobacco manufacturers are involved in
the organisation of smuggling and how
manufacturers use smuggling in two
ways: on one hand, to flood markets with
cheap cigarettes and defeat
governements’ efforts to reduce tobacco
consumption by adopting one of the
most efficient public health measures (ie:
high taxation of tobacco products) and
on the other hand, by using the false
threat of increased contraband to scare
politicians and prevent them from
56
adopting strong fiscal policies. The
Framework Convention on Tobacco
Control (FCTC) with a protocol on
smuggling and the collaboration between
international agencies is a means to
counter and defeat the tobacco industry
attemps at sabotaging efficient public
health measures.
“The conquest for non-smoking zones
confronted with industry tactics:
scientific misinformation and front
groups. The Canadian experience”
highlights that the tobacco industry saw
as early as 1978 the problem of passive
smoking as the most threatening issue in
terms of its future economic viability.
This resutled in a very sophisiticated
strategy from the cigarette makers
including asking communication
consultants and public relations firms to
create a false opposition to smoking bans
using front groups completely financed
and orchestrated by the tobacco
industry. This explains why banning
smoking, an apparently easy measure to
adopt given the knowledge of its
considerable health and economic
benefits and given public opinion in
favour of it, became so difficult to obtain
and implement. Revelation of these
strategies has contributed to the tobacco
industry slowly loosing ground on the
issue. A lot still needs to be done to
protect people from passive smoking but
there is progress in Canada.
“Tobacco industry strategies:
marketing cigarettes to young people”
describres how tobacco manufacturers
through their internal documents and
litigation have been forced to admit or
found to deliberately target young people
in their marketing strategies to recruit
new smokers, despite having denied it
publicly for years.
Given that most smokers start and get
hooked on tobacco in their ealy years
and that the link between advertising,
promotion and tobacco initiation is well
documented, countries should adopt a
complete ban on advertising and
promotion. The FCTC is the best avenue
for a global ban.
“The biggest fraud of the century:
‘light’ cigarettes” exposes one of the
largest scams companies have exerted on
their consummers. Exploiting the dreams
of smokers to find cigarettes which would
not harm them as much, tobacco
manufacturers duped and lurred millions
of people by making them believe such a
product existed and encouraged them to
take up “light” cigarettes, while they
knew internally that these products were
by no means less dangerous. Tobacco
manufacturers also lurred public
authorities by neglecting to share vital
information on the way smokers do not
behave like measuring machines and
would compensate by drawing on their
cigarettes according to their nicotine
intake needs. Thus smoking machines
utilised to measure tar and nicotine
intake could never reflect the reality and
would render the content information
printed on packs of cigarette
meaningless. Very few countries have
banned the misleading descriptors such
as “light”. It is hoped that the FCTC
which includes a provision on the use of
descriptors will prevent the fraud being
repeated in the rest of the world and
especially in the countries of Africa.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Abstracts
C. Van Walbeek, p. 25
Tobacco control in South Africa
The aim of this paper is to briefly
describe South Africa’s experience in
tobacco control, and to highlight some of
the lessons that are applicable to other
developing countries.
South Africa’s tobacco control strategy is
based on two main pillars: (1) rapidly
increasing excise taxes on tobacco, and
(2) comprehensive legislation, of which
the most important features are banning
all tobacco advertising and sponsorship,
and prohibition of smoking in public and
work places. As a result of the increases
in the excise tax, the real (inflationadjusted) price of cigarettes has
increased by 115% between 1993 and
2003. Aggregate cigarette consumption
has decreased by about a third and per
capita consumption has decreased by
about 40% since 1993. Despite the
decrease in cigarette consumption, real
government revenue from tobacco
excise taxes has increased by nearly
150% between 1993 and 2003.
Some important lessons can be drawn
from South Africa’s experience in
tobacco control. Firstly, strong and
consistent lobbying was required to
persuade the government to implement
an effective tobacco control strategy.
Country-specific research, drawn from a
variety of disciplines, was used to back
up and give credibility to the lobbyists’
appeals.
Secondly, rapid increases in the excise
tax on cigarettes are particularly
effective in reducing tobacco
consumption. An increase in the excise
tax increases the price of cigarettes,
which in turn reduces cigarette
consumption. In South Africa a 10%
increase in the real price of cigarettes
decreases cigarette consumption by
between 6 and 8%. Similar results have
been found for many other developing
countries.
Thirdly, while an increase in the excise
tax is generally regarded as the most
effective tobacco control measure,
tobacco control legislation also plays an
important role in a comprehensive
tobacco control strategy. Bans on
tobacco advertising and bans on
smoking in public and work places de-
normalise and deglamorise smoking, and
are likely to make other tobacco control
interventions more effective.
Fourthly, the industry would typically
claim that they want to be constructive
partners in drafting “reasonable and
sensible” tobacco control legislation. In
South Africa’s experience, when they
were involved in the drafting process in
1993, the role of the industry was to
delay and water down the legislation. In
drafting an amendment to the original
legislation in 1998, the industry’s views
were largely ignored, and the result was
a more comprehensive and effective
piece of legislation.
Fifthly, tobacco control legislation,
particularly laws banning smoking in
indoor public places, is largely
self-enforcing. It does not require
heavy-handed police intervention, as is
typically claimed by the industry. The
legislation clarifies and explains that the
rights of non-smokers to clean air
supersede the right of smokers to
smoke. Smokers typically refrain from
smoking where smoking is not allowed.
Africa: is the cigarette the product of the future?
This abstract is a combined summary of the six
articles written by Francophone African journalists
and submitted by Syfia International (p. 34-38).
For the tobacco industry, the best way to
sell its products is to ensure their
promotion and marketing and to avoid
any constraining regulations. In Africa, all
of these conditions are met impeccably
which make this continent the market of
the future, with complete disregard for the
health of the consumers.
Cigarettes will not kill Miss C. She does
not smoke, and cigarettes even provide
her with her livelihood. This beautiful
Guinean girl was recruited to convince
young people that “smoking is cool”. Her
name is not revealed in order to protect
her from losing her job, but she
repeatedly goes over her speech by
heart: “A non-smoker isn’t with the ‘in’
crowd. He’s reduced in the level of
importance to the very last. Not smoking
is considered out of style, old-fashioned.”
And she continues without hesitation,
“Smoking is a civilized civic act, one of
the highest social standing; it is the habit
of a trendy, modern and state-of-the-art
man.” “We are never short of ideas or
arguments to encourage young people to
smoke and above all to be a loyal
consumer of our brand,” she explains,
“because the competition in the tobacco
industry is merciless. The tobacco
market is becoming that which does the
most advertising. The art of convincing is
a major asset. We don’t hesitate to light
the cigarette for the young person when
necessary.”
Cigarette girls
In Conakry, these cigarette girls are
everywhere. There is no public place left
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
uncovered. They are in front of the
markets, the nightclubs, and the
stadiums. They have even been known to
give away entire cartons for free in order
to introduce their brand of cigarettes to
potential new customers. There are not
strict specific criteria which are obeyed
in the recruiting of these cigarettes
hostesses other than the two “s”: sexy
and smooth-talking. Twelve well-known
brands share the Guinean tobacco
market. Some of them employ up to one
hundred people. “In this line of work”,
explains the representative, “we
crisscross the entire country in 4x4
vehicles with a per diem of 5,000 Fcfa
(7.60 Euros) per day and a monthly
salary of 75,000 Fcfa (115 Euros). Tobacco
advertising and marketing allows me to
feed my family, put money away into
savings and above all establish fruitful
and profitable relationships.” This type of
professional situation is extremely envied
57
in a country where 40% of the population
lives under the threshold of poverty.
But in countries which are so poor, where
public health is considered important, the
maintenance of all of these small informal
tobacco jobs is an equally important social
concern at stake. This explains in part the
reluctance of the public authorities to
regulate cigarettes sales and advertising.
Guinea is not the only African country
where the cigarette venders have all of the
rights. Benin, for example, which is ranked
158th out of the 178 states inventoried in the
2002 World Human Development Report,
signed the Framework Convention on
Tobacco Control, the first international
public health treaty, on June 18, 2004.
While this demonstrates a certain political
will, nevertheless, on the economic front,
the state claims to not have the power to
give up neither the sector’s jobs nor the
taxes that they generate. This is the reason
why the cigarette distributors work and
play with total freedom. In Benin, a visit of
anti-tobacco legislation is quickly done:
there has been only one ministerial action
taken in October 1991. It has to do with a
law that forbade smoking in hospitals and
health care services. As for the production
and commercialisation of cigarettes, “total
liberty is given to private businesses since
the end of the 1980’s”, states an agent of
the Department of Interior Commerce.
The health of the economy
above all
The state of Benin has, it appears, a lot to
gain from the absence of restrictive
measures on tobacco commerce. In the
beginning of 1990s the British group
Rothmans (taken over in 1999 by the
American company BAT British American
Tobacco) bought Manucia, the public
enterprise which produces cigarettes.
From 2000 to 2002, the amount of taxes
collected by customs officers in Benin on
the importation of tobacco and cigarettes
almost doubled, passing from 610 million
Fcfa to more than 1.1 billion.
Above and beyond the direct revenue
collected, the state moreover is not at all
inclined to put a stop to the sponsoring of
cultural events (namely music concerts)
by these firms. “One must pay to occupy a
public space. We give the authorisation
permit against a transfer of the sum of
25,000 Fcfa as well as the payment of a
daily rate of 1,000 Ffca”, reveals a trade
service employee from the city hall in
Cotonou. The municipality also collects
58
annual licensing fees paid by
communication firms, owners of the
advertising billboards which regularly
promote the firm’s products. Indeed, these
are ridiculously small amounts of money
in comparison to the damage caused to
health by tobacco and cigarettes.
The Democratic Republic of Congo, ahead
of Benin, has had a law to reduce the
promotion of tobacco consumption since
2002. Advertising is not allowed in the
media or on roadside billboards. The
health advertisement “Smoking is harmful
to health” appears on cigarette packs and
cartons, as well as the terms tar and
nicotine. Nevertheless, as in most African
countries, these warnings risk going
completely unnoticed, since the majority
of smokers buy their cigarettes
individually and rarely see the colour of a
single pack of cigarettes.
While there is no advertising, there are
numerous articles in the press when
certain tobacco companies justify and
position themselves in the fight against
tobacco. For example, in Kinshasa,
Tabacongo sponsored and led “youth
smoking prevention” campaigns with
recognition in the media. According to the
Director General of Tabacongo, it is the
extent of the youth tobacco smoking
phenomenon which drove the company,
“to research real solutions with other
components of society, fair solutions to
this societal problem.” Put forth as a
surprisingly susceptible counterpropaganda to deprive their future clients
of cigarettes, it is, however, rather a new
commercial strategy to gain publicity and
get their name spoken more frequently in
a public fora.
Saying “no!” to tobacco
sponsorship
Conscious of the ambiguity between
public health and economic health, the
communes apply themselves in making
due without the poisoned support of the
cigarette producers. For example, the
commune of Koumassi in Cote d’Ivoire has
organised every Friday for the past two
years a free public television show which
attracts thousands of young people.
Internationally renowned artists such as
Aicha Kone and Gadji Celi have already
participated in this show broadcast by
Radio N’Gowa. The show is financed by a
wide range of partners: decorative art
companies, cosmetics manufacturers,
music labels, CD and cassette distributors.
M. Wayoro Guy-Charles, Director of the
Socio-cultural Department of Koumassi,
explains that since their election in 2000,
out of principle, the Mayor and his team
have demanded that the show avoid any
association with tobacco or alcohol firms.
“We recognise that cigarettes do more
harm than good, and we want to organise
healthy activities for the rural population”,
confirms Koffi William, a member of an
association which organises football
tournaments that are very popular in
Ebilassokro, in eastern Côte d’Ivoire. The
same policy was adopted by the officials
of the Cultural Centre in Abidjan where
any poster or activity which involves
tobacco and/or alcohol as partners is
strictly forbidden.
Smoking kills
Still very isolated, the reactions of the
organisers of these events testify to the
growing awareness of the danger of
cigarettes and more importantly of the
contradiction that exists in financing these
types of activities for youth with money
from a business which produces a product
which is harmful to their health. In the
poorest regions where there is no market
for cigarettes, the question does not arise:
there is no sponsoring where there is no
market! Unfortunately, where there is no
significant prospect for selling cigarettes
there is indeed one for chewing tobacco.
For example, in Madagascar a medical
thesis written in 1995 reported that nearly
one in three people (31% of the
population) chewed industrial tobacco.
Nevertheless, 75% of the population lives
under the poverty level. Chewing tobacco
is therefore a luxury even if chewing
tobacco is 20 times more expensive than
cigarettes.
An expensive luxury in terms of life
expectancy, since “several studies done
across the world have established a strong
link between chewing tobacco and cancer
of the mouth and throat”, as conveyed by
the Canadian Cancer Society’s website.
Meanwhile, the firms which produce
cigarettes are not suffering at all and
remain successful. British American
Tobacco, the day after the World TobaccoFree Day in 2004, inaugurated in Benin an
extension of their facilities which allow
them to reach a production of 4 billion
cigarettes per year… that’s enough to make
6 million people in Benin smoke 34 packs
of 20 cigarettes.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Abstracts
www.syfia.info
Syfia International – Africa on a daily basis
From a press agency
to a training agency…
• Syfia International is an independent
press agency which regroups 10 press
agencies (6 African agencies, and 4 in
Europe and Canada). The agency is
strong and solid, consisting of a team of
60 journalists covering 35 Francophone
countries in Africa, Asia and Europe.
• Over the past 15 years, Syfia has grown
to be, on the one hand, a well-renowned
press agency recognised by numerous
Francophone media professionals and
organisations and, on the other, a
training agency utilised and appreciated
by African journalists.
• In 2004, Syfia created Syfia Grands
Lacs, a regional agency focusing on the
Democratic Republic of Congo, Rwanda
and Burundi.
Syfia International : press agency
Another perspective on African countries
• The distinctive characteristic of Syfia is
the priority which it gives to field work
and to the collection of data from live
interviews and personal witnesses. The
articles are for the most part drafted and
written by African correspondents.
A widespread dissemination to the
Francophone press
• Syfia produces 5 to 8 articles and
investigative reports per week, which
translates into more than 300 articles
per year. The articles are sent to 200
Francophone newspapers, primarily in
Africa. Each article is published on
average by 8 to 10 newspapers.
www.syfia.info: 4000 articles and 1000
photographs
• The Syfia website (www.syfia.info)
provides links and access to the full text
format of more than 4000 articles. The
material indexed in the website covers
15 years of production and includes
1000 photographs. A strong and
reliable search engine facilitates
researching the website.
Syfia Grands Lacs:
information that heals
• Launched in April 2004, Syfia Grands
Lacs aims to make the realities of the
different populations of the various
regions better known in order to fight
against stigmatisation and the spreading
of rumours.
• The agency has three main axes of
activity: the production of articles, their
widespread dissemination within the
three countries of the region and the
training of journalists to reinforce and
strengthen their professional
competencies and investigative skills.
Syfia : training agency
• For Syfia training takes places on the
ground, in the field; it is therefore
inseparable from the production side of
the agency’s work. Syfia’s different
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
programmes favour practical
apprenticing and hands-on, long-term
internships.
Continuing education for
correspondants
• Syfia provides continuing education
programmes for the journalists of its
team, either by mail or telephone: 200
journalists have received training through
this system.
Tutorials and internships
• For the past three years, Syfia’s African
offices transmit their experience to
young journalists from local editorial
teams.
FormAction: Syfia’s distance learning
website
• In 2004, Syfia established and launched
a distance learning training website
targeted aimed at African journalists
who can follow the training modules
designed especially for theme, all the
while being followed individually by a
tutor.
Contact :
SYFIA International
20, rue du Carré du Roi
34 000 Montpellier - France
Tel : +33 (0)4 67 52 79 34
Fax : +33 (0)4 67 52 70 31
Email : [email protected]
www.syfia.info
59
L. Huber, F. Thompson and S. Ratte, p. 40
The Framework Convention on Tobacco Control:
is there hope for Africa?
African countries have a lot to gain
from the first international public health
treaty. The Framework Convention on
Tobacco Control (FCTC) was adopted in
May 2003 by 168 member countries at the
World Health Assembly. The African
delegation demonstrated and put forth a
strong, united front throughout the series
of sessions which comprised the
negotiation process. There are a number
of considerable obstacles and challenges
particular to this region of the world
which makes it difficult to put tobacco
control on the African agenda. Only a
solid civil society mobilisation movement
could serve as a worthy adversary to
take on such a challenge. NGOs, such as
the Framework Convention Alliance,
provide assistance and should continue
to support the activities of some of the
key players who are still working in
isolation on the continent. These
organisations can also play a vital role by
continuing to favour the provision of
access to the available data and
information which only exists in English
so that the language barrier no longer
remains a hindrance to the protection of
the health of citizens in Francophone
African countries.
Global tobacco control treaty takes effect
On February 27, 2005, the WHO Framework Convention
on Tobacco Control (FCTC), the international tobacco
treaty negotiated under the auspices of the World Health
Organization, became international law. The International
Union for Health Promotion and Education (IUHPE)
applauds the more than 55 countries that have taken a
major step forward in the worldwide battle against the
death and disease caused by the tobacco epidemic, the
second major cause of death in the world by ratifying
this important treaty. The treaty is a major step forward
in the worldwide battle against the death and disease
caused by tobacco. It provides the basic tools for
countries to enact comprehensive tobacco control
legislation and take on the powerful tobacco industry.
The WHO FCTC was unanimously adopted by the 56th
World Health Assembly in May 2003. The WHO FCTC
closed for signature on 29 June 2004 with 168
signatories (including the European Community). The first
40 Contracting Parties to the WHO FCTC were Armenia,
Australia, Bangladesh, Bhutan, Brunei Darussalam,
Canada, Cook Islands, Fiji, France, Ghana, Hungary,
Iceland, India, Japan, Jordan, Kenya, Madagascar,
Maldives, Malta, Mauritius, Mexico, Mongolia, Myanmar,
Nauru, New Zealand, Norway, Pakistan, Palau, Panama,
Qatar, San Marino, Seychelles, Singapore, Slovakia,
Solomon Islands, Sri Lanka, Syrian Arab Republic,
Thailand, Trinidad and Tobago and Uruguay.
Since 30 November 2004, the following have also
deposited the instrument of ratification or equivalent:
Botswana, Denmark, Finland, Germany, Honduras, Latvia,
Lesotho, Lithuania, Marshall Islands, Netherlands, Peru,
Senegal, Spain, Timor-Leste, Turkey, United Kingdom and
Vietnam.
The entry into force of the FCTC marks a historic
moment for global public health. This groundbreaking,
legally binding treaty provides countries basic tools to
protect the health of their citizens from the tobacco
industry’s deceptions and slick marketing. It requires
ratifying nations to adopt policies proven to reduce
smoking and save lives such as: a comprehensive ban on
tobacco advertising, promotion and sponsorship, and
large, graphic health warning labels that cover at least 30
percent of cigarette packs. The treaty also provides
nations with a roadmap for enacting strong,
science-based policies in other areas, including protection
from secondhand smoke, increased tobacco taxation,
and measures to combat cigarette smuggling.
Globally, the World Health Organization estimates that
approximately five million people die each year from
tobacco use. If current trends continue, this figure will
reach 10 million per year by 2030, with 70 percent of
those deaths occurring in developing countries. While the
measures in the FCTC represent a minimum set of
tobacco control policies, the treaty explicitly encourages
countries to go above and beyond these measures.
Strong action on the part of countries will give them the
opportunity to reduce the human suffering caused by
tobacco and curb runaway costs of tobacco-related
health care.
For more information: www.fctc.org
D. Houéto and C. Kassa, p. 42
Towards a new strategy in the fight against smoking in Africa
Today, the fight against smoking is a
vital concern as the epidemic continues
to grow along with the heavy
consequences, and given in particular
that those who are exposed are not only
the smokers. The entire world has
become aware and recognised the
harmfulness of tobacco, and a number of
activities have been undertaken, among
60
which can be found those of the
International Union for Health Promotion
and Education (IUHPE), supported by a
wide range of partners. This activity
which is primarily aimed at Africa,
allowed health professionals from Benin
to organise themselves around the
success of the 1st Francophone
International Seminar on the growing
tobacco crisis in order to build upon the
foundation which was laid in Ouidah,
Benin, in November 2002. They are
counting on the world-wide knowledge
and expertise in the domain of the fight
against smoking and, more specifically,
on the political will of their governmental
authorities.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Abstracts
M. H. Cherif, p. 45
The tobacco problem in Francophone Africa
and regional perspectives of the Francophone
African Tobacco Observatory
The tobacco problem is one which is
both global and political. The epidemic
and the growing smoking crisis in Africa
is a menace to the health of our
continent, with significant socio-economic
repercussions to follow in the coming
years.
The illegal importation of cigarettes is a
practice which is growing more and more
within African countries, with a
well-structured African network for
smuggling. Smuggled cigarettes are even
more toxic with very elevated levels of
nicotine and tar.
Approximately 1.1 billion people around
the world smoke, and between now and
the year 2025, this number will most
likely increase to 1.6 billion. By 2030, 10
million tobacco-related deaths will have
occurred, and for the most part those
deaths will be concentrated in developing
countries.
Sponsorship as well as direct and indirect
advertising are rapidly developing in all
kinds of formats, with a proliferation of
aggressive advertising messages targeting
African populations with cynicism,
manipulation, the complicity of smuggling
in broad daylight, and disrespect for the
law, while exploiting all of the themes
which promote tobacco use to the target
audiences (youth, women, the poorest
groups). Everyday the tobacco industry
recruits new African smokers to replace
those who die. The future of the industry
is represented by about 8 out of 10
people who began smoking before the
age of 18 years old.
The tobacco industry clearly lies at the
heart of the development of the tobacco
pandemic in the 20th century. Specifically,
cigarettes have made tobacco a massively
consumed product, constantly expanding
and opening up new markets; the day
before yesterday it was men, yesterday it
was women and youth, and today it is the
developing world. The strategy is
identical: increase sales, and do goat a
price which puts a heavy burden on the
population’s health. The industries turn
themselves towards developing countries,
and namely Africa, in order to
compensate for their losses in the
markets of the Northern Hemisphere at a
time when the demand in these countries
is decreasing.
The industry’s cynical strategy targets
Africa as its strongest potential market for
development, counting on an estimated
increase in consumption of 16% over the
next decade, according to WHO’s recent
World Tobacco Atlas.
It was imperative to establish a Tobacco
Observatory in Francophone Africa
(OTAF) in order to resituate the African
tobacco situation, contribute to the
development of the French-speaking
nations in Africa, and to make known and
increase awareness of its needs, its
initiatives, and its actions across the
world, and finally to effectively fight
against tobacco and the industry’s
practices.
One year after OTAF was established in
Bamako thanks to the consolidated efforts
of all its members and support of the
French League against Cancer and the
International Union against Cancer, OTAF
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
was finally structured in Niamey in
December 2002.
OTAF is an independent entity whose
mission is to gather, analyse and
disseminate information on all aspects of
tobacco with the objective of soliciting
and supporting public health activities
and interventions.
It is a reference centre for Francophone
Africa and a technical advisory group for
the public authorities on tobacco issues.
OTAF’s work is counted upon to inform
the public authorities on the most effective
measures to use in the fight against
tobacco. OTAF’s duty is to promote
activities which protect the health of
young people and non-smokers, and
communicate on the harmful effects of
tobacco and the tobacco industry’s
practices. The goal is to organise a fight
against tobacco based on solid, scientific
data of the highest level of quality. OTAF is
the only Francophone African surveillance
organisation for monitoring the tobacco
epidemic, and the practices, schemes and
methods of the tobacco industry which
are known to be dishonest.
Today, OTAF is a unique reference centre
as far as the fight against tobacco is
concerned in Francophone Africa. It is a
partner in a number of projects with the
French League against Cancer, the
International Union against Cancer, and
the International Union for Health
Promotion and Education, among others.
The success of OTAF has been crowned
by a trophee having been awarded by
WHO and an honorary degree signed by
WHO’s Director General.
61
R. Ben Zid, p. 47
Tunisia: a pilot project on the conversion of tobacco farm
production to more diversified agricultural crops
The objective of the project which is
presented in this article was to reconvert
tobacco farms into agricultural
endeavours which produce crops which
are non-harmful to health, simultaneously
allowing for agricultural development
within a forestry ecosystem.
Preamble to the
Montreal Declaration
The Montreal Declaration was conceived as a tobacco
control charter from which all of the Francophone
countries could be inspired in carrying out their own
activities aiming at the reduction of smoking over the
coming years.
The Declaration was publicly released on the last day
of the 1st International Francophone Conference for
Tobacco Control (September 18, 2002) in the
presence of 400 participants and the media.
The most surprising and touching moment was
undoubtedly that of the round of unexpected and
grateful applauds which followed the reading of the
Montreal Declaration by Dr. Marcel Boulanger,
President of the International Scientific Committee
and the person responsible for drafting the
Declaration.
At the close of the long standing ovation, Dr.
Boulanger, one of the pioneers of the fight against
tobacco in Quebec, was extremely moved and
overcome with a wave of emotion. He admitted to the
crowd that, even in his wildest dreams, he never
would have imagined it possible for him to witness
such as event. He felt like the old man Simon who
exclaimed, “Now Lord, your promise has come true;
you can let your servant die in peace”, when he held
the baby Jesus in his arms.
He concluded with humour, however, that he was
certainly a privileged witness to this unique moment,
but not necessarily immediately ready for a final
destiny quite so… heavenly!
The team, therefore, proposed an
experimental pilot project to replace
tobacco farms with other crops, namely
fodder, tree and market crops. Fodder
crops allow farms to reduce the burden put
on the natural resources by the various
types of farming present in the area.
Furthermore, this policy contributes to
the increase in revenue from those farms
benefiting from the project and
established a community structure for
managing the project, which could
become an Agricultural Development
Cooperative at the close of the project.
MONTREAL DECLARATION ON TOBACCO CONTROL
September 18, 2002
We, tobacco control specialists from the French-speaking world, united in Montreal, have concluded that the fight
against tobacco use must necessarily pass through a political solution. The tobacco industry, by propagating tobacco
addiction around the world, constitutes the vector of this epidemic that kills four million people a year. We call for
the introduction of a global policy that includes rigorous control over the tobacco industry.
The State has the responsibility to modify those social environment elements, created in large part by the tobacco
industry, that make our fellow citizens vulnerable to the tobacco epidemic. Governments must with all urgency put
in place a series of effective measures, notably statutory and fiscal, supported by public financing to allow for
control over the epidemic and its effects.
Above all, it is necessary to:
• Put an end to all forms of direct and indirect promotion of this deadly product, including sponsorships;
• Make tobacco less accessible by raising taxes and controlling contraband;
• Protect non-smokers from all exposure to tobacco smoke;
• Promote tobacco cessation and make tobacco weaning aids accessible;
• Inform the public about the content and effects of tobacco products.
Since tobacco use is the worldwide source of enrichment for tobacco manufacturers, their opposition to these
measures is obvious, and they represent the principal opponent to overcome. The solidarity of French-speaking
countries is all the more important considering the fact that developing countries are the new targets of tobacco
multinationals.
The Scientific Committee
1st International Francophone Conference
on Tobacco Control
Montreal – Quebec - Canada
Louis Gauvin
Coordinator
Quebec Coalition for Tobacco Control
Email: [email protected]
62
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Prefacio
Albert Hirsch
La lucha contra el tabaco en África
El consumo cotidiano y durante un
periodo prolongado de productos del
tabaco constituye la primera causa de
mortalidad prematura. Uno de cada dos
fumadores regulares fallece por causa de
una enfermedad relacionada con el
tabaco y uno de cada cuatro muere entre
los 35 y 69 años. El consumo de tabaco
es responsable del 30% de la mortalidad
por cáncer, del 25% de la mortalidad por
enfermedades cardiovasculares, del 75%
de la mortalidad por enfermedades
respiratorias crónicas y complica la
evolución de las enfermedades crónicas,
especialmente la tuberculosis.
Según una estimación en 2005 de la
Organización Mundial de la Salud, OMS,
el consumo de tabaco en el mundo mató
a 5 millones de personas, la mitad de
ellas en los países en vías de desarrollo.
Para 2025-2030 las previsiones son de 10
millones de muertes, de las cuales 7
millones en los países en vías de
desarrollo. La OMS estima que el tabaco
ha matado a 100 millones de personas en
el siglo XX y podría matar a 1000
millones en el siglo XXI. El Centro
internacional de Investigación sobre el
Cancer, CIRC/IARC, estima que el
tabaquismo pasivo aumenta un 30% el
riesgo de cáncer de pulmón y de
enfermedades cardiovasculares.
Esta epidemia industrial se desarrolla en
función de la prevalencia en el hombre
que llega a su pico y luego decrece en 50
años. La prevalencia en el caso de la
mujer sigue la misma evolución, pero
con un retraso de unos cincuenta años
en el inicio del consumo. La epidemia es
responsable de la mortalidad masculina,
y luego femenina, separadas entre sí por
unos veinte años de diferencia. Así pues,
las muertes por tabaco están
relacionadas con su consumo durante
los 20 a 50 años anteriores a la
observación y el auge de la epidemia se
alcanza en un siglo aproximadamente.
Por lo demás, el número de muertes se
estanca o disminuye en los países
Albert Hirsch
Vicepresidente
Liga Francesa contra el Cáncer
París, Francia
Email: [email protected]
industrializados debido a la disminución
de la prevalencia observada en dichos
países desde hace varias décadas. Por el
contrario, el número de muertes
aumenta en los países pobres, auténtica
reserva de mercado para la industria del
tabaco. Las consecuencias sanitarias y
sociales, obstáculo al desarrollo, la
alteración del medio ambiente (el secado
del tabaco es una de las primeras causas
de la deforestación), el aumento de la
pobreza, amenazan seriamente a los
países en vías de desarrollo y
especialmente a África.
público, lo cual está fuera del alcance de
los países africanos, y la puesta a
disposición de la población de métodos
de ayuda para interrumpir el consumo.
La interrupción del consumo del tabaco
es beneficiosa por temprana que haya
sido la fecha de inicio o grande la
cantidad de tabaco consumida. Este
beneficio se observa rápidamente en los
casos de las infecciones de vías
respiratorias en los niños fumadores
pasivos, al cabo de varios meses para las
enfermedades cardiovasculares y de
varios años en el caso del cáncer.
Para conseguir el objetivo de una
exposición nula al humo del tabaco, la
reducción de la oferta y de la demanda
de productos de tabaco constituyen dos
enfoques complementarios.
A escala individual, las técnicas de
ayuda a la interrupción del consumo
comprenden métodos medicamentosos
(sustitutos de la nicotina e inhibidor de
la recaptura de las catecolaminas) caros
y en la práctica, fuera del alcance de los
países en vías de desarrollo. Por el
contrario, el consejo de dejar de fumar
dado por un profesional de salud
(comadrona, enfermera) es eficaz y, si se
repite de manera general, es susceptible
de obtener unos resultados que incidan
en toda la población. En realidad, la
“desnormalización” del consumo del
tabaco, consecuencia de la reducción de
la oferta, instaurando una sociedad que
desvalorice el consumo del tabaco y lo
limite, potencia enormemente la
intención de dejar de fumar y constituye
el método más eficaz para obtener una
reducción del inicio y del consumo de
tabaco. El 31 de Mayo, Día mundial sin
tabaco de la OMS, no podría resumir el
esfuerzo que hay que hacer, pero
representa una ocasión de movilización
y de sensibilización de la opinión
pública que no conviene descuidar.
La regulación de la demanda incluye la
prohibición total de la promoción y de la
publicidad, el aumento significativo anual
y de una sola vez del precio de venta, en
función del peso del tabaco y a través de
los impuestos asociados a todos los
productos del tabaco, la impresión en los
paquetes de advertencias sanitarias
pertinentes, claramente legibles y
rotatorias, la prohibición total de fumar en
los espacios públicos cerrados y
especialmente en los lugares de trabajo,
un etiquetado claro y legible de los
componentes del humo del tabaco, de los
ingredientes y de los aditivos. Y, por
último, una información precisa mediante
campañas masivas y una comunicación lo
más cercana posible a la población sobre
los efectos del consumo, sobre la
composición de los productos del tabaco
y sobre las maniobras de una industria
regularmente condenada por su actividad
engañosa y manipuladora frente a las
poblaciones vulnerables, en especial las
de los países en vías de desarrollo. Raro
es el país que disponga de un dispositivo
completo, especialmente en África donde
la falta de legislación, la corrupción, la
pobreza, la multiplicación de las amenazas
que pesan sobre la salud de las personas
y las poblaciones constituyen un terreno
abonado en el que se precipitan todos los
intereses particulares. La industria del
tabaco sabe aprovecharse de todo ello.
La disminución de la demanda comporta
grandes campañas dirigidas al gran
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
La asociación y el mantenimiento
durante un periodo largo de tiempo del
conjunto de disposiciones en torno a la
oferta y la demanda de los productos del
tabaco, la evaluación de los resultados y
la corrección de los puntos débiles del
dispositivo serán necesarios para
conseguir una mejora significativa de la
salud pública.
El comercio del tabaco no conoce
fronteras y la industria misma organiza el
contrabando. Un tercio de la producción
mundial de cigarrillos circula ilegalmente
y elude los impuestos. Los estados
63
africanos representan una enorme
reserva de mercado para esta industria.
Este es el panorama general de la lucha
contra el tabaco.
En vista de la amenaza, los países
africanos han sabido organizarse para
obtener la adopción del Convenio Marco
para el Control del Tabaco (CMCT)
aprobado por la Asamblea mundial de la
salud el 21 de Mayo 2003. Este tratado es
obligatorio a partir del 27 de Febrero de
2005 para los países que lo hayan
ratificado. La negociación de los
protocolos adicionales del tratado, que
se refieren especialmente a la lucha
contra el comercio ilegal de tabaco,
debería permitir detener el desarrollo del
tabaquismo en los países en vías de
desarrollo.
Este número especial dedicado al
aumento del tabaquismo en el África
francófona reúne experiencia,
testimonios y aportaciones de las
asociaciones que trabajan sobre el
terreno. Representa una etapa esencial
del Acuerdo de Cooperación quinquenal
entre los Centros de Control y
Prevención de Enfermedades de los
EE.UU. y la Unión internacional de
Promoción de la Salud y de Educación
para la Salud, UIPES. Evitar una
catástrofe anunciada para África, éste es
el desafío al que debemos responder.
editorial
Marie-Claude Lamarre y Sylviane Ratte
El aumento del tabaquismo
en el África francófona
Este número especial de Promotion & Education ha
recibido el apoyo económico de los Centros de
Control y Prevención de Enfermedades de los EE.UU.
(CDC), una agencia del Departamento de Salud de
los Estados Unidos de América, y de la Liga francesa
contra el Cáncer.
En 2002, la UIPES redactó y firmó un
Acuerdo de Cooperación con los Centros
de Control y Prevención de Enfermedades
de los EE.UU. (CDC), una agencia del
Departamento de Salud y Servicios
Sociales, después de identificar una serie
de áreas de interés común para
desarrollar iniciativas y estudios de
promoción de la salud y para divulgar
experiencia e información, tanto a escala
mundial como regional. Desde que entró
en vigor el Acuerdo en Agosto de 2002, la
UIPES ha funcionado como organismo
facilitador y, a menudo, coordinador de un
programa integral de promoción de la
Marie-Claude Lamarre
Directora Ejecutiva
UIPES
Email: [email protected]
Sylviane Ratte
Responsable del Programa Tabaco
Instituto francés del Cáncer
Email: [email protected]
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salud y de educación para la salud de
alcance mundial destinado a elaborar
políticas de salud pública, a divulgar
conocimientos demostrados y
experiencias prácticas y a capacitar en
diferentes áreas, como, por ejemplo, el
control del consumo de tabaco.
En el marco de este Acuerdo de
Cooperación a cinco años, los CDC
confiaron a la UIPES la coordinación de un
proyecto de lucha contra el tabaco que
contemplaba diversas actividades de
alcance mundial y otras de especial
interés para África y, concretamente, para
el área francófona.
Se trata de un proyecto en el que
participan diversos socios con la
colaboración de numerosos organismos
internacionales, nacionales y locales,
implicados activamente en la lucha contra
el tabaco, en especial, la Organización
Mundial de la Salud, la Unión
Internacional contra el Cáncer, «The
Campaign for Tobacco-Free Kids», la
INGCAT (Coalición internacional de las
ONG de lucha contra el tabaco), la Unión
internacional contra la tuberculosis y las
enfermedades respiratorias, la Asociación
canadiense de Salud Pública, el
Observatorio del Tabaco en África
francófona, la Liga francesa contra el
Cáncer, la Coalición de Québec contra el
tabaco, SOS Tabagisme (Mali), SOS
Tabagisme (Níger) y numerosos expertos
de todas las regiones del mundo. El
conjunto de acciones realizadas en el
marco de este proyecto pretende dar una
respuesta a la situación del África
francófona.
Si lo comparamos con otras regiones del
mundo, el consumo de tabaco es inferior
en África, pero los estudios demuestran
que aumenta rápidamente en todo el
continente. La industria del tabaco ha
orquestado además sólidas campañas de
marketing y de promoción en África. Si el
consumo de tabaco no se regula y no se
somete a control, se traducirá en el futuro
en una epidemia sumamente grave de
enfermedades crónicas y de
incapacidades. Ahora los países de África
tienen ante sí la posibilidad y el reto de
prevenir esta epidemia y de proteger la
salud futura de sus poblaciones. Se puede
reducir el impacto de la ofensiva de la
industria del tabaco mediante
contracampañas y normativas de salud
pública. Para ello, es necesario, ante todo,
sensibilizar e informar al público sobre las
estrategias y tácticas que utiliza la
industria en África para generar en las
nuevas generaciones la dependencia al
tabaco. Así se completarán los esfuerzos
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
editorial
concertados de los responsables de las
decisiones políticas para proteger la salud
pública tanto a través de la legislación
nacional como a escala internacional
mediante el Convenio Marco para el
Control del Tabaco.
Es evidente la importancia de la
comunicación mediática y la necesidad de
aumentarla, así como la colaboración de
los medios de comunicación en África.
Los responsables de las decisiones
políticas también necesitarán un apoyo
sólido en el momento de aprobar y aplicar
las estrategias de lucha y de control del
tabaco en virtud del Convenio Marco.
También es esencial una mayor
sensibilización de la población sobre los
peligros del tabaco para que permitan la
aceptación de nuevas medidas y el
fortalecimiento de otras ya existentes para
el control del tabaco.
Este número especial sobre el aumento
del tabaquismo en el África francófona
forma parte de esta estrategia. Constituye
un material importante para los actores de
la lucha contra el tabaco, incluidos los
expertos en salud pública. Su objetivo es
sensibilizar a la opinión pública y a los
líderes de opinión y proponer una obra de
referencia a los activistas sobre el terreno,
a los profesionales de los medios de
comunicación, a los responsables de las
decisiones y al gran público. Estructurado
en una serie de varios artículos, este
número especial ofrece una visión general
de los conocimientos actuales sobre la
situación del tabaco en el África
francófona y las respuestas que pretenden
poner freno a esta epidemia creciente. Los
artículos presentan los datos actuales de la
prevalencia del tabaquismo, la evaluación
del impacto sanitario y económico del
tabaco en la región, los nuevos mercados
y las previsiones de expansión de la
industria tabacalera y sus estrategias para
oponerse a las medidas de salud pública.
Los temas más propios de la región, como
el contrabando, la pobreza y la publicidad
se han cubierto mediante artículos breves
encargados a periodistas africanos de
habla francesa por Syfia International, una
agencia de prensa francófona, socia del
proyecto, que aporta eficazmente su punto
de vista sobre el rol y el oficio del
periodista.
Por último, un análisis de las iniciativas
actuales y de los avances en los ámbitos
de la promoción de la salud y del control
del tabaco ilustra cómo el África
francófona se organiza a escala local e
internacional para responder mejor y
hacer frente a esta epidemia en expansión.
Los múltiples testimonios que recoge este
número traducen bien la estrategia de la
industria que apunta a África como su
máximo potencial de desarrollo con una
previsión del crecimiento del consumo que
se cifra en un 16% durante los próximos
diez años, según el Atlas del Tabaco de la
OMS (Mackay & Eriksen, 2002).
No obstante, como concluye Corné van
Walbeek en su artículo, la lucha contra el
tabaco puede ser ganada, y el ingrediente
número uno para ello es una firme
voluntad política combinada con un
partenariado a todos los niveles,
internacional, nacional y local, y con la
aplicación de medidas que hayan
demostrado su eficacia. La elaboración, la
firma y la ratificación del Convenio Marco
representan en este momento un primer
resultado y una enorme esperanza para
todos los que luchan desde hace décadas.
Referencia
Mackay, J. & Eriksen (2002) M., The Tobacco Atlas.
World Health Organization, Geneva.
El Convenio Marco para el Control del Tabaco entra en Vigor
El 27 de febrero de 2005, el Convenio Marco para el
Control del Tabaco (CMCT), el tratado internacional del
tabaco, auspiciado por la Organización Mundial de la Salud
(OMS), se convirtió en una Ley Internacional. La Unión
internacional de Promoción de la Salud y Educación para
la Salud, UIPES, aplaude a los 55 países que lo han
ratificado, por dar un gran paso adelante en la lucha
mundial a favor de la salud pública contra el tabaco. El
CMCT proporciona las herramientas básicas que los países
necesitan para desarrollar una legislación sobre el control
del tabaco cuyo objetivo es disminuir las muertes y
enfermedades que causa la epidemia del tabaquismo.
El convenio fue adoptado por la 56ª Asamblea de la
OMS en Mayo de 2003. La acción del CMCT finalizo el
29 de junio de 2004 con la firma de168 países,
incluyendo la Comunidad Europea. Los primeros 40
países comprometidos contractualmente al CMCT
fueron: Armenia, Australia, Bangladesh, Bhután, Brunei
Darussalam, Canadá, Islas Cook, Fiji, Francia, Ghana,
Hungría, Islandia, India, Japón, Jordania, Kenya,
Madagascar, Maldivas, Malta, Mauricio, México,
Mongolia, Myanmar, Nauru, Nueva Zelanda, Noruega,
Pakistán, Palau, Panamá, Qatar, San Marino, Seychelles,
Singapur, Slovakia, Islas Salomón, Sri Lanka, Republica
Arabe de Siria, Tailandia, Trinidad y Tobago y Uruguay.
Desde el 30 de noviembre de 2004, los siguientes
países también han depositado su ratificación o una
acción semejante: Alemania, Botswana, Dinamarca,
España, Finlandia, Honduras, Latvia, Lesotho, Lituania,
Islas Marshall, Países Bajos, Perú, Reino Unido,
Senegal, Timor-Leste, Turquía y Vietnam.
La entrada en vigor del CMCT marca un momento
histórico para la salud pública. Este convenio pionero
proporciona a los países las herramientas básicas para
proteger la salud de sus ciudadanos contra la
engañosa publicidad de la industria tabacalera.
Requiere que las naciones que han ratificado adopten
políticas efectivas que disminuyan el consumo del
tabaco y salven vidas, por ejemplo: una prohibición
total de toda la forma de publicidad, patrocinio y
promoción del tabaco; poner grandes advertencias
sanitarias en el empaquetado y etiquetado de los
paquetes de cigarrillos y otras medidas de protección
de la salud pública. El tratado también provee a las
naciones una guía para decretar sólidas políticas,
basadas en pruebas científicas, para proteger a la
salud pública que incluyen la protección contra la
exposición al humo del tabaco, aumento de los
impuestos de los productos del tabaco y medidas para
combatir el contrabando de cigarrillos.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
La Organización Mundial de la Salud estima que en
todo el mundo aproximadamente cinco millones de
personas mueren cada año debido al uso del tabaco. Si
la tendencia continúa, se proyecta que para el 2030,
serán 10 millones por año y el 70% de estas muertes
ocurrirán en los países en vía de desarrollo. Al mismo
tiempo que el CMCT contiene las medidas básicas
necesarias para enfrentar el problema del tabaco,
también alienta explícitamente a los países a que
apliquen medidas que vayan más allá de las
estipuladas. Una acción fuerte por parte de los países
les dará la oportunidad de reducir el enorme costo en
salud de los cuidados, así como el costo intangible de
dolor y sufrimiento humano.
Felicitamos a los países que han ratificado el CMCT,
demostrando un compromiso hacia la salud pública.
También invitamos a los países que todavía no han
ratificado el Convenio que se unan a los otros y que
inmediatamente ratifique e implemente el CMCT.
La ratificación e implementación del Convenio son
vitales en la protección de todas las poblaciones contra
el impacto de las devastadoras consecuencias del
tabaco en la salud y la economía.
Para más información: www.fctc.org
65
C. Audera-López, p 7.
Consecuencias de la epidemia del tabaco en la salud
de los países francófonos del África Occidental y estado
actual del control del tabaco
La carga de enfermedades derivadas
del consumo del tabaco que deberá
soportar cada país dependerá de la
prevalencia de dicho consumo y de la
duración de la epidemia. Puesto que la
epidemia del tabaco es relativamente
reciente en los países del África
francófona, actualmente la carga de
enfermedad provocada por el consumo
del tabaco es todavía escasa. No
obstante, está aumentando a medida que
se incrementa el número de fumadores y
a medida que los fumadores llevan más
tiempo fumando. Si se mantienen las
tendencias actuales, los países del África
francófona padecerán las consecuencias
masivas del consumo del tabaco dentro
de veinte o treinta años.
Aparte de las consecuencias clásicas del
consumo del tabaco, como son
determinados tipos de cáncer y
enfermedades cardiovasculares, existen
unas circunstancias de especial
importancia en los países africanos de
ingresos bajos, como son un aumento
del riesgo de la infección por
tuberculosis y de la mortalidad entre las
personas fumadoras, bajo peso al nacer
de los hijos de madres fumadores y la
relación directa de consumo de tabaco
con desnutrición, especialmente en la
población femenina. Es más, los países
en vías de desarrollo, que carecen de
recursos y deben afrontar otros
problemas de salud muy importantes, no
pueden permitirse los costes de las
enfermedades degenerativas causadas
por el consumo de tabaco, puesto que
los tratamientos son sumamente caros.
gobiernos frente al tabaco es el miedo a
generar desempleo y a la pérdida de los
ingresos procedentes de los impuestos
sobre el tabaco Este temor se deriva
principalmente de los argumentos
utilizados por la industria tabacalera.
Aparte de presionar a los gobiernos, la
industria tabacalera utiliza todo tipo de
estrategias para comercializar sus
productos en estos países y
prácticamente no encuentra a su paso
barrera alguna para hacer negocio en
ellos.
Es imprescindible que los países del
África francófona tomen medidas
inmediatas y elaboren programas
integrales y multisectoriales para el
control del tabaco y los apliquen. Estos
programas deberán integrarse en los
programas de salud pública ya existentes
y utilizar la infraestructura y los recursos
actuales para detener la expansión de la
epidemia del tabaco.
En Febrero de 2005, entró en vigor el
Convenio Marco para el Control del
Tabaco de la OMS (WHO FCTC en sus
siglas en inglés). La mayoría de los
países del África francófona han firmado
el tratado manifestando así su voluntad
de convertirse en Miembros en un
futuro. La OMS urge a dichos países a
hacerlo a la mayor brevedad posible y a
aplicar las disposiciones del Convenio
Marco de la OMS para poder controlar la
epidemia del tabaco. A su vez, la OMS
facilitará directrices y asistencia en el
proceso de convertirse en Miembros del
tratado y de aplicar las medidas de
control del tabaco que en él se
contemplan.
I. Saouna, p. 22
Países pobres, el nuevo
Eldorado del tabaquismo
En Níger, un paquete de cigarrillos
equivale al coste de la alimentación de
un día. En Bangladesh, 10 millones de
personas superarían la desnutrición si el
dinero que gastan en tabaco lo
invirtieran en alimentación.
El tabaco empobrece a países y familias.
Los fabricantes de tabaco cuya
expansión ha sido frenada en los países
ricos se lanzan actualmente al asalto de
los países en vías de desarrollo. Es
urgente actuar para atajar lo antes
posible las catástrofes sanitarias y
sociales asociadas al consumo del tabaco
y que ya han sido anunciadas.
El control del tabaco en los países del
África francófona sigue siendo muy
limitado. Con frecuencia, los recursos
humanos y económicos son escasos en
estos países y se dedican a otros
problemas de salud, puesto que
normalmente el tabaco no se halla entre
las prioridades de la salud pública.
La legislación en los países del África
francófona es reducida y no se aplica
debidamente. Una de las razones de más
peso que explica la pasividad de los
66
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Resúmenes
J. de Beyer, p. 12
Las repercusiones económicas del consumo del tabaco en África
Se habla a menudo de los beneficios
económicos que generan el cultivo del
tabaco y la venta de sus productos:
trabajo e ingresos para agricultores y
empleados, ingresos fiscales para los
gobiernos y enormes ganancias para las
empresas tabacaleras, y, en el caso de
algunos países, divisas derivadas de las
exportaciones netas y de la inversión
extranjera. Todo ello es, sin duda,
importante. Sin embargo, en contraste
con estas ganancias económicas, existen
también enormes pérdidas que resultan
menos visibles y de las que se habla
menos, pero que también hay que tener
en cuenta. Muchas de estas pérdidas
económicas derivan de los efectos
adversos del consumo del tabaco sobre
la salud, pero existen otras que afectan a
un grupo mucho más amplio de
ciudadanos y que, concretamente,
pueden exacerbar la pobreza de las
personas fumadoras y de sus familias. El
artículo contempla las repercusiones
económicas del consumo del tabaco en
las familias y a nivel nacional, en los
países en vías de desarrollo, y aporta un
marco para reflexionar sobre las
situaciones concretas de los países del
África francófona.
En contraste con los beneficios
económicos del tabaco, se producen
costes económicos importantes. Los
fumadores generan costes sanitarios
anuales más elevados cuyo peso recae en
las familias, en el erario público y en las
empresas/compañías aseguradoras. Las
pérdidas de beneficios y de
productividad por causa de las
enfermedades relacionadas con el tabaco
y las muertes prematuras pueden ser
inmensas, y las sufren tanto empleadores
como empleados. La enfermedad es una
de las principales causas que precipita la
pobreza. Miles de incendios y de
pérdidas de vidas son provocados por un
simple cigarrillo encendido. Los daños
medioambientales que sufre el terreno de
cultivo del tabaco, por los pesticidas y
fertilizantes, y la deforestación derivada
de la utilización de leña para curar el
tabaco, pueden provocar elevadas
pérdidas económicas. Y están también
los costes de los perjuicios que ocasiona
al bienestar de las familias pobres cuyos
escasos recursos se gastan en cigarrillos
y otros productos derivados del tabaco
en lugar de invertirlos en alimentos u
otras necesidades. En resumen,
concluimos que la reducción del
consumo del tabaco beneficia a la salud,
a la economía y al desarrollo.
S. Ratte y K. Slama, p. 17
El estado de la investigación en el África francófona
Teniendo en cuenta la mortalidad y la
morbilidad directamente relacionadas
con el consumo del tabaco en todo el
mundo, la financiación de una
investigación para el control de dicho
consumo es totalmente insuficiente a
nivel mundial. Si lo comparamos con la
lucha contra otras enfermedades, el
control del consumo del tabaco sigue
estando financiado muy por debajo de
las necesidades reales. Los datos
necesarios para realizar un seguimiento
de la epidemia del tabaco son
inadecuados incluso en los países ricos.
Por ello, no es de extrañar que los
estudios realizados para averiguar la
situación de los datos en los países en
vías de de desarrollo y, especialmente en
el África francófona, concluyan que no
existen datos estandarizados y
comparables en todos los campos
relacionados con el control del tabaco.
Con frecuencia, los datos disponibles son
anticuados, incompletos y poco
representativos. Ello podría explicarse
tanto por la falta de capacidades
adecuadas para llevar a cabo la labor de
investigación como por la escasa
prioridad que se otorga al control del
tabaco en tanto que problema de salud.
En los países pobres y en las regiones en
donde existen otras enfermedades más
acuciantes, como la malaria y el SIDA, la
industria tabacalera no tiene ningún
escrúpulo en utilizar argumentos
infundados sobre su contribución a la
economía del país. De esta forma, las
autoridades se ven intimidadas por la
amenaza de pérdidas económicas o
encandiladas por la promesa de ingresos
económicos inmediatos. Con demasiada
frecuencia esto debilita la voluntad
política de intervenir en el control del
tabaco.
No obstante, los pocos datos disponibles
en la región son alarmantes. En los
últimos años se ha incrementado
rápidamente el consumo del tabaco. La
expansión que proyecta la industria
tabacalera en esta región confirma esta
tendencia. En consecuencia, los
programas de investigación de los países
del África francófona tendrán que tener
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
en cuenta la urgencia de la situación, el
contexto de esta región y lo limitado de
los recursos disponibles.
Recientemente, los programas de
investigación de alcance mundial como
el “Estudio Mundial sobre Tabaco y
Jóvenes” han empezado a ayudar a los
países de ingreso bajo a satisfacer la
necesidad de contar con datos
estandarizados y comparables.
Organismos internacionales, nacionales y
toda la comunidad de ONGs han
discutido el tema de una agenda de
investigación adecuada para el control
del tabaco en los países de ingreso bajo,
con motivo de la elaboración del
Convenio Marco sobre el Control del
Tabaco (CMTC). Teniendo en cuenta que
los factores más importantes para
conseguir cambios en el consumo del
tabaco por parte de la población
incluyen modificar su aceptabilidad
social y ofrecer un marco legal para
controlar el tabaco, las recomendaciones
formuladas para la realización de una
investigación adecuada en los países de
67
ingreso bajo han subrayado la necesidad
de definir programas de investigación
capaces de prestar apoyo a las acciones
que tengan el mayor impacto posible en
la población, que sirvan para acelerar la
ratificación del FCTC, que aceleren la
aprobación de medidas de bajo coste
basadas en la evidencia, como por
ejemplo, aumento de impuestos, que
materialicen la prohibición de publicidad
y la legislación contra el tabaco y que
pongan freno a la ofensiva de la industria
tabacalera en estos países.
Se han iniciado importantes iniciativas
internacionales para apoyar la
investigación sobre el control del tabaco
en los países de ingreso bajo y
particularmente en el África francófona.
No obstante, debido a las barreras
idiomáticas, puede que los países del
África francófona no tengan el mismo
acceso a estas iniciativas que sus
contrapartes de habla inglesa. Por lo
tanto, habrá que prestar especial
atención a fortalecer las iniciativas
recientes en este campo que tengan en
cuenta la importante dimensión del
idioma para los países del África
francófona.
C. Van Walbeek, p. 25
El control del tabaco en Sudáfrica
La finalidad de este artículo es
describir brevemente la experiencia
llevada a cabo en Sudáfrica en materia
de control del tabaco y subrayar algunas
de las lecciones que serían aplicables a
otros países en vías de desarrollo.
La estrategia de control del tabaco en
Sudáfrica se basa en dos pilares
principales: (1) aumento rápido de los
impuestos sobre el tabaco y (2) una
legislación integral, uno de cuyos rasgos
más importantes es la prohibición de
cualquier tipo de publicidad y de
patrocinio del tabaco y la prohibición de
fumar en los lugares públicos y de
trabajo. Como resultado del aumento de
los impuestos, el precio real de los
cigarrillos (ajustado a la inflación) ha
aumentado en un 115% entre 1993 y 2003.
El consumo total de cigarrillos ha
disminuido alrededor de un tercio y el
consumo per capita ha disminuido un
40% desde 1993. A pesar de la
disminución del consumo de cigarrillos,
los ingresos del gobierno derivados de
los impuestos sobre el tabaco han
aumentado casi 150% entre 1993 y 2003.
Podemos aprender varias lecciones
importantes de la experiencia de
Sudáfrica en materia de control del
tabaco. En primer lugar, se necesitó
68
ejercer una presión fuerte y permanente
para convencer al gobierno de que
llevase a cabo una estrategia eficaz de
control del tabaco. Para avalar las
reclamaciones de los que ejercieron este
lobbying y darles credibilidad se
utilizaron estudios realizados en
diferentes países, que abarcaban
diferentes disciplinas.
En segundo lugar, los aumentos rápidos
de los impuestos sobre los cigarrillos son
especialmente eficaces para reducir el
consumo del tabaco. El aumento de los
impuestos incrementa el precio de los
cigarrillos lo que a su vez reduce su
consumo. En Sudáfrica, un aumento del
10% del precio real de los cigarrillos
reduce el consumo entre un 6% y 8%. En
muchos otros países en vías de
desarrollo se han obtenido resultados
similares.
En tercer lugar, si bien se considera por
lo general que un aumento de los
impuestos es la medida de control del
tabaco más eficaz, la legislación
desempeña también un papel importante
dentro de una estrategia integral de
control del tabaco. La prohibición de
publicidad y de fumar en los lugares
públicos y en los puestos de trabajo le
quita carta de naturaleza al hecho de
fumar y le despoja también de su
atractivo social, y probablemente
potenciarán la eficacia de otras
iniciativas de control del tabaco.
En cuarto lugar, la industria tabacalera
normalmente pretende participar de
forma constructiva en la redacción
«razonable y sensata» de la legislación de
control del tabaco. La experiencia de
Sudáfrica muestra que cuando las
empresas tabacaleras entraron en el
proceso de redacción del borrador de la
ley en 1993, su papel consistió en
retrasar y diluir la legislación. En 1998,
durante la redacción de una enmienda a
la legislación original, se hizo caso omiso
de sus opiniones y el resultado fue una
ley mucho más integral y eficaz.
En quinto lugar, la legislación de control
del tabaco, especialmente las leyes que
prohíben fumar en el interior de los
locales públicos, es fácil de aplicar. No
necesita la mano dura de una
intervención policial, como suelen
argumentar las tabacaleras. Lo que hace
la legislación es dejar claro que el
derecho de las personas a respirar aire
limpio es superior al derecho de los
fumadores a fumar. Como norma, los
fumadores evitan fumar en los lugares
donde no está permitido.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Resúmenes
Tácticas de la industria del tabaco
Este texto es un resumen de los artículos escritos
por N. Collishaw, F. Damphousse, L. Gauvin y F.
Thompson (p. 28-33).
A finales de los años 90, gracias a las
acciones legales emprendidas contra las
tabacaleras de todo el mundo se
desvelaron millones de páginas de los
documentos internos de dichas
industrias. En ellas se revelaban las
estrategias y tácticas de la industria
tabacalera para captar fumadores,
jóvenes o no, para negar las
consecuencias de fumar, para retrasar las
medidas de salud pública y la legislación
al respecto o anularlas, y se destapaban
actividades delictivas como el fraude
científico, la participación en el
contrabando organizado, el montaje de
organizaciones pantalla, la corrupción.
Cuatro experiencias canadienses sirven
para exponer ejemplos de la conducta
punible de la industria tabacalera. Son
tácticas utilizadas en todo el mundo por
los fabricantes de cigarrillos y tienen
cada vez más peso en el contexto del
África francófona.
“Contrabando de cigarrillos: un
fenómeno de gran alcance al único
servicio de los intereses de los
grandes fabricantes”. Utilizando citas y
documentos de los directivos de las
tabacaleras, el artículo demuestra la
implicación de los fabricantes de
cigarrillos en la organización del
contrabando y el doble uso que hacen
del mismo: por un lado, para inundar los
mercados con cigarrillos baratos y
derrotar los esfuerzos de los gobiernos
de reducir el consumo del tabaco
mediante una de las medidas de salud
pública más eficaces (es decir, impuestos
elevados sobre los productos del tabaco)
y, por otro lado, utilizando la amenaza
falsa del aumento del contrabando para
asustar a los políticos y evitar que
aprueben políticas fiscales duras. El
Convenio Marco para el Control del
Tabaco (CMCT) con un protocolo sobre
el contrabando y la colaboración entre
los organismos internacionales es la
única vía interpuesta para contrarrestar y
vencer los intentos de la industria
tabacalera de sabotear las medidas de
salud pública.
“La conquista de las zonas sin humo
frente a las tácticas de las tabacaleras:
información científica engañosa y
grupos pantalla. La experiencia
canadiense” destaca que la industria
tabacalera descubrió, ya en 1978, que el
problema de los fumadores pasivos era la
cuestión que más amenazaba su viabilidad
económica de futuro. De ahí surgió una
estrategia muy sofisticada por la que los
fabricantes de cigarrillos contrataron a
consultorías de comunicación y a
empresas de relaciones públicas para que
generasen una falsa oposición a la
prohibición de fumar empleando grupos
pantalla completamente financiados y
orquestados por la industria tabacalera.
Esto explica por qué la prohibición de
fumar, una medida aparentemente fácil de
adoptar, fue tan difícil de aprobar y aplicar,
a pesar del conocimiento general de los
beneficios que conlleva para la salud y
para la economía, y de contar con el favor
de la opinión pública. Desvelar estas
estrategias ha servido para que la industria
tabacalera haya perdido terreno en esta
cuestión, si bien queda mucho por hacer
para proteger a los fumadores pasivos,
pero se avanza lentamente en Canadá.
“Estrategias de la industria tabacalera:
comercializar cigarrillos para los
jóvenes”, explica que los fabricantes de
cigarrillos se han visto obligados a
reconocer que un objetivo de sus
estrategias de marketing eran los jóvenes
a los que captan como futuros
fumadores. Así lo dicen documentos
internos y derivados de los litigios
emprendidos contra ellos, a pesar de que
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
lo habían estado negando públicamente
durante años.
Dado que la mayoría de los fumadores
empieza y se engancha al tabaco en edad
temprana y que el vínculo entre
publicidad, promoción e iniciación al
consumo está bien demostrado, los
países deberían adoptar una prohibición
total de publicidad y promoción del
tabaco. El CMCT es la mejor vía para
lograr una prohibición mundial.
“El fraude más grande del siglo:
cigarrillos ‘light’ explica uno de los
fraudes más grandes que han realizado
las empresas a los consumidores.
Aprovechándose del deseo de los
fumadores de encontrar cigarrillos que
no les perjudicasen tanto, los fabricantes
de cigarrillos engañaron y confundieron
a millones de personas haciéndoles
creer que existía un producto de estas
características y los animaron a pasarse a
los cigarrillos «light», cuando sabían
perfectamente que estos productos no
eran en modo alguno menos nocivos que
los otros. Los fabricantes de cigarrillos
engañaron también a las autoridades
omitiendo una información esencial
porque los fumadores no funcionan
como las máquinas de medición y
probablemente compensen recurriendo
a los cigarrillos de acuerdo con sus
necesidades de aporte de nicotina. Así,
las máquinas utilizadas para medir el
contenido de alquitrán y de nicotina
nunca podrán reflejar la realidad, y eso
despoja completamente de sentido a la
información impresa en los paquetes de
cigarrillos.
Muy pocos países han prohibido el uso
de adjetivos engañosos como «light». Es
de esperar que el CMCT que contiene
una disposición sobre el empleo de
adjetivos calificativos, evitará que se
repita el fraude en el resto del mundo y
especialmente en los países de África.
69
África: El cigarrillo ¿un producto con futuro?
El cigarrillo no matará a la señorita C. Ella
no sólo no fuma, sino que el cigarrillo le
ayuda a vivir. Esta bonita guineana ha
sido contratada para convencer a los
jóvenes que «fumar es lo que se lleva». No
dice su nombre para no perder su
trabajo, pero repite a ultranza su
discurso: «El que no fuma no está en el
rollo. Queda relegado a segundo plano. No
fumar significa estar desfasado, pasado de
moda». Y continua, sin la menor
vacilación: «Fumar es un acto cívico
civilizado, de enorme alcance social,
propio del hombre que va a la última,
moderno y a la moda.» «Nunca nos
quedamos sin ideas ni argumentos para
incitar a los jóvenes a fumar y sobre todo a
casarse con nuestra marca, nos explica,
pues la competencia en ámbito del tabaco
es despiadada. El mercado revierte en el
que más promoción hace. El arte de
convencer es una baza importante: no
vacilamos en encenderle el cigarrillo al
joven cuando es necesario».
tabaco me permite alimentar a mi familia,
ahorrar y sobre todo entablar relaciones
provechosas.» Su suerte es envidiable en
un país en el que el 40% de la población
vive por debajo del umbral de la
pobreza.
Pero en países tan pobres como éste, si la
salud pública importa, el mantenimiento
de todos estos pequeños empleos
informales del tabaco es un reo social
igualmente importante. Ello explica en
parte las reticencias de los poderes
públicos a regular la venta de los
cigarrillos y su publicidad. Guinea no es
el único país africano en el que los
cigarrillos gozan de todos los derechos.
Bénin, por ejemplo, que ocupa el puesto
158, de los 173 censados, en la
clasificación del Informe Mundial sobre
desarrollo humano 2002, firmó el 18 de
Junio de 2004 el primer tratado
internacional de salud pública, el
Convenio marco de lucha contra el
tabaco, lo que muestra cierta voluntad
política. Pero desde el punto de vista
económico, el Estado afirma no poder
prescindir ni de los empleos del sector ni
de los impuestos que éste genera. Así que
los distribuidores de cigarrillos disfrutan
de la libertad más absoluta. En Bénin se
le da vuelta fácilmente a la ley: sólo
existe un decreto ministerial aprobado en
Octubre 1991. Prohíbe fumar en los
hospitales y servicios sanitarios. En
cuanto a la fabricación y a la
comercialización de cigarrillos, «las
empresas gozan de libertad absoluta desde
finales de los años 80», resume un agente
de la Dirección de comercio interior.
Encendedoras de cigarrillos
La salud de la economía ante todo
En Conakry, estas encendedoras de
cigarrillos están por todas partes. No hay
ni un solo lugar público que se libre de
ellas. Están en los mercados, en las
discotecas, en los estadios. Llegan a
regalar paquetes enteros para dar a
conocer nuevas marcas. El reclutamiento
de estas azafatas no obedece a otro
criterio que el de las dos «b»: belleza y
boquilla. Al menos una docena de
marcas conocidas se reparten el mercado
guineano. Algunas emplean a unas
cincuenta personas. «En este trabajo,
prosigue la representante, atravesamos el
país en 4x4 con unas dietas de 5000Fcfa
(7,6 Euro) diarios y un salario mensual de
75.000 Fcfa (115 Euro). La promoción del
Al parecer, el estado de Bénin tiene
mucho que ganar gracias a esta ausencia
de medidas restrictivas sobre el comercio
del tabaco. A principios de los años 90, el
grupo británico Rothmans (absorbido en
1999 por el americano BAT British
American Tobacco) compró Manucia, la
empresa pública de fabricación de
cigarrillos. De 2000 a 2002 casi se ha
duplicado la cantidad percibida por
Bénin en concepto de derechos
aduaneros sobre las importaciones de
tabaco y cigarrillos, pasando de 610
millones de Fcfa a más de 1.100 millones.
Este texto es un resumen de los seis artículos
escritos por los periodistas del África fracónofona y
presentados para este número a través de Syfia
International (p. 34-38).
Para la industria del tabaco, el mejor
medio de vender sus productos es
garantizar su promoción y evitar
legislaciones restrictivas. África reúne
estas condiciones que hacen de este
continente un mercado de futuro,
despreocupado de la salud de los
consumidores.
70
Además de los ingresos propios que
percibe directamente, el Estado no
muestra ninguna inclinación a poner freno
al patrocinio de acontecimientos culturales
(especialmente de conciertos de música)
por parte de las tabacaleras. “La ocupación
de los espacios públicos es de pago.
Nosotros la autorizamos a cambio del pago
de una cantidad establecida en 25.000 Fcfa
y el pago de unos derechos diarios de 1.000
Fcfa”, revela un empleado del servicio
comercial del ayuntamiento de Cotonou.
El ayuntamiento percibe igualmente
cánones anuales que satisfacen las
sociedades de comunicación, propietarias
de las vallas publicitarias que alaban a
diario los productos de las tabacaleras.
Son cantidades irrisorias en comparación
con los estropicios que provocan en la
salud.
Más rápidamente que Bénin, la República
Democrática de Congo ha puesto en
marcha desde 2002 una legislación para
reducir la incitación al consumo de
tabaco. Desde entonces se prohíbe la
publicidad en los medios de
comunicación y en banderolas y vallas
publicitarias de la red viaria. En los
paquetes y cartones de cigarrillos figura la
advertencia sanitaria “Fumar es perjudicial
para la salud”, así como el contenido en
alquitrán y en nicotina. Sin embargo, estas
indicaciones tienen muchas posibilidades
de pasar totalmente desapercibidas en la
mayor parte de los países africanos puesto
que la mayoría de fumadores compran los
cigarrillos por unidades y raras veces ven
el color de un paquete de cigarrillos.
Así pues, nada de publicidad, pero
numerosos artículos en la prensa, puesto
que determinadas empresas tabacaleras
enarbolan la apología de la lucha
antitabaco. En Kinshasa, por ejemplo,
Tabacongo ha llevado a cabo de esta
guisa las campañas de «prevención del
tabaquismo entre los mineros» con
fuerzas renovadas en los medios de
comunicación. Según el director general
de Tabacongo, es la amplitud del
fenómeno del tabaquismo infantil lo que
ha conducido a la empresa «a investigar
junto con otros componentes de la
sociedad, verdaderas soluciones,
soluciones justas a este problema de la
sociedad». Una contrapropaganda
sorprendente capaz de privar a los
vendedores de cigarrillos de sus futuros
clientes. No, más bien una estrategia
comercial innovadora para que hablen
de ellos.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Resúmenes
Hacer sin hacer fumar
Conscientes de la ambigüedad entre
salud pública y salud económica,
algunas comunidades intentan
prescindir del apoyo envenenado que
les ofrecen las empresas tabacaleras. En
Costa de Marfil, la comunidad de
Koumassi, por ejemplo, organiza cada
viernes, desde hace dos años, la emisión
de un espectáculo gratuito que atrae a
miles de jóvenes. Artistas de prestigio
internacional como Aïcha Koné o Gadji
Celi han participado ya en esta emisión
transmitida por Radio N’Gowa. Está
financiada por colaboradores muy
diversos: empresas de decoración,
fabricantes de cosméticos, casas de
discos, de distribución de casettes y de
CD. Por principio -explica M. Wayoro
Guy-Chrles, director del servicio sociocultural de Koumassi-, el alcalde y su
equipo, desde su toma de posesión en
2000, exigen que las empresas de tabaco
y de bebidas alcohólicas no se asocien a
estas manifestaciones. “Hemos
comprendido que el cigarrillo hace más
mal que bien y queremos organizar
actividades sanas para la población
rural”, sostiene también Kofi William,
miembro de una asociación que
organiza un torneo de fútbol muy
popular en Ebilassokro, al este de Costa
de Marfil. La misma política han
adoptado los responsables del Palacio
de la cultura de Abidján donde está
prohibido cualquier cartel o actividad en
el que colaboren empresas de tabaco o
alcohol.
Fumar mata
Aunque todavía muy aisladas, las
reacciones de estos organizadores de
actos evidencian la toma de conciencia
de los peligros del cigarrillo y sobre todo
de la contradicción intrínseca de
financiar las distracciones de los jóvenes
por empresas cuya producción perjudica
gravemente a la salud de los mismos. En
regiones todavía más pobres en las que
no existe mercado para el cigarrillo, el
problema no se plantea: ¡sin mercado no
hay patrocinadores!
Desafortunadamente, en los lugares donde
el cigarrillo no tiene salida, se abre paso el
tabaco de mascar. En Madagascar, por
ejemplo una tesis de medicina de 1995
afirma que casi uno de cada tres
malgaches (31% de la población) masca
tabaco industrial. Y eso que el 75% de la
población vive por debajo del umbral de
la pobreza. Mascar tabaco es pues un lujo,
aunque el tabaco de mascar sea 20 veces
menos caro que los cigarrillos.
Un lujo caro en esperanza de vida, como
comprobamos al leer el sitio web de la
Sociedad canadiense de lucha contra el
cáncer, que igual que el cigarrillo es a los
pulmones “diversos estudios en todo el
mundo han establecido un vínculo
concluyente entre el tabaco de mascar y el
cáncer de la cavidad bucal”. La empresas
tabacaleras, por su parte, se comportan.
British American Tobacco, al día
siguiente del Día Mundial sin Tabaco
2004, inauguraba en Bénin una
ampliación de sus instalaciones que le
permitirá alcanzar una producción de
4.000 millones de cigarrillos
L. Huber, F. Thompson y S. Ratte, p. 40
El Convenio Marco para el Control del Tabaco:
¿esperanza para África?
Los países del África francófona tienen
mucho que ganar del primer tratado
internacional de salud pública, el
Convenio Marco para el Control del
Tabaco (CMCT) aprobado en Mayo de
2003 por 168 países miembros de la
Asamblea mundial de la Salud. En el
transcurso de las negociaciones, África
mostró un frente unido y fuerte. Existen
enormes dificultades para incluir el
control del tabaco en el orden del día
de esta región del mundo. Sólo una
fuerte movilización de la sociedad civil
puede asumir este reto. Algunas ONGs
como la Alianza para el Convenio Marco
ayudan y deben continuar apoyando la
acción de algunos actores todavía
aislados y favorecer el acceso a los
datos y a la información disponible
únicamente en inglés para que la
barrera lingüística deje de ser un freno a
la protección de la salud de los
ciudadanos de los países del África
francófona.
D. Houéto y C. Kassa, p. 43
Hacia una nueva estrategia de lucha
contra el tabaquismo en África
La lucha contra el tabaquismo es, hoy
en día, una cuestión vital puesto que la
epidemia se extiende con graves
consecuencias y porque los perjudicados
no son sólo los fumadores. El mundo
entero ha tomado conciencia del mal que
representa el tabaco y se han llevado a
cabo diversas iniciativas entre ellas, la de
la Unión Internacional de Promoción de la
Salud y de Educación para la Salud
(UIPES), apoyada por diferentes socios.
Esta iniciativa cuyo punto de mira está
principalmente en África ha permitido
que los profesionales de salud de Bénin
se organicen en torno al éxito del primer
seminario internacional francófono sobre
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
el aumento del consumo del tabaco, a fin
de construir partiendo de los cimientos
creados en Ouidah (Bénin) en Noviembre
de 2002. Cuentan con las conquistas
mundiales en el terreno de la lucha contra
el tabaquismo y, más concretamente, con
la voluntad política de sus autoridades
gubernamentales.
71
www.syfia.info
Syfia International – Africa día a día
De la agencia de prensa
a la agencia-escuela...
• Syfia International es una agencia de
prensa independiente que agrupa a 10
agencias (6 africanas y 4 de Europa y
Canadá). Su fuerza reside en un equipo
de 60 periodistas que cubren 35 países
del África francófona, de Asia y de
Europa.
• Desde hace más de 15 años, Syfia es a
la vez una agencia de prensa
reconocida por numerosos medios de
comunicación francófonos y una
agencia-escuela apreciada por los
periodistas de África.
• En 2004, Syfia creó Syfia Grands Lacs,
una agencia regional centrada en la
República Democrática de Congo,
Ruanda y Burundi.
Syfia International:
la agencia de prensa
Otra mirada sobre los países de África
• El rasgo distintivo de Syfia es la
prioridad que se otorga al terreno y a los
testimonios vivos. La mayor parte de los
artículos son redactados por los
corresponsales africanos.
Una amplia difusión en la prensa
francófona
• Syfia produce de 5 a 8 reportajes por
semana, es decir, más de 33 artículos al
año. Los artículos se envían a 200
periódicos de la prensa francófona,
principalmente de África. Cada artículo
se publica en 8 o 10 periódicos como
media.
www.syfia.info: 4000 artículos
y 1000 fotografías
• El sitio web de Syfia, www.syfia.info,
permite acceder a más de 4.000
artículos en su texto integral, es decir, a
15 años de producción de la agencia y
a 1000 fotografías. Un potente
navegador facilita la búsqueda de los
mismos.
Syfia Grands Lacs:
informar para reconciliar
• Inaugurada en Abril de 2004, Syfia
Grands Lacs se esfuerza por dar a
conocer las realidades y las poblaciones
de las diversas regiones para luchar
contra la estigmatización y los rumores.
• La producción de artículos, su amplia
difusión en los tres países de la región y
la formación de los periodistas para
reforzar sus competencias profesionales
y deontológicas constituyen las tres
actividades de la agencia.
Syfia: la agencia-escuela
• Para Syfia, la formación se realiza sobre
el terreno; en consecuencia, es
inseparable de la producción. Sus
diversos programas privilegian los
aprendizajes prácticos de larga
duración.
Formación permanente
de los corresponsales
• Syfia forma de manera permanente, por
correo electrónico y teléfono, a los
periodistas del equipo: 200 periodistas
se han formado de esta manera.
La tutoría
• Desde hace tres años, las oficinas
africanas de Syfia transmiten su
experiencia a los jóvenes periodistas de
las redacciones locales.
FormAction: el sitio web de formación
a distancia de Syfia
• En 2004, Syfia creó una web de
formación «tutelada a distancia»
destinada a los periodistas africanos
que pueden seguir módulos de
formación pensados especialmente para
ellos, con el seguimiento individualizado
por parte de un tutor.
Contact :
SYFIA International
20, rue du Carré du Roi
34 000 Montpellier – Francia
Tel.: 33 (0) 4 67 52 79 34
Fax: 33 (0) 4 67 52 70 31
Email: [email protected] - www.syfia.sinfo
R. Ben Zid, p. 47
Túnez: proyecto piloto de reconversión de explotaciones
agrícolas que cultivan tabaco en cultivos diversificados
Los objetivos del proyecto que
presentamos en este artículo eran
reconvertir las explotaciones
productoras de tabaco en cultivos no
nocivos para la salud, permitiendo al
mismo tiempo el desarrollo de la
agricultura en un ecosistema forestal.
Nos propusimos, pues, a título
72
experimental, remplazar el cultivo del
tabaco en estas explotaciones por otros
cultivos, especialmente cultivos de
forraje, de árboles y de hortalizas. Los
cultivos de forraje permiten disminuir la
presión ejercida sobre los recursos
forrajeros del bosque por los diferentes
tipos de ganadería presentes en la zona.
Por otro lado, esta política contribuye a
aumentar los ingresos de las
explotaciones beneficiarias del proyecto
y pone en marcha una estructura
comunitaria de gestión del mismo que
con el tiempo podrá convertirse en
Agrupación de Desarrollo Agrícola.
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Resúmenes
M. H. Cherif, p. 45
Problemática del tabaco en el África francófona
y perspectivas regionales del OTAF
El problema del tabaco es mundial y
es político. La epidemia y el aumento
del tabaquismo en África es una
amenaza para la salud en nuestro
continente y tendrá repercusiones
socioeconómicas importantes en los
próximos años.
Las importaciones fraudulentas de
cigarrillos se llevan a cabo cada vez más
en los países africanos, donde existe un
contrabando bien estructurado. Los
cigarrillos de contrabando son todavía
más tóxicos con tasas de nicotina y de
alquitrán muy elevadas.
En el mundo hay alrededor de 1.100
millones de fumadores y en 2025 el
número superará los 1.600 millones. De
aquí a 2030, 10 millones de
fallecimientos estarán relacionados con
el consumo del tabaco, la mayor parte
de ellos en los países en desarrollo.
El padrinazgo y la publicidad directa e
indirecta se desarrollan bajo todas sus
formas, Proliferan los mensajes
publicitarios agresivos cuyo punto de
mira es la población africana sobre la
que actúan con cinismo, manipulación,
complicidad en el contrabando a plena
luz y falta de respeto por las leyes, y
explotan todos los temas para promover
el consumo del tabaco entre las
poblaciones diana (jóvenes, mujeres, los
más pobres). La industria tabacalera
recluta diariamente nuevos fumadores en
África, para remplazar a los que mueren.
Alrededor de 8 fumadores de cada 10
empezaron antes de los 18 años y éstos
representan el futuro de la industria.
La industria del tabaco aparece
claramente en el núcleo del desarrollo
de la pandemia del tabaquismo en el
siglo XX. Los fabricantes de cigarrillos,
en particular, han hecho del tabaco un
producto de consumo masivo, y han ido
abriendo progresivamente nuevos
mercados: anteayer los hombres, ayer
las mujeres y los jóvenes, hoy los países
en desarrollo. La estrategia es idéntica:
aumentar las ventas a costa de una
pesada carga para la salud de las
poblaciones. En el momento en el que
la demanda disminuye en los países del
Norte, las tabacaleras acuden a los
países en desarrollo, y especialmente a
África, para compensar sus pérdidas de
mercado.
La estrategia cínica de la industria
apunta a África como su potencial más
fuerte de desarrollo, previendo un
crecimiento del consumo del 16% en los
próximos diez años, según el reciente
Atlas del tabaco en el mundo de la
OMS.
Era imprescindible poner en marcha un
Observatorio del Tabaco en África
francófona(OTAF) para resituar la
problemática africana del tabaco,
contribuir al desarrollo de la francofonía
en África, dar a conocer en todo el
mundo sus necesidades, sus iniciativas,
sus acciones y luchar eficazmente
contra el tabaco y las prácticas de la
industria tabacalera.
Un año después de la puesta en
funcionamiento del OTAF en Bamako,
gracias al esfuerzo de todos sus
miembros y al apoyo de la Liga francesa
contra el Cáncer y del UICC, en
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
Diciembre de 2002 ha quedado
estructurado finalmente en Niamey el
Observatorio del Tabaco del África
francófona.
El OTAF es el órgano independiente cuya
misión es recopilar, elaborar y divulgar
información sobre todos los aspectos del
tabaco a fin de suscitar y apoyar
acciones de salud pública.
Se trata de un centro de referencia para
el África francófona y de asesoramiento
técnico para los poderes públicos sobre
la temática del tabaco. Se cuenta con los
trabajos del OTAF para informar a los
poderes públicos sobre las medidas más
eficaces para luchar contra el tabaco. Es
responsabilidad del OTAF promover
acciones de protección de la salud de los
jóvenes y de los no-fumadores, informar
sobre los perjuicios del tabaco y sobre
las prácticas de la industria tabacalera.
En él reside la esperanza de organizar
una lucha contra el tabaco basada en
datos sólidos y científicos y de calidad.
El OTAF es el único órgano en el África
francófona de vigilancia de la epidemia
del tabaco y de las prácticas y
maniobras, conocidamente deshonestas,
de las industrias tabacaleras.
El OTAF es hoy en día el único centro
de referencia en materia de lucha contra
el tabaco en el África francófona.
Colabora en varios proyectos con la Liga
contra el Cáncer, la UICC, la UIPES y
otros. Este éxito ha sido coronado por
un trofeo otorgado por la Organización
Mundial de la Salud y por un diploma
de reconocimiento firmado por la
Directora general de dicha institución.
73
Preámbulo
a la Declaración
de Montreal
La Declaración de Montreal se concibió como una
carta para a lucha contra el tabaco en la que el
conjunto de países francófonos podrían inspirarse
para las actividades que realizasen con el fin de
reducir el tabaquismo en el transcurso de los
próximos años.
Se presentó el último día de la 1ª Conferencia
Internacional Francófona para el control del tabaco
(18 Septiembre 2002) a los 400 participantes y a
los medios de comunicación.
El momento más impresionante y conmovedor fue sin
duda la salva de aplausos tan intensos como
inesperados que siguió a la lectura de la Declaración
de Montreal por parte del doctor Marcel Boulanger,
presidente del Comité científico internacional,
responsable de la redacción de la declaración.
Al final de la prolongada ovación, el doctor
Boulanger, uno de los pioneros de la lucha
antitabaco en Québec, todavía preso de la emoción,
reveló a los asistentes que nunca habría llegado a
imaginar, ni en sus sueños más descabellados, que
podría ser testigo de un acontecimiento como aquel.
Se sentía como el anciano Simeón, que exclamó
tomando al niño Jesús en brazos: «Ahora, Señor, se
ha cumplido tu promesa; puedes dejar morir en paz
a tu servidor.»
No obstante, concluyó con humor que si bien era el
testimonio privilegiado de un momento único, no
estaba todavía preparado para un destino
tan...celestial.
DECLARACIÓN DE MONTREAL POR EL CONTROL DEL TABACO
18 de septiembre de 2002
Nosotros, especialistas en el control del tabaco del mundo francófono reunidos en Montreal, hemos concluído que la
lucha contra el tabaquismo pasa obligatoriamente por una solución política. La industria tabacalera está propagando
la dependencia al tabaco a través del mundo, y constituye el vector de esta epidemia que mata a 4 millones de
personas por año. Exigimos la puesta en práctica de una política global, que incluya en un marco riguroso a la
industria tabacalera.
El Estado tiene la responsabilidad de modificar los elementos del entorno social creados por la industria del tabaco,
que hacen a nuestros conciudadanos vulnerables a la epidemia del tabaquismo. Los gobiernos deben poner en
práctica urgentemente un plan eficaz de medidas, especialmente, reglamentarias y fiscales, apoyado por un
financiamiento público, permitiendo así, controlar dicha epidemia y sus efectos.
Antes de todo, es necesario:
• Poner fin a cualquier forma de promoción directa e indirecta de ese producto mortal, incluyendo auspicios.
• Hacer el tabaco menos accesible, aumentando los impuestos y controlando el contrabando.
• Proteger a los no fumadores contra cualquier exposición al humo del tabaco.
• Apoyar el alto al tabaquismo y poner a disposición las ayudas para tal actividad.
• Informar al público del contenido y de los efectos de los productos del tabaco.
El tabaquismo es la fuente del enriquecimiento de los fabricantes de cigarrillos, y la oposición de los mismos a
estas medidas, se evidencia; y hace de ellos, los adversarios principales a combatir. La solidaridad de los países de
la francofonía es muy importante sabiendo que los países en proceso de desarrollo, son los nuevos objetivos de las
multinacionales tabacaleras.
El Comité científico
1a Conferencia internacional francófona
por el control del tabaco
Montreal – Quebec - Canada
Louis Gauvin
Coordinador
Coalición de Québec para el control del tabaco
Email: [email protected]
74
IUHPE – PROMOTION & EDUCATION SUPPLEMENT 4 2005
International Union for Health Promotion and Education
Union Internationale de Promotion de la Santé et d’Éducation pour la Santé
Unión Internacional de Promoción de la Salud y Educación para la Salud
Honorary President:
Raoul Senault, France
President:
Maurice Mittelmark, Norway
Past President: Spencer Hagard, United Kingdom
Global Vice Presidents:
Pierre Arwidson, France
Marcia Hills, Canada
Hans Krosse, The Netherlands
David McQueen, United States
Rob Moodie, Australia
Michel O’Neill, Canada
Alyson Taub, United States
Marilyn Wise, Australia
Regional Vice Presidents:
John Kenneth Davies, United Kingdom (Europe)
Marcia Faria Westphal, Brazil (Latin America)
Brick Lancaster, United States (North America)
Toshitaka Nakahara, Japan (Northern Part of the Western Pacific)
K. Basappa, India (South-East Asia)
Michael Sparks, Australia (Southwest Pacific)
Regional Directors:
Hiram Arroyo, Puerto Rico (Latin America)
Claudia Coggin, United States (North America)
Masaki Moriyama, Japan (Northern Part of the Western Pacific)
N. R. Vaidyanathan, India (South-East Asia)
Jan Ritchie, Australia (Southwest Pacific)
Regional Offices:
Europe
c/o J. K. Davies
Faculty of Health, Univ. of Brighton
Falmer, Brighton BN1 9PH, U.K.
E-mail: [email protected]
South-East Asia
Directorate of Health & Family
Welfare Services Complex
Anand Rao Circle,
Bangalore 560009
E-mail: [email protected]
The mission of the International Union for
Health Promotion and Education (IUHPE) is
to promote global health and contribute
to the achievement of equity in health between
and within countries of the world. The IUHPE
fulfils its mission by building and operating
an independent, global, professional network
of people and institutions to encourage the free
exchange of ideas, knowledge, know-how,
experiences, and the development of relevant
collaboration projects both at the global
and regional levels. The work of the IUHPE
includes: advocating for actions that promote
health, improving and advancing the quality
and effectiveness of practice, advancing
knowledge, and developing capacity globally,
regionally and locally to do health promotion
and health education.
The IUHPE comprises the following
membership categories: Trustee Members
(organisations of national scope which are
responsible for organising and/or supporting
health promotion and health education
in their country, state, province, region,
or equivalent level), Institutional Members
(organisations of international, national,
or local scope, one of whose main purposes
is to undertake, or promote one or more aspects
of health promotion and health education,
and/or which focus on specific themes,
target groups, or settings), Individual Members
(individuals who support the mission, goals,
and objectives of the IUHPE), and Honorary
Members (an individual or organisation
who makes a special contribution to the mission
of the IUHPE, or to the development
of its goals and objectives may be invited
to be an Honorary Member).
North America
University of North Texas
Health Science Center, School of Public Health
3500 Camp Bowie Blvd., Fort Worth, TX 76107-2699
United States
E-mail: [email protected]
Northern Part of the Western Pacific
Fukuoka University School of Medicine
Department of Public Health
7-45-1 Nanakuma, Jonanku, Fukuoka
JAPAN 814-0180
Tel : +81-92-801-1011 x.3315
Fax: +81-92-863-8892
E-mail: [email protected]
Latin America
Universidad de Puerto Rico
Recinto de Ciencias Médicas
Facultad de Ciencias Biosociales
y Escuela de Salud Pública
Departamento de Ciencias Sociales
PO Box 365067, San Juan, Puerto Rico 00936-5067
E-mail: [email protected]
Southwest Pacific
School of Public Health and Community Medicine
The University of New South Wales
Sydney, NSW 2052, Australia
E-mail: [email protected]
Africa
This structure is currently being developed
La mission de l’Union internationale
de Promotion de la Santé et d’Éducation
pour la Santé (UIPES) est de promouvoir
la santé dans le monde, et de contribuer
à la réduction des inégalités de santé,
à l’intérieur des pays, et entre les pays.
L’UIPES remplit sa mission en organisant
et en animant un réseau mondial, professionnel
et indépendant, de personnes et d’institutions,
en vue de favoriser le partage des idées,
des savoirs, des savoir-faire et des expériences,
ainsi que le développement de projets
coopératifs, au niveau mondial, ou entre les pays
et les régions. L’activité de l’UIPES consiste à :
plaider pour la mise en place d’actions de
promotion de la santé, faire progresser la qualité
et l’efficacité de la promotion de la santé
et de l’éducation pour la santé à travers
leur pratique et les connaissances acquises,
et développer la capacité des pays
à entreprendre des programmes de promotion
de la santé et d’éducation pour la santé.
L’UIPES se compose des catégories de
membres suivantes : Membres Administrateurs
(les organisations nationales qui ont
la responsabilité d’organiser ou de renforcer
la promotion de la santé et l’éducation
pour la santé dans leur pays, état, province,
région ou niveau équivalent), Membres
Institutionnels (les organisations internationales,
nationales ou locales dont l’un des buts
principaux est de mettre en œuvre
ou de promouvoir un ou plusieurs aspects
de la promotion de la santé et de l’éducation
pour la santé, et/ou qui concentrent leur activité
sur des thèmes, des groupes cibles ou des lieux
de vie spécifiques), Membres Individuels
(les personnes qui soutiennent la mission,
les buts et les objectifs de l’UIPES),
et Membres d’Honneur (une personne
ou une organisation contribuant d’une manière
spéciale à la réalisation de la mission
de l’UIPES peut être invitée à devenir
Membre d’Honneur).
Headquarters Staff
Executive Director:
Marie-Claude Lamarre
[email protected]
International Projects Manager:
Catherine Jones
[email protected]
Office Manager:
Janine Cadinu
[email protected]
Project Assistant:
Martha Perry
[email protected]
IUHPE Headquarters
42, boulevard de la Libération
93203 Saint-Denis Cedex
Tel: 33 (1) 48 13 71 20
Fax: 33 (1) 48 09 17 67
Website address: www.iuhpe.org
La misión de la Unión Internacional
de Promoción de la Salud y Educación para la
Salud (UIPES) es promover la salud mundial y
contribuir a la consecución de la igualdad entre
los países del mundo y en el seno
de los mismos en materia de salud. La UIPES
lleva a cabo su misión creando y gestionando
una red independiente, mundial y profesional
de personas e instituciones que fomenta el libre
intercambio de ideas, de conocimientos,
de experiencias y el desarrollo de proyectos
de colaboración relevantes tanto a nivel mundial
como regional. La actividad de la UIPES
consiste en : explicar publicamente
las actuaciones que promueven la salud
de las poblaciones en todo el mundo ;
mejorar y aumentar la calidad y la eficacia
de la práctica y de la teoría de la promoción
de la salud y de la educación para la salud ;
y contribuir al desarrollo de las capacidades
de los países que emprenden actividades
de promoción de la salud y de educación para
la salud. Los miembros de la UIPES se dividen
en las siguientes categorías : Miembros
Administradores (aquellas organizaciones
de índole nacional responsables
de la organización o apoyo de la promoción
de la salud y de la educación para la salud
en su país, estado, provincia, región o nivel
equivalente), Miembros Institucionales (aquellas
organizaciones de índole internacional, nacional
o local, entre cuyas finalidades esenciales
se encuentre la provisión o promoción
de uno o más de los aspectos de la promoción
de la salud y la educación para la salud
(centrados en temas y/o grupos de población
o lugares de vida especifícos), Miembros
Individuales (individuos que apoyan la misión,
las metas y los objetivos de la UIPES), y
Miembros de Honor (un individuo u organización
que haga una aportación especial al cometido
de la UIPES, o al desarrollo de sus fines
y objetivos puede ser invitado a convertirse
en un Miembro de Honor).
IUHPE/UIPES – 42, boulevard de la Libération
93203 Saint-Denis Cedex – France.
Tel: 33 (0)1 48 13 71 20 Fax: 33 (0)1 48 09 17 67
E-mail: [email protected]
www.iuhpe.org

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